L’année 2019 est particulièrement chargée pour Canon. Un an après le lancement en grande pompe de l’EOS R, l’entreprise japonaise a poursuivi sur sa lancée en dévoilant l’EOS RP et pas moins de 10 optiques pour la nouvelle monture RF. Mais elle poursuit également ses efforts dans l’écosystème reflex : preuve en est avec le récent EOS 90D, mais aussi avec le futur reflex professionnel 1D X Mark III, qui sera lancé pour les Jeux Olympiques de Tokyo.

Le Salon de la Photo de cette année est l’occasion pour Canon de mettre en lumière ses principales nouveautés, tant du côté des boîtiers – reflex et hybrides – que des objectifs. Retour sur les principaux enjeux du marché de la photographie et sur la stratégie de Canon avec Claire-Anne Devillard, Directrice Marketing de la division Image de Canon France.


Quel est l’état du marché de la photographie en France vu par Canon en 2019 ?

Claire-Anne Devillard : aujourd’hui, le marché de la photographie décroît plus en volume qu’en valeur. Il atteint actuellement des niveaux au-delà desquels il ne descendra plus trop. Pour autant, nous constatons que le marché est en train de beaucoup changer : pour la première fois, on peut diviser le marché en trois parties à peu près égales : les compacts représentent environ un tiers du marché en valeur, les reflex un second tiers et les hybrides le 3e tiers. Il y a eu un vrai virage vers le mirrorless.

Le marché des objectifs représente environ 200 millions d’unités vendues par an, et c’est un marché en très légère croissance. Ce marché est en évolution, et au final le domaine des optiques est celui où on a le moins de décroissance, avec en même temps une montée en gamme, notamment avec les appareils full frame.

Il y a une spécificité en France : pour la première fois, les hybrides représentent la moitié des appareils à objectifs interchangeables (en valeur), ce qui est entièrement nouveau. En volume, environ 39 à 40 % des appareils à objectifs interchangeables Canon sont des hybrides, tandis que 60% sont des reflex. Sur ce point, la France diffère un peu des autres marchés européens : en Allemagne, le marché des mirrorless est plus fort, de même qu’en Asie. Au Japon par exemple, les hybrides représentent 64% du marché des appareils à objectifs interchangeables. Finalement, la France était un marché davantage orienté reflex et tend à le rester pour l’instant, malgré une nette poussée des hybrides.

Comment expliquer cette appétence – notamment en France – pour les reflex ?

Claire-Anne Devillard : en France, on a peut-être une clientèle plus « traditionnelle » que les autres pays. Canon est particulièrement fort sur le marché des reflex, ce qui contribue peut-être à cette tenue du marché reflex. Sur le marché optique, nous avons une très légère croissance de 1%, ce qui montre que le public continue à s’équiper d’objectifs – et notamment d’objectifs de qualité.

Finalement, les marchés les plus porteurs sont ceux avec la plus forte valeur, que ce soit dans les hybrides ou dans les reflex, avec des appareils plutôt haut de gamme qui sont beaucoup plus facilement accompagnés d’optiques.

C’est donc surtout le haut de gamme qui est dynamique en ce moment ?

Claire-Anne Devillard : oui, notamment sur le plein format. Sur le marché des appareils à objectifs interchangeables, c’est vraiment le full frame qui a pris le plus de poids ces dernières années – et ce, aussi bien sur les gammes EF et RF. À l’heure actuelle, nous vendons encore énormément de reflex plein format. Nous faisons le choix d’accompagner toutes les gammes de produit, et nous venons par exemple de lancer l’EOS 90D, un reflex APS-C. Nous croyons vraiment à ce marché, sur lequel nous avons énormément vendu (notamment des EOS 7D). C’est un marché composé d’amateurs passionnés, intéressés notamment par la photo animalière ou nature et pour qui le capteur APS-C a un vrai intérêt.

L’APS-C continue-t-il d’avoir ses fidèles ?

Claire-Anne Devillard : nous sommes sur une période de lancement qui s‘augure très bien pour l’EOS 90D. Chez Canon, nous cherchons à accompagner tous les types d’usages et tous les utilisateurs, quel que soit leur niveau. Ce qu’on voit, c’est que les produits APS-C ont un vrai intérêt. Le 90D, par exemple, a un véritable intérêt à être un APS-C – même si, au global, la croissance du marché se situe plutôt au niveau du plein format.

L’EOS 90D aurait-il donc réalisé un meilleur démarrage que l’EOS M6 Mark II ?

Claire-Anne Devillard : en termes de ventes on est sur un segment sur lequel on est historiquement très forts, sur l’APS-C « expert ». L’EOS 90D et l’EOS M6 Mark II ont des caractéristiques très proches sur certains de leurs aspects, mais ils vont convenir à deux types d’utilisateurs différents, mais avec un tronc commun. Pour l’instant, les deux appareils sont en période de lancement, même si historiquement on est plus forts sur les reflex. Nous sommes en prise de parts de marchés plus récente en hybride qu’en reflex.

Canon EOS 90D et EOS M6 Mark II : le reflex et l’hybride expert APS-C renouvelés

En février 2019, de hauts responsables de Canon avaient annoncé qu’ils s’attendaient à une division par 2 des ventes en 2020 : comment Canon France appréhende-t-il cela ?

Claire-Anne Devillard : je vais revenir sur cette déclaration car elle a beaucoup été reprise – et déformée : il s’agit d’une vision à propos du marché global de la photo. D’autre part, cette baisse se ferait sur plusieurs années. Ce qui a été annoncé, c’est que Canon s’attend à une baisse générale du marché sur plusieurs années – et sur ce point, je situe Canon de manière différente.

Oui, il y a une baisse du marché ; oui, Canon est en prise de parts de marché mais ce point ne compense pas la baisse générale du marché. Le marché est en décroissance donc on ne vend plus autant de pièces qu’avant. Face à ce recul des ventes, on constate aussi que certains acteurs ont tendance à se désinvestir de certains marchés – ce qui peut, là aussi, accélérer certaines baisses.

Chez Canon, on prend les choses différemment : d’un côté il y a le marché, de l’autre il y a Canon. La marque est leader sur le marché, donc forcément nous avons un fort impact. Nous avons deux axes majeurs : d’un côté Canon voit une hausse des parts de marché en reflex, ce qui est important – et nous continuons sur ce marché-là. D’un autre côté, nous avons aussi une croissance sur les hybrides : sur ce marché, nous partons de bien plus bas, vu que nous sommes un acteur plus récent que d’autres.

Mais on vise aussi à accompagner la montée en gamme sur les compacts. C’est ce qu’on appelle le « travel » et le « premium » en priorité. C’est sur ces deux segments que nous voulons continuer à prendre des parts de marché – avec plus ou moins de marges de manœuvre en fonction du marché auquel on s’adresse.

Test du Canon G5 X Mark II, le plus expert des compacts Canon

L’autre axe sur lequel nous nous positionnons, c’est d’aller chercher les clients là où ils sont. Nous sommes dans une époque où l’image a une énorme importance : on va donc chercher de nouveaux segments avec de nouveaux utilisateurs qui ne sont pas forcément chez Canon : bien sûr, je parle de la génération Y et Z.

On va par exemple s’adresser à eux avec la gamme Zoemini. On est sur une cible qui ne connaît pas toujours bien Canon et qui ne va pas forcément se sentir concernée par la marque. Zoemini, qui est en quelque sorte « mon premier Canon », va s’adresser directement à cette population-là, une population jeune, qui ne s’intéresse pas forcément à Canon et qui s’intéresse avant tout aux smartphones. À force d’imprimer les photos et/ou de faire des photos puis de les imprimer peut se développer l’envie de monter en qualité – et c’est ainsi qu’ils peuvent venir mettre un pied chez Canon.

Test de la Zoemini S, l’appareil photo imprimante instantané de Canon

Le but est de créer un pont entre les appareils photo et les smartphones. Cela se fait à travers plusieurs choses, notamment avec de nouveaux concepts que nous sommes en train de préparer. Zoemini en fait partie, et est une première étape. Nous avons aussi l’IVY REC, qui va également dans ce sens-là. Nous cherchons à créer quelque chose d’innovant, qui puisse être présent dans la vie quotidienne, qui cible les jeunes et qui permette de faire des photos et des vidéos d’une manière un peu différente.

Innovation : des concepts d’appareil photo du futur présentés sur le stand Canon au CP+

Nous avons aussi deux produits qui sont présents sur le Salon mais qui sont à l’état de concepts : une caméra 360° qui reconnaît la voix – et qui pourra être utile aussi bien dans la sphère personnelle que dans des applications professionnelles (et qui pourra demain équiper les policiers par exemple). On a aussi un zoom 400 mm qu’on va se coller sur un smartphone ou utiliser tout seul. Enfin, nous avons un concept d’appareil photo pour enfant – avec un form factor type reflex mais adapté aux enfants.

Un concept de zoom 400mm portable

Nos activités changent également pour s’adresser à ces nouvelles populations : nous faisons davantage appel à des influenceurs et, sur le Salon, nous avons un espace « crée ton vlog Canon » avec le G7 X Mark II. Nous cherchons des spécificités dans nos produits qui vont attirer de nouvelles populations : sur le G7 X Mark II, on a la possibilité de diffuser en live sur Youtube – ce que nous sommes les seuls à proposer, et que nous mettons en avant. La 1e génération de cet appareil avait été très appréciée des vloggers, de même que la 2e génération. Avec cette 3e itération, nous sommes donc en train d’innover.

Au final, nous cherchons à la fois à prendre des parts de marché dans tous ces marchés existants en s’adressant à tous les utilisateurs, du débutant au professionnel, et nous cherchons à aller sur de nouvelles activités.

Mais nous avons aussi un 3e axe, sans doute nettement moins grand public, mais qui est très important : il consiste à s’appuyer sur les nombreux savoir-faire de Canon sur les capteurs, les processeurs et les technologies photo pour les appliquer dans les domaines de la factory automation, dans la robotique : prendre des photos de manière automatisée pour les sites d’e-commerce, par exemple. Avec bientôt la 5G, l’intelligence artificielle et le « big image data », on cherche à utiliser tout cela et à aller chercher des applications business.

Ainsi, pendant la Coupe du monde de Rugby, nous avons utilisé le système « free view point » avec des caméras tout autour du stade qui permettaient de visionner le match sous tous les angles. Cette technologie illustre la manière dont fonctionne Canon : nous développons les technologies et nous voyons comment elles pourront être utilisées dans différentes applications business. Nous restons dans le domaine de l’image, mais pas dans l’image grand public.

Canon utilise sa technologie 3D Free Viewpoint lors de la Coupe du Monde de Rugby 2019

Êtes-vous inquiets de la part que prennent les smartphones ?

Claire-Anne Devillard : le smartphone a permis à énormément de personnes de se mettre à la photo. Finalement, ces derniers ont agrandi le marché de façon exponentielle. La question, c’est plutôt de savoir comment Canon s’insère dans ce marché. Dans la partie produits, le marché qui reste est le marché hyper-qualitatif, sur lequel il n’y a pas de proposition smartphone aujourd’hui. Derrière, on a aussi tout l’écosystème optique.

D’un autre côté, les smartphones nous aident dans une certaine mesure à mieux utiliser la photo, notamment grâce à des applications comme Camera Connect (qui permet d’utiliser le smartphone comme une télécommande) mais aussi Mon Coach EOS, qui permet de mieux connaître son appareil photo. Finalement, on se sert de plus en plus de cet environnement smartphone et nous avons une proposition qui est différente.

D’un côté, quand on veut prendre sa pizza en photo, on n’a pas besoin d’un 1D X Mark II. En revanche, quand on veut faire une photo plus pérenne, un photo au sens propre du terme, c’est là que nous nous situons. Ce que nous voulons, c’est permettre de faire des photos qui restent. Pour cela, nous avons plusieurs moyens : la qualité de la photo – qu’on peut ensuite mettre facilement sur les réseaux sociaux – mais derrière, dans la proposition Canon, nous allons jusqu’à la partie impression. Nous avons donc une proposition complète allant de la Zoemini à la Pro 1000, voire même au-delà. Non seulement nous immortalisons le moment : ça n’est pas quelque chose d’éphémère et qui va juste être 2 secondes sur les réseaux. Ce sont des photos qui vont être plus facilement gardées et plus facilement imprimées.

Story-test de l’imprimante Canon imagePROGRAF PRO-1000

Quelque chose qui m’a beaucoup marqué, c’est qu’on a là toute une génération d’enfants qui, au final, risquent d’avoir moins d’images d’eux que les générations précédentes [parce que toutes les images prises par leurs parents dorment au fond de leurs smartphones, NDLR]. Nous avons donc ce rôle-là, de la prise de vue jusqu’à la restitution dans le temps. Cela peut prendre différentes formes, mais avec nos appareils cela peut être fait de manière directe sur smartphone (et les réseaux sociaux) mais aussi de manière plus pérenne.

On n’a pas le même œil entre une photo qu’on fait avec son smartphone et une photo qu’on fait avec son appareil – ce qui ne veut pas dire qu’on ne fait pas les deux ! Les usages ne sont pas les mêmes et je suis assez confiante sur le fait que cet usage-là, notamment auprès des nouvelles générations – de prendre le temps de prendre une photo – va continuer à se développer avec une utilisation plus pérenne.

Après, je ne connais pas le futur ; mais en tout cas, le futur est dans l’optique et dans l’image. Nous développons de nouveaux concepts – aussi bien pour le grand public que pour le B2B – et nous testons beaucoup de nouvelles choses. Le futur de l’image est exponentiel et la place de Canon, en tant que leader sur le marché, reste extrêmement importante.

Revenons sur l’IVY REC : pouvez-vous nous parler de ce nouveau produit, de la cible à laquelle il s’adresse ?

Claire-Anne Devillard : l’IVY REC fait partie d’une nouvelle famille de produits que nous développons. C’est un appareil photo-caméra clipsable tout terrain. Il vise à prendre des photos de manière différente : il n’y a pas d’écran mais on peut le connecter en Wifi et en Bluetooth. Il est aussi étanche et résistant aux chocs. Il est doté d’un objectif équivalent 28 mm, mais on prend la photo dans un petit cadre et on peut l’avoir sur son sac à dos, sur la ceinture. C’est donc une nouvelle manière de faire de la photo. Mais elle permet aussi de capturer des vidéos en Full HD, car nous accordons une grande place à la qualité de l’image sur nos produits.

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Cette caméra s’adresse à une population plutôt jeune qui a un côté un peu « art de vivre ». On n’est pas ici dans le côté « sport extrême » : il s’agit davantage de l’appareil du quotidien, qu’on a toujours avec soi, qui ne craint rien, qui est dans mon mode de vie. C’est un appareil photo assez cool, assez tendance dans le design, assez original. Il peut aussi s’adresser à des familles de par le côté robuste et étanche.

Il sortira le 18 novembre prochain sur la boutique en ligne Canon, mais il s’agit aussi d’une occasion de réfléchir à nos réseaux de distribution, puisqu’elle peut aussi s’adresser à de nouvelles cibles. C’est une des raisons pour lesquelles on réfléchit à des nouveaux concepts. Il y a quelques années [en 2014, NDLR], on avait sorti la Legria Mini, qui s’adressait notamment au marché de la musique. C’était une caméra avec un son extraordinaire et qui était très utile notamment pour des vlogs : nous étions notamment allés la vendre dans des magasins de musique, par exemple.

Ces nouveaux concepts nous permettent aussi de sortir de notre zone de confort (même si cela peut aussi très bien se vendre à travers notre circuit de distribution habituel) et à aller chercher plus loin.

Quelle vision dans le futur pour la monture RF et quelle valeur ajoutée Canon entend-il apporter par rapport à la concurrence ?

Claire-Anne Devillard : au moment du lancement de l’EOS R – mais qui reste valable aujourd’hui – nous avons procédé avec une approche par l’optique. L’idée était de se dire que la monture EF reste encore pertinente pour encore longtemps ; toutefois, nous cherchons à aller vers le futur de la photographie.

Canon a cherché à concevoir le produit parfait pour les dizaines d’années à venir avant d’attendre que la monture EF n’atteigne ses limites. C’est une réflexion en amont sur le futur de la photographie et sur la manière dont nous pourrons dépasser des limites que nous n’avons pas encore en tête.

Partant de cela, la monture RF et les optiques RF ont été créées : c’est à partir de là que les EOS R, EOS RP et les futurs modèles ont été créés.

Le produit qui correspondait à cette future génération d’optiques, c’était un hybride full frame : c’est comme cela qu’est née la démarche. Le but premier est de concevoir les optiques du futur et, de là, l’hybride qui va avec.

La vision de Canon est que le système EOS R permet de dépasser les frontières, notamment du point de vue optique. En un tout petit peu plus d’un an, nous avons lancé une dizaine d’optiques pour montrer le développement et l’importance qu’on attache à ce système. Mais en parallèle, nous avons annoncé le développement du 1D X Mark III : nous avons donc ces deux technologies qui cohabitent. D’un côté, le 1D X Mark III va apporter des choses que l’EOS R n’apporte pas encore : là aussi, le but est de s’adresser à chaque type d’utilisateur par le côté connectivité, vitesse et résistance. Nous maintenons donc ces deux types de produits et nous nous adaptons aux usages qui existent dans ces deux segments-là.

Canon EOS R : prise en main du nouvel hybride plein format à monture RF

Nous aurons une année 2020 qui sera encore riche en nouvelles optiques : en 2019, nous avons montré les fleurons de la gamme avec des optiques à f/2.8. Aujourd’hui, nous avons le trio d’optiques avec le 15-35 mm, le 24-70 et le 70-200 mm à ouverture à f/2.8 : cette gamme va continuer à s’élargir sur toutes les ouvertures : c’est le signe de l’importance que nous attachons au système RF.

Nous nous différencions ainsi de par notre approche, qui est d’abord centrée sur l’optique. Mais aussi, par l’ouverture que nous avons sur les deux systèmes : nous nous adaptons vraiment aux demandes du marché : preuve en est avec le 90D, mais aussi le M6 Mark II. Canon est actuellement dans une période de transition, et c’est pour cela que nous avons le 1D X Mark III sur le segment reflex pro qu’il nous semble très important de garder – tout en développant énormément le RF pour aller chercher des parts de marché dans ce domaine qui est extrêmement important. D’un point de vue technologie, nous avons également annoncé, en parallèle du 1D X Mark III, le développement d’un nouvel EOS R avec la stabilisation du capteur et deux emplacements pour carte SD. Nous sommes donc sur tous les fronts et on vise à répondre à toutes les demandes du marché.

Malgré tout, n’aurait-t-il pas été plus simple de créer des hybrides qui soient directement compatibles avec les montures « historique » EF et EF-S ?

Claire-Anne Devillard : la réponse est non, car nous avons vraiment pris le chemin inverse. Nos optiques EF sont encore extrêmement performantes. L’idée était vraiment de penser aux 30 prochaines années et d’anticiper le plus possible les avancées technologiques. Rester sur les optiques EF aurait été beaucoup plus confortable, vu que notre parc optique est le plus riche. Il y a 30 ans, il n’y avait pas encore de bague d’adaptation et le changement entre l’ancienne monture FD et la monture EF a été un énorme risque pour Canon. Aujourd’hui, Canon est leader : il faut que le leader sache prendre des risques pour préparer le futur. En le préparant dès maintenant, nous préparons tout ce que nous envisageons maintenant (comme la vidéo en 8K, voire même en 16K) mais aussi tout ce que nous n’envisageons pas encore.

Les bagues d’adaptations EF-RF

La nouvelle connectique des optiques à monture RF permet ainsi de faire monter la proposition Canon boîtier-optique d’une manière assez considérable, notamment au niveau de la stabilisation du boîtier et de l’optique – chose que nous n’aurions pas pu faire avec l’ancienne connectique. La nouvelle monture RF est donc prête pour ce qui existera dans 20 ans.

Nous avons aussi une compatibilité totale avec toute la gamme EF. Canon a 3 bagues d’adaptation différentes. Elles permettent de régler les différents paramètres (ISO, vitesse, ouverture), même sur les anciennes optiques EF et donc de leur offrir de nouvelles fonctionnalités. Nous avons aussi une 3e bague qui permet de mettre directement un filtre entre l’objectif et le boîtier. Au final, ça aurait sans doute été plus simple de repartir sur la monture EF, mais nos consommateurs dans le futur attendent les fonctionnalités de la monture RF, même s’ils ne le savent pas encore.

Mais en partant de l’optique, est-ce qu’il n’y avait pas un risque de sortir des boîtiers qui seront moins avancés que ce qu’ils pourraient être dans le futur ?

Claire-Anne Devillard : ce qui est important pour l’utilisateur, c’est que ce qu’il achète aujourd’hui répondent parfaitement à son usage. Et du coup, qu’il trouve directement la qualité qu’ils recherche, voire même davantage. Mais nous visons aussi à ce que ça lui convienne dans le futur. Notre rôle est d’anticiper les usages et que nos produits lui conviennent aussi parfaitement, même sur des usages qu’il ne connaît pas encore. On vise à dépasser le futur de la photographie. Mais c’est aussi pour ça qu’on a la compatibilité totale avec la bague d’adaptation EF, qui permet d’obtenir une qualité parfaite ; au fur et à mesure que les utilisateurs continueront à s’équiper, ils auront donc un matériel qui sera parfaitement préparé pour l’avenir.

Au niveau des optiques RF, nous avons commencé par le très haut de gamme mais nous allons continuer à sortir de nouveaux objectifs sur toutes les ouvertures. Nous avons par exemple le RF 24-240 mm qui va parfaitement s’adapter à un EOS RP, et qui va être peut-être un peu moins « pro » que le 28-70 mm f/2 qu’on avait lancé au départ : nous allons continuer dans cette direction.

Canon RF 24-240 mm f/4-6.3 IS USM, un zoom polyvalent et compact pour la monture RF

À quoi pouvons-nous nous attendre prochainement en termes de nouveaux hybrides ?

Claire-Anne Devillard : en même temps que notre reflex professionnel 1D X Mark III, nous avons annoncé le développement d’un nouvel hybride plein format muni d’un double-emplacement pour cartes SD et de la stabilisation du capteur.

Historiquement, les années à Jeux Olympiques sont riches en nouveautés, et nous avons anticipé en annonçant le développement de ce nouveau reflex pro mais aussi d’un nouvel EOS R Pro.

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À propos d’Irista : pourquoi avoir fermé ce service et pourquoi ne pas l’avoir modernisé pour lui permettre de lutter davantage contre Facebook ou Instagram ?

Claire-Anne Devillard : nous avons décidé de ne pas continuer Irista car nous voulons nous reconcentrer sur notre cœur de métier. Irista était également destiné exclusivement au marché européen : le but était de se positionner sur un versant très qualitatif et le service ne visait pas forcément un nombre énorme d’utilisateurs.

Ce type de services représente énormément de travail et d’investissements, et la concurrence est particulièrement rude. Irista nous a permis d’apprendre beaucoup dans ce domaine et sur nos utilisateurs. Mais nous avons décidé de nous reconcentrer sur les services directs aux consommateurs et sur les appareils photo : Camera Connect, Mon Coach Canon, Canon Image Gateway… le but est de nous reconcentrer sur des services 100% Canon et qui sont directement liés à nos appareils, sur ce qui est le cœur de Canon.

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Canon a-t-il l’intention de développer ses services en ligne, aussi bien au niveau du stockage que des applications ?

Claire-Anne Devillard : pour l’instant, la porte chez Canon est Image Gateway, qui continuera de se développer dans le futur. Il est possible que nous développions des partenariats pour ce type de solutions, qui permet de bénéficier d’expertises sur des domaines très spécifiques. Mais c’est un domaine sur lequel nous sommes à l’écoute, car il est extrêmement important pour les consommateurs.

Le public a un usage différent de la photo : en tant que marque, d’un manière ou d’une autre, nous souhaitons les accompagner dans leurs pratiques de la photo, de l’impression, aussi bien chez eux que chez des professionnels de l’image lors de certains événements. C’est notre motto que de les accompagner au mieux.

Quelle stratégie pour les services Canon, aussi bien pour les particuliers que pour les professionnels ?

Claire-Anne Devillard : Canon va continuer à beaucoup miser sur son programme Canon Professional Services, qui va évoluer pour être toujours plus proche des utilisateurs pro et pour leur proposer des services qui seront encore plus utiles à leur métier (vitesse de réparation notamment). Canon est présent sur de très nombreux événements sportifs et continuera de développer cette proximité avec ses utilisateurs professionnels.

En conclusion, quel produit Canon rêvez-vous d’annoncer un jour ?

Claire-Anne Devillard : au cours de mes années chez Canon, j’ai eu la chance de voir passer des produits assez emblématiques comme le 5D Mark II, le futur 1D X Mark III ou encore tout le système RF. Être dans des moments comme ceux-là, c’est extrêmement fort.

Certains produits ont un impact sur le marché extrêmement fort – et que nous n’avions pas forcément prévu en amont. Le 5D Mark II, par exemple, a bouleversé le marché de la vidéo sur appareil photo et a même eu un impact sur le cinéma. Quelque part, on ne connaît pas forcément en amont le produit rêvé car les technologies évoluent extrêmement rapidement. À l’heure actuelle, nous avons des pépites entre les mains – et qui vont arriver très prochainement.

Si je pouvais fabriquer mon propre appareil photo, je mettrais une super-connectivité (et c’est ce que nos ingénieurs développent actuellement), une super-qualité d’image… mais également un accent sur l’ergonomie.

Au final, les appareils que l’on a chez soi finissent par devenir comme une famille : Yann Arthus-Bertrand racontait qu’à force de travailler avec les appareils Canon, ils sont devenus comme une extension de sa main : pour moi, le plus bel appareil est celui avec lequel on ne se pose aucune question car il est fait pour soi. Je trouve que Canon répond à ce besoin en s’adaptant à tous les types d’utilisateurs. Aujourd’hui, nous essayons vraiment de laisser le choix pour proposer le bon appareil pour chaque personne.


Merci Claire-Anne d’avoir répondu à nos questions.