Canon avec l’EOS R, tout comme Nikon avec ses Z 6 et Z 7 s’adresse avant tout à sa base d’utilisateurs fidèles, pour tenter de les séduire/rassurer/convaincre de rester chez eux et de ne pas fuir vers une autre plateforme comme celle de Sony avec ses Alpha, ou encore les prochains boitiers plein format à venir en 2019.

Nous avons proposé à Anthony Passant, photographe portraitiste utilisant un EOS 5D Mark IV, de prendre en main le Canon EOS R pour quelques shootings photo, afin d’avoir son avis sur ce premier hybride plein format proposé par Canon. Voici son retour d’expérience.


Canon n’étant pas coutumier du fait, l’EOS R était le fruit d’une attente de longue date pour les Canonistes de la première heure. Même avec une gamme complète de compacts, hybrides, reflex, caméras, l’EOS-R est le premier hybride plein format chez les rouges. L’hybride, ou compact à objectif interchangeable, est déjà présent dans la gamme sous l’appellation « EOS-M », avec sa propre gamme d’objectifs, son adaptateur pour montures EF et EF-S. L’EOS-R dispose également de sa propre gamme d’objectifs RF et est livré avec un adaptateur pour accepter les objectifs en monture EF.

La découverte

Premier constat en déballant le précieux carton : c’est un poids plume ! En le comparant à mon EOS 5D Mark IV, je sens immédiatement le soulagement musculaire que peut représenter un boîtier léger et compact ! Adieu douleurs après une journée de shooting, le passage de 890g hors batterie à 580g se ressent (les batteries sont les mêmes sur 5D Mark IV et EOS R), et la disposition des boutons est familière, mais pas sans noter quelques modifications notables. La présence d’un écran pivotant laisse entrevoir le potentiel en photo comme en vidéo, et le mini-écran sur le dessus du boîtier peut s’avérer plutôt pratique ! Un bon feeling de prime abord !

L’écran de contrôle de l’EOS R reprend toutes les informations essentielles des prises de vue photo et vidéo

L’esthétique

Esthétiquement, l’EOS R reprend tous les codes standards des boîtiers Canon, une ligne sobre et élégante, une disposition logique et classique des boîtiers, on est en terrain connu si l’on est utilisateur Canon, malgré quelques nouveautés que je détaillerai plus loin.

Les caractéristiques

  • Capteur : CMOS 24x36mm de 30,3 Mpx avec filtre passe-bas
  • Processeur : DIGIC 8
  • 135,8mm de large, sur 98,3mm de haut et 84,4mm de profondeur
  • Poids : env. 580g (batterie : 50g)
  • Sensibilité : 100 à 40000 ISO
  • Rafale : 8 images par seconde
  • Connectivité : Wifi et Bluetooth
  • Vidéo : 4K et 10 bits
  • Tropicalisation : oui
  • Monture : RF (propriétaire), fourni avec un adaptateur RF>EF
  • MAP : CMOS Dual Pixel
  • Stabilisation : non
  • Viseur : électronique avec capteur d’image
  • Ecran : Clearview LCD de 3,15” (2,1 millions de points)
  • stockage : 1 slot SD/SDHC/SDXC UHS-II
  • Accessoires fournis : bandoulière, chargeur, batterie

La batterie incluse, une LP-E6N

Les attentes

Venant du monde du reflex pro (5D Mark II puis IV), le passage à un hybride full frame n’était pas sans à-priori, notamment sur la qualité d’image ou les fonctionnalités, même si les hybrides comme les EOS-M sont d’excellente facture. Ayant à cœur de tester le boîtier sur des conditions classiques d’utilisation, j’ai organisé 4 séances avec 4 modèles différents, et en m’astreignant à exploiter l’EOS-R exactement comme je le ferais avec mon 5D Mark IV.

Les premières images

A la première prise en main, la surprise vient du viseur ! Les utilisateurs de boîtiers hybrides souriront sûrement en lisant ça, mais pour un utilisateur de Reflex Canon, la visée électronique est une vraie révolution ! Imaginez avoir la possibilité de zoomer à l’œilleton, de prévisualiser en temps réel l’image finale avec un appui à mi-course du déclencheur, un confort et un gain de temps majeurs !

L’apparition d’un slider tactile à l’arrière du boîtier permet d’ajuster certains réglages de façon évolutive, un peu capricieux si l’on a des doigts larges, mais bien pratique.

Un design sobre, et le slider tactile de l’EOS R

La mise au point est réactive, souple, et, ô surprise, le déclenchement est silencieux ! Encore une anecdote qui fera sourire les photographes utilisant les boîtiers Mirrorless, mais la perte du bruit caractéristique du déclencheur est aussi agréable que surprenante ! Autre point marquant, le décalage entre le déclenchement et l’affichage est déstabilisant, la sensation de latence entre l’appui et le déclenchement est présente, avec les risques que cela comporte (yeux fermés, mouvement, etc.).

Le retour sur l’écran LCD est beau, les couleurs sont fidèles, la visualisation des photos est vraiment plaisante, et la possibilité de pivoter l’écran est appréciable, notamment pour la vidéo, aidée par un contrôle d’assiette pour filmer bien droit !

Le contrôle d’assiette inclus dans l’EOS R

Développement des images

Première surprise à l’ouverture des RAW, impossible de lire les fichiers sur Capture One, les images n’apparaissent tout simplement pas, idem pour DxO Photolabs et Camera RAW. Seule option disponible : Canon [Lightroom est également compatible] ! La solution maison de traitement des RAW est en mesure d’ouvrir et lire les fichiers RAW qui sont au format .CR3 et non plus .CR2 comme les fichiers du Mark IV. Passage obligé par Digital Photo Professional pour transformer mes RAW en TIFF et les ouvrir sur Photoshop. Petit aparté, la solution Canon est assez complète, mais la gestion des couleurs est peu intuitive !

Autre constat quant aux RAW issus de l’EOS-R, la récupération des hautes lumières et la gestion des couleurs est moins souple que sur le Mark IV, jouer sur la balance des blancs en augmentant la température va accentuer les teintes magenta et non réchauffer les teintes dans leur ensemble, et récupérer les hautes lumières va diminuer la luminosité globale de l’image. Sans doute dû à une mauvaise prise en charge des fichiers RAW, mais cette perte de souplesse des images est déroutante et handicapante en fin de séance !

Un constat mitigé sur les premières images, donc, mais en gardant en tête que la gestion des fichiers n’est ni optimisée, ni définitive, et donc amenée à évoluer positivement dans un futur proche !

ISO 100 – 1/320e – f/1.4 – 85mm

ISO 100 – 1/640e – f/1.4 – 85mm

Objectifs

J’ai réalisé ce test avec deux optiques fournies, le 24-105mm f/4 L en monture RF, le 50mm f/1.8 STM en monture EF, et le Sigma 85mm f/1.4 en monture Canon.

Etant plutôt fan de pleine ouverture et de bokeh, le 24-105 n’a pas été un coup de cœur, mais le combo monture native et optique L est sans conteste le plus optimisé. Peu d’images réalisées avec cette optique, mais un excellent ressenti sur son efficacité. Un test avec le 50mm f/1.2 L en monture RF aurait sans doute été plus objectif sur la monture native.

Un des portraits de Fabien réalisé avec le 24-105mm f/4 L en monture RF

Un portrait de Fabien réalisé avec le Canon 50mm f/1.8 STM et l’adaptateur fourni

La gamme d’objectifs dédiés à l’EOS-R est encore jeune et peu nombreuse, mais on y trouve de quoi couvrir bon nombre de besoins, avec notamment le 50mm f/1.2 L, un 28-70mm f/2 L, et le 35mm f/1.8 STM. Quatre optiques dédiées en intégrant le 24-105mm f/4 L, sans compter l’accès à l’ensemble des optiques EF via l’adaptateur fourni ! Les objectifs pour l’EOS-M sont au nombre de 8, pour vous donner un élément de comparaison.

Comme le 5D Mark IV, l’interface de l’EOS R intègre les corrections d’objectifs telles que le vignetage, la distorsion ou les aberrations chromatiques.

Les menus dédiés aux corrections d’objectifs sont bien présents

L’adaptateur EF vers RF fourni

Budget

Proposé au prix public de 2499€ pour le boîtier nu et 3499,99€ en kit avec le 24-105mm f/4 L, l’EOS R reste un produit accessible pour qui veut s’équiper d’un boîtier Full Frame récent (pour comparaison, le 6D Mark II qui est le reflex Full Frame de la gamme expert est proposé 1599€ nu, et le 5D Mark IV 3199€ nu).

Concernant les objectifs dédiés, les tarifs sont variés :

Conclusion

Comme toute nouveauté sur un marché chahuté par la course à l’innovation, l’EOS R profite d’une bonne lancée de la concurrence pour se faire une place dans la mêlée, et proposer un produit très abouti et fidèle à la réputation de la marque. Facile à prendre en main, efficace, l’EOS R intègre tout ce que le photographe averti désire et même plus, mais sans pour autant marcher sur les plate-bandes de ses grands cousins Reflex sur la réactivité, ce qui l’empêchera de percer immédiatement sur le marché des pros.

Quelque peu échaudé par la rareté des objectifs en monture RF, fournir l’adaptateur RF>EF va permettre aux clients déjà équipés de conserver leur parc optique sans frais supplémentaire, et éventuellement évoluer vers un parc RF par la suite, une fois la gamme plus complète.

Habitué à la gamme depuis plusieurs années, c’est une prise en main sans surprise, en dehors de la bonne surprise concernant le viseur électronique et ses capacités qui vont, pour le coup, mettre à mal le système de visée des Reflex, relégué à un ancien temps !

Un pari audacieux fait par Canon, pour un contrat rempli dans sa quasi-totalité, mais qui ne saura pas me faire troquer mon 5D Mark IV pour un EOS-R dans l’immédiat !

Les + :

  • Ergonomie fidèle au constructeur
  • (enfin) l’arrivée de l’hybride mirrorless FF
  • Apport fonctionnel du viseur électronique
  • Compacité et légèreté
  • Prix accessible
  • Adaptateur fourni pour grossir le choix d’optiques
  • Videos en H.264 et non plus en MJPEG
  • C-Log fourni
  • 5655 points d’AF

Les – :

  • Prise en charge encore trop peu répandue pour le traitement des RAW
  • Gamme d’objectifs natifs peu variée
  • Toujours pas de stabilisation sur le boîtier
  • Modes vidéo contraignants par rapport à la concurrence (pas de 60i/s ou 120i/s en 4K)
  • Enregistrement en 8 bits en interne, le 10 bits se fait via HDMI