Interview Nikon au Salon de la Photo 2022 : « On a une petite pépite entre les mains »

Après 3 ans d’absence, les acteurs du monde de la photo se sont retrouvés durant le Salon de la Photo. Cette année, Nikon a mis l’accent sur l’hybride, avec aucun boîtier reflex en présentation. Pour en savoir plus sur l’état du marché, la stratégie de Nikon en photo et vidéo et la fin annoncée du reflex, nous avons posé nos questions à Nicolas Gillet, Directeur Marketing et Communication chez Nikon France.

Découvrez notre interview.

Qu’est-ce que cela fait de revenir au Salon de la Photo ?

Ça fait du bien. Cette année, nous avons conçu un stand 100% pour le grand public, nous n’avons pas d’espace B2B. Nikon propose également une expérience client innovante en faisant du prêt de matériel sur son stand.

C’est un peu risqué mais on pense que c’est beaucoup plus pertinent d’expérimenter le boîtier au-delà de prendre en photo la tête du démonstrateur qui est devant soi ou ses pieds. Le pôle conférence est également incontournable : cela fonctionne et le public est au rendez-vous.

Quel est l’état de la photo en France vu par Nikon en 2022 ?

Je suis d’accord avec ta dernière analyse sur l’émission du podcast Faut Pas Pousser les ISO [Episode 3, le marché de la photo en 2022, NDLR]. On est clairement sur un marché qui s’est recentré, qui se stabilise voire qui grossit sur certains segments. Nikon se concentre là où on a une vraie expertise, le marché amateur-expert et les pro. Pour faire simple, nous n’avons plus grand chose de pertinent pour les boîtiers en dessous de 1000 €.

Nikon se concentre également sur les services pour accompagner les photographes. Le Nikon Plaza est un élément central de notre stratégie : on accompagne le photographe au-delà de l’achat du matériel, avec notamment de la formation sur la Nikon School, un service que l’on propose depuis pratiquement 20 ans.

C’est aussi un accueil physique pour le service après-vente, avec l’équipe du Nikon Plaza. On met également en avant les photographes à travers des expositions. C’est quelque chose qui nous tient à coeur et c’est d’autant plus important de le souligner avec ce marché qui devient plus premium.

Enfin, une grande partie du grand public s’est détourné vers les smartphones, mais les amateurs experts et pro étaient déjà là. Nous recentrons donc notre stratégie sur eux en leur offrant notamment un peu plus d’attention qu’auparavant.

Nikon propose aussi le service Nikon Pro (NPS) où l’on accompagne les photographes, quels que soient leur métier ou leur spécialité, avec un service qui leur permet de travailler. C’est pour cela que l’on différencie dans notre programme les photographes amateurs qui sont très bien équipés des photographes pro dont c’est le métier. Ces derniers ont besoin d’un service pour travailler et gagner leur vie. Ils sont donc accompagnés de manière un peu plus poussée.

Comment Nikon se positionne sur le segment du plein format ?

Nous avons encore plusieurs reflex plein format en catalogue. Sur le Salon de la Photo, nous avons les D6 et D850 sur les étagères de prêt, mais il n’y en a aucun en démonstration sur le stand, parce qu’on imagine que les gens viennent chercher la nouveauté, tester et comprendre pourquoi on insiste autant sur les hybrides.

Mais Nikon continue de produire et de vendre des reflex. Alors certes pas le D3500 ou le D5600 qui sont arrêtés, mais tous les produits à partir du D7500. On continue également à servir nos clients avec le SAV et les pièces, ou encore les objectifs reflex. Il n’y a pas de nouvelles innovations mais les produits sont toujours là.

Nikon accompagne donc cette transition mais on vend encore beaucoup de D850. Franchement, on se tire la bourre à tous les trois (Canon, Sony et Nikon) sur le segment du plein format d’un mois à un autre. Quand le Nikon Z9 est disponible un mois, on devient premier. Quand il est un peu plus en rupture, cela devient difficile.

Un point important malgré tout : les données GFK sont extrêmement controversées. L’explication est simple : le marché s’orientant tellement vers du haut de gamme, le poids des magasins photo spécialisés est plus important. Malheureusement, la qualité de la couverture de GFK sur le photo specialist est médiocre. Ils ont un nombre de magasins relevés qui est très faible. GFK doit donc extrapoler les informations que certains magasins leurs donnent. Leurs chiffres sont donc faux. Ils ont une parfaite vision des ventes Fnac ou Amazon, etc. Mais ces derniers ne représentent, en particulier sur le plein format, qu’une part trop peu importante pour que les magasins photo spécialisées n’ai pas un impact ici.

Je me fie donc de moins en moins aux chiffres GFK. Ce qui m’intéresse c’est de savoir combien Nikon en vend et si nous atteignons nos objectifs. C’est évidemment gratifiant de savoir si on est numéro 1, 2 ou 3 mais en réalité vu que les chiffres sont faux ce n’est pas forcément ultra pertinent de s’attarder trop longtemps dessus.

NIKKOR Z 400 mm f/2,8 TC VR S aperçu sur le stand Nikon

Est-ce que la fin des reflex est définitivement actée ?

Nikon n’a pas annoncé l’arrêt des reflex. D’ailleurs, Nikon n’a pas arrêté. Notre dernier reflex est le D6. Il n’y a pour le moment pas de remplaçant attendu.

Nous continuons cependant de les produire, avec le service qui va avec. Nous n’avons pas de raison d’accélérer ce mouvement parce que les reflex plaisent encore à certains utilisateurs. On est là pour accompagner la transition.

Nikon propose de plus en plus de fonctionnalités vidéo dans ses boîtiers, notamment la vidéo RAW interne sur le Nikon Z9. Est-ce que la vidéo est la planche de salut pour les constructeurs ?

La planche de salut je ne sais pas. Nous ne sommes pas en difficulté, le groupe Nikon gagne de l’argent à nouveau cette année, ce qui n’était pas le cas sur les deux années Covid. Cette année se passe donc très bien.

Ce n’est pas un salut, mais plutôt une opportunité parce que ce sont de nouveaux clients. Nikon a un nouveau défi : mieux se faire connaître auprès des vidéastes, car on a des produits pertinents, qui fonctionnent super bien, donc on souhaite les mettre entre les mains des personnes qui vont convaincre les autres et leurs amis. C’est un travail de longue haleine et je ne pense pas que Nikon soit reconnu à la hauteur de ses produits en vidéo. On a donc encore un gros travail à faire mais ça commence à payer et il y en a plein qui sont déjà convaincus.

Nous avons d’ailleurs construit le Nikon Film Festival pour cela il y a 13 ans. On se disait “mince, on a quand même les premiers boîtiers reflex à faire de la vidéo, personne ne le sait ou personne ne les utilise”. On a donc lancé ce festival vidéo qui nous a dépassé. Il est devenu tellement populaire auprès des jeunes réalisateurs que certains ont même du mal à faire le lien entre la marque Nikon, les appareils photo et les caméras et le festival lui-même. On a donc maintenant ce travail à faire : montrer que Nikon est derrière le festival.

Pourtant le festival s’appelle Nikon Film Festival…

Je sais bien, mais certains considèrent que c’est une association ou un organisme à part. Nous n’avons pas un problème de notoriété de marque. Nos études montrent que l’on est connu. Mais effectivement dans le domaine du cinéma ou de la vidéo ce n’est pas à nous que l’on pense en premier.

On a donc ce travail à faire : on a une pépite entre les mains que l’on chérit. Un peu de teasing, on annoncera d’ailleurs bientôt le prochain président du festival.

Parmi les derniers objectifs Nikkor Z, nous n’avons pas manqué de relever des similitudes avec certains zooms Tamron en monture E. Que peux-tu nous dire à ce sujet ?

Je ne peux pas dire grand chose car je n’ai pas vraiment d’informations. C’est vrai que les formules se ressemblent. On ne nous attendait pas sur ce type d’optiques. Ce n’est pas notre créneau habituel d’avoir des optiques f/2,8 constant sur des prix grosso modo deux fois inférieurs par rapport à ce que l’on fait sur les autres gammes.

Je trouve que c’est plutôt une bonne nouvelle, que ce soit un accord de développement avec Tamron ou pas. Au final est-ce que cela a vraiment une importance ? L’important c’est que l’utilisateur puisse avoir le choix avec des boîtiers et des optiques dans ses budgets et qui répondent à ses besoins. L’objectif est là.

C’est une bonne nouvelle de mon point de vue personnel que Tamron sorte aussi des optiques en monture Z. Je ne suis pas vraiment au fait de la restriction qu’il y avait ou pas sur la monture Z, nous ne communiquons pas là-dessus. La restriction semble être levée puisque Tamron sort un 70-300 mm. Je crois d’ailleurs que Nikon USA a retweeté le post de Tamron à ce sujet. Donc c’est soutenu, ou en tout cas assumé.

Quelle est la stratégie de Nikon en termes d’ouverture de la monture Z ? Peut-on s’attendre à d’autres constructeurs en monture Z en 2023 ?

Certaines marques chinoises comme Viltrox ont déjà sorti des objectifs. Je ne suis pas au courant de mesures judiciaires à l’encontre de Viltrox de la part de Nikon Corp [contrairement à Canon qui a demandé à Viltrox de cesser la commercialisation d’optiques AF en monture RF, NDLR]. Je ne vois donc pas pourquoi Tamron ou Sigma ne ferait pas d’objectifs en monture Z. Apparemment Tamron le fait, tant mieux. Je trouve que c’est une bonne nouvelle, d’un point de vue personnel.

Le salon ouvre à peine ses portes et certains disent déjà que Nikon a remporté la partie avec sa conférence 3 regards avec Thomas Pesquet, Vincent Munier et Laurent Ballesta. Qu’en penses-tu ?

C’est ma petite fierté en effet. J’ai vu la visioconférence que Pesquet et Ballesta ont fait quand Pesquet était dans l’ISS et Ballesta dans sa capsule à 100 m sous l’eau. Ils ont fait une visio pendant 5 minutes, parce que l’ISS survolait la mission de Laurent Ballesta. Je me suis tout de suite imaginé Vincent Munier entre les deux. Munier et Ballesta ayant déjà travaillé sur le projet Antarctica, c’est venu comme ça.

L’idée : ils représentent les trois éléments, l’eau, la terre et l’air. Ce serait énorme de pouvoir faire quelque chose. En plus, ils sont tous les trois équipés Nikon : Pesquet par la force des choses puisque l’ISS est équipée de matériel Nikon. Ce n’est pas son choix, mais en l’occurence c’est un bon choix (rires). Je me suis ensuite débrouillé pour avoir le contact. Munier et Ballesta c’est plus simple, ils sont ambassadeur Nikon.

J’ai réussi à convaincre Pesquet du projet : réunir 3 personnalités qui ont tous une approche humaniste et un peu esthétique des images qu’ils produisent, dans le but je crois de montrer le beau de la planète tout en faisant passer des messages sur son état.

Quand ils expriment leur passion et leur travail, ils embarquent l’auditoire avec eux : tu as envie de partir en expédition avec eux. Ils ont ce trait commun, ils sont aussi de la même génération. J’ai donc proposé l’idée de faire, chacun à son niveau, une expression de ce qu’il voit de la planète.

La réponse de Pesquet a été enthousiaste, tout de suite. Enfin pas tout de suite, cela a pris un peu de temps. (rires).

J’espère que cette conférence n’est qu’un début. On va voir si on prolonge cela après. On va également accompagner Thomas Pesquet et Flammarion sur la sortie de son livre La Terre entre nos mains qui sort début novembre, afin également de justifier ce lien avec la conférence. On a encore des projets qui ne sont pas confirmés dont je ne peux pas encore parler.

Cette année le prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre se tient en même temps que le Salon de la Photo. Quel est l’engagement de Nikon auprès des photoreporters ?

Je trouve qu’on leur est redevable. C’est eux qui ont d’abord introduit la marque en Occident, avec David Douglas Duncan qui a vu la qualité des optiques Nikon à l’époque et qu’il a monté sur ses boîtiers. C’était notre premier influenceur. C’est dans l’ADN de Nikon d’avoir été soutenu par ces photographes de terrain, avec des optiques et des boîtiers qui tenaient le choc et qui ont permis de raconter leurs histoires.

Le soutien de Bayeux depuis 15 ans tient à cela et nous y sommes attachés. Le retour sur investissement n’est pas évident mais je pense que c’est un élément important, au-delà de ce lien aussi de l’histoire de la marque.

Bayeux est un événement qui montre des choses qui nous paraissent primordiales en tant que citoyen. Aller voir ce qu’il se passe à Bayeux c’est très important. Soutenir cet événement, qui n’est pas que gai, est important.

Depuis l’année dernière, Nikon essaie également de ne pas être que sponsor d’une exposition mais souhaite aussi apporter du contenu. On s’intègre d’ailleurs désormais à la programmation officielle de Bayeux, notamment le vendredi où nous organisons une conférence, des lectures de portfolio, etc.

Malheureusement, cette année nous sommes un peu moins présents là-bas en raison du Salon de la Photo, mais Bayeux a accepté de décaler l’événement l’année prochaine pour ne pas être au même moment que le Salon de la Photo afin que nous puissions encore les accompagner en 2023.

Canon a sorti un R7 avec un boîtier taillé pour la vitesse. Fujifilm a sorti un X-H2 et un X-H2S également pensés pour la performance. A quand un D500 version hybride ?

C’est vrai, je ne peux qu’acquiescer à cette demande. Le D500 a été un tel succès que je verrais bien une version en monture Z, que l’on n’a malheureusement pas aujourd’hui. Je ne peux donc que remonter ce type de demande à Tokyo pour que cela se fasse. Ce serait bien.

Si tu devais choisir un couple boitier / optique lequel serait-il ?

Pour moi ? Ah c’est dur… Déjà le Nikkor Z 85 mm f/1.8 S et j’allais dire le Z9 parce qu’il est dingue. Mais en réalité, je ne suis pas photographe. Je fais un peu de photo. Concrètement, j’utilise le Z6 première génération qui fonctionne très bien pour ce que je fais. En optique j’aime beaucoup le Nikkor Z 70-200 mm f/2,8 VR S. Et pour mes photos culinaires je suis avec un Nikkor Z 24-70 mm f/4 S. Avec Snapbridge et Snapseed et hop sur Instagram.


Merci Nicolas Gillet d’avoir répondu à nos questions. Nous tenons également à remercier l’équipe de Nikon France pour cette interview.

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