Johnny Kerr est un photographe autodidacte américain qui capture son quotidien par le prisme du minimalisme et de l’architecture. Basé en Arizona, il a accepté de répondre à nos questions. Il nous parle de son parcours, de son amour pour la photographie, de son approche minimaliste et donne de bons conseils aux futurs photographes professionnels.

Interview en anglais ici

Tout d’abord, peux-tu te présenter ?

Je suis né, j’ai grandi et je vis actuellement dans le Sud-Ouest des États-Unis. Je n’ai jamais vraiment aimé le désert, mais l’Arizona est ma maison depuis 36 ans. Je déteste toujours les étés, mais les hivers sont adorables.

J’ai exploré l’art de diverses façons depuis mon enfance. J’ai étudié la musique traditionnelle irlandaise pendant une quinzaine d’années. L’art joue un rôle énorme dans ma vie, que ce soit regarder un bon film, jouer ou écouter de la musique, faire des photos ou sculpter les buissons dans mon jardin (je façonne un cœur pour ma fille de six ans).

Stuccoland! © Johnny Kerr

Stuccoland! © Johnny Kerr

Quel est ton parcours ? Comment as-tu découvert la photographie ?

Je suis allé à l’école d’animation et de conception graphique, mais la crise économique a frappé peu de temps après mon diplôme. J’ai fini par trouver du travail en graphisme, mais l’économie a continué à décliner, alors les heures et les avantages étaient rares. J’ai décidé que je voulais enseigner et j’ai commencé à le faire.

J’ai passé un entretien un matin pour un poste d’enseignant d’art. Ils m’ont dit au début de l’entrevue qu’ils avaient déjà embauché quelqu’un pour le poste plus tôt dans la matinée. Ils m’ont alors demandé si j’étais intéressé par l’enseignement de la photographie. Je ne connaissais pas grand-chose dans ce domaine, mais il était difficile de trouver un emploi dans le domaine des arts, alors je me suis dit que je pouvais m’appuyer sur mon expérience artistique et apprendre les aspects techniques de la photographie au fur et à mesure. Donc, j’ai dit oui. Sept ans plus tard, c’est mon moyen d’expression principal.

Stuccoland! © Johnny Kerr

Stuccoland! © Johnny Kerr

Qui sont les artistes et les photographes qui t’inspirent ?

Je me suis inspiré de tant de personnes différentes : des cinéastes comme Wes Anderson et Jean-Pierre Jeunet ; des artistes tels que Magritte, Picasso, M.C. Escher, Frank Lloyd Wright, Egon Schiele et Joe Sorren ; des photographes comme Edward Weston, Saul Leiter, Richard Avedon, Bill Brandt, Uta Barth, Michael Kenna, Arno Rafael Minkkinen et Irving Penn.

C’est un mélange éclectique, mais chacun de ces artistes m’a en quelque sorte informé. Je suis attiré par les artistes qui ne sont pas convaincus de la raison pour laquelle ils font de l’art. Ils le font parce qu’ils doivent le faire. Beaucoup sur cette liste ne se préoccupaient pas de savoir si les gens aimaient leur travail.

Stuccoland! © Johnny Kerr

Stuccoland! © Johnny Kerr

Quel est le thème que tu aimes explorer en photographie ?

Le thème auquel je reviens sans cesse, quel que soit le sujet, est la solitude. C’est ce que je recherche en tant qu’introverti. Je tire un grand plaisir de prendre une réalité chaotique et occupée et de la simplifier dans un espace organisé et tranquille. J’apprécie vraiment le design intentionnel et c’est donc quelque chose que je recherche toujours.

Stuccoland! © Johnny Kerr

Stuccoland! © Johnny Kerr

Comment trouves-tu le lieu de tes images ?

J’ai vraiment détesté l’Arizona pendant longtemps. Je me voyais la quitter dès que je pouvais trouver une sortie. Mais je suis resté, surtout pour des raisons financières et pour être près de ma famille. Quand j’ai commencé la photographie, j’ai commencé à me mettre au défi de chercher la beauté dans mon environnement proche. Peintres et sculpteurs peuvent créer à partir de l’imagination pure, mais les photographes doivent faire face, dans une certaine mesure, à la réalité.

Je me suis battu avec la façon de faire des photographies dans le désert qui ne ressemblaient pas aux cartes postales, magazines et calendriers de l’Arizona de ces 100 dernières années. Je suppose que c’est mon parcours de graphiste qui m’a attiré vers l’architecture ; travailler avec des lignes, des formes, des motifs audacieux, etc. Maintenant, c’est juste une question d’être conscient de mon entourage, conscient de la façon dont je les traite et de penser comme un photographe que j’ai mon appareil photo avec moi ou non. Beaucoup de mes images ont été prises dans les endroits les plus banals au cours de ma routine hebdomadaire.

Stuccoland! © Johnny Kerr

Stuccoland! © Johnny Kerr

Comment planifies-tu tes images ?

Beaucoup commencent avec un croquis iPhone des choses que je vois dans ma vie quotidienne. Pour ceux qui semblent vraiment bien fonctionner, je reviens sur le lieu plus tard avec mon reflex après avoir regardé comment la lumière interagit avec le sujet pendant des jours, des semaines ou des mois.

J’ai travaillé dans le passé avec des poses longues pour créer mes espaces tranquilles, mais j’ai presque abandonné cette esthétique en raison de sa popularité croissante. Je travaille presque toujours avec un trépied, car je trouve que ça m’aide à ralentir et à me rendre plus méthodique et plus intentionnel dans mon approche d’une scène. Certaines images arrivent encore très spontanément. En général, je travaille en pleine conscience, mais parfois je peux être un peu chanceux et tomber au bon endroit au bon moment.

Stuccoland! © Johnny Kerr

Stuccoland! © Johnny Kerr

Quel est le message que tu veux transmettre à travers tes photos ?

Encore une fois, je m’intéresse surtout au bon design et à des espaces calmes. Je suppose que je n’essaie pas vraiment de faire passer un message mais je cherche plutôt la beauté et traiter mon environnement de la seule façon dont je sais le faire.

Ambiguity © Johnny Kerr

Newtons Third, Ambiguity © Johnny Kerr

Le minimalisme te permet-il de communiquer plus facilement avec le spectateur ? Pourquoi as-tu choisi ce style ?

Je ne pense pas avoir vraiment fait de choix, c’est juste comme ça que je sens le monde en face de moi. Dès que je regarde un sujet, je l’abstrais inconsciemment dans ses éléments les plus fondamentaux. Je cherche des relations visuelles presque automatiquement, comme une personne qui tapote son orteil au rythme d’une bonne chanson. C’est presque involontaire, mais je suis également conscient que je le fais constamment.

Ambiguity © Johnny Kerr

Cross Section, Ambiguity © Johnny Kerr

Quel équipement utilises-tu ?

Je photographe avec un reflex plein format, principalement pour la résolution d’impression. Je n’aime pas non plus les images trop bruitées pour ce type de travail et un plus grand capteur m’aide à minimiser ce phénomène. Je photographie toujours à ISO 100 sauf si je n’ai pas de trépied avec moi. J’utilise une tête de trépied crantée afin de faire des ajustements fins dans le placement des éléments architecturaux.

Ambiguity © Johnny Kerr

Vecor, Ambiguity © Johnny Kerr

Quel est l’équipement essentiel que tu prends toujours avec toi ?

L’appareil est la seule chose essentielle. Le trépied est un excellent outil, mais il peut être lourd à certains moments. La plupart du temps, je suis heureux de le porter même si je ne l’utilise pas parce j’ai déjà ressentir la frustration d’en avoir besoin et de ne pas l’avoir.

Abstractions © Johnny Kerr

Circumspect, Abstractions © Johnny Kerr

Peux-tu nous parler de ton prochain projet ?

STUCCOLAND! était amusant, mais c’est un peu bruyant pour moi, personnellement. Je pense que je vais probablement aller à quelque chose d’un peu plus subjugué et contemplatif. Je suis vraiment intrigué par la subtilité ces derniers temps et je veux l’explorer davantage. Comme toujours, je cherche mes endroits tranquilles dans notre monde chaotique.

Abstractions © Johnny Kerr

Iron Butterfly, Abstractions © Johnny Kerr

Quel serait ton conseil aux photographes qui veulent trouver leur propre style ?

Les personnes qui cherchent à développer leur propre voix doivent ignorer les conventions, les tendances et les modes. Vous ne devez pas vous soucier si les gens ne comprennent pas ou même n’aiment pas ce que vous faites. Vous devez être patient et honnête avec vous-même.

Je pense que nous savons tous, au fond, quand nous faisons un travail qui vient de l’intérieur, plutôt que de régurgiter quelque chose que nous avons déjà vu. Vous ne développerez jamais un style en essayant d’être comme quelqu’un d’autre. Il est également important de réaliser que les styles évoluent. Il faut toujours essayer de se dépasser et ne pas avoir peur du changement. Soyez prêt à perdre quelques milliers de followers qui diront « Je trouve que ses travaux plus anciens étaient mieux. »

Ne le faites pas pour quelqu’un d’autre que vous.

Abstractions © Johnny Kerr

Stigma, Abstractions © Johnny Kerr

Quel(le)(s) photographe(s) aimerais-tu que l’on interviewe ?

La plupart des photographes dont je m’inspire sont morts. Voici quelques personnes que je suis sur Instagram ou Behance qui pourraient être intéressants si vous ne les avez pas déjà interrogés: Tekla Evelina Severin et Sebastian Weiss.

Abstractions © Johnny Kerr

Tesselation, Abstractions © Johnny Kerr

Pour visionner plus de photographies de Johnny Kerr, n’hésitez pas à visiter son site ainsi que son compte Behance et Instagram.

Pour en savoir plus sur la photo minimalisme, découvrez notre revue du livre Les secrets de la photo minimaliste.