Au printemps 2020, Canon a dévoilé deux hybrides plein format : les Canon EOS R5 et R6. Tous deux viennent compléter l’écosystème EOS R, inauguré fin 2018. Parmi ces deux boîtiers, le Canon EOS R6 est celui présentant la fiche technique la plus équilibrée. Proposé aux alentours de 2500 €, son tarif demeure « presque » raisonnable.

Quelle qualité d’image pouvons-nous obtenir avec ce boîtier ? Pour le savoir, nous l’avons testé pendant plusieurs mois, accompagné d’objectifs en monture RF et EF. Voici donc notre test complet du Canon EOS R6.

Canon EOS R6 : l’un des piliers de la gamme EOS R

Jadis cantonné aux EOS R et RP, l’écosystème hybride de Canon s’est considérablement étoffé. Canon EOS R6, EOS R5 – et EOS R3, en attendant un (hypothétique) EOS R1… Le constructeur japonais propose maintenant une gamme complète de boîtiers hybrides plein format.

Au sein de cet ensemble, le Canon EOS R6 se distingue en proposant la fiche technique la plus équilibrée. Il vise les photographes amateurs éclairés.

Si l’EOS R5 cible notamment les possesseurs d’un reflex Canon EOS 5D Mark IV, l’EOS R6 semble conçu pour succéder à l’EOS 6D Mark II – avec un tarif plus élevé, mais aussi une réactivité largement supérieure inspirée de l’EOS 7D Mark II, et surtout un capteur plein format stabilisé sur 5 axes.

Avec ses 20 Mpx, son capteur est loin d’être le plus défini du marché. Cependant, ce boîtier a de sérieux arguments à faire valoir, en photo comme en vidéo. Processeur Digic X de dernière génération, Dual Pixel AF II, vidéo en 4K à 60 i/s sans crop, rafale à 20 i/s… L’EOS R6 met les petits plats dans les grands pour séduire les photographes les plus exigeants.

Ergonomie et prise en main du Canon EOS R6

Débutons notre test par une évidence : le Canon EOS R6 ressemble beaucoup à l’EOS R. Le boîtier s’avère très confortable. La poignée, bien creusée, offre une très bonne préhension. Très peu d’angles saillants sont présents, la quasi-totalité des coins sont parfaitement arrondis. On est à l’opposé du design anguleux proposé par d’autres constructeurs.

Le Canon EOS R6 offre un gabarit « raisonnable ». Mesurant 13,84 cm de large, 9,75 cm de haut et 8,84 cm de profondeur (poignée comprise), avec 680 g sur la balance, il reprend les mêmes mensurations qu’un EOS R. Et ce, malgré l’arrivée du mécanisme de stabilisation du capteur.

Couplé à une petite focale fixe comme le Canon RF 35 mm f/1,8 STM, le duo reste un chouïa en-dessous d’un kilo. Rajoutez un téléobjectif RF 70-200 mm f/4 et l’ensemble dépasse tout juste les 1,6 kg. Parfait pour un week-end ou une randonnée.

Extérieurement, les finitions sont excellentes. La baïonnette de la monture RF semble avoir été renforcée, et l’ensemble inspire confiance. Et, comme sur l’EOS R, le rideau de l’obturateur se referme devant le capteur lorsqu’on éteint le boîtier. Pratique pour éviter l’apparition de poussières si l’on change souvent d’objectif sur le terrain.

Comparé à l’EOS R, certains aspects du boîtier sont différents. Ainsi, on note la disparition du petit écran LCD de contrôle sur la tranche supérieure – repris par l’EOS R5 – remplacé par une « vraie » molette PASM. Exit la croix directionnelle, place à une roue crantée, comme sur tous les reflex haut de gamme de la marque.

Par ailleurs, le joystick fait (enfin !) son grand retour, remplaçant la « touchbar multifonctions » tant décriée de l’EOS R. Cependant, ledit joystick est assez excentré. À moins d’avoir un très long pouce, on peine à l’atteindre en tenant le boîtier à une seule main.

Que ce soit chez Sony, Nikon ou Fujifilm (ou même sur les reflex Canon), le joystick est placé plus bas et est donc plus facile d’accès : dommage que Canon n’ait pas suivi cette voie.

Heureusement, on retrouve l’écran tactile de 3 pouces (1,62 million de points) monté sur rotule, très pratique pour cadrer à bout de bras, à la taille ou au ras du sol. Ce dernier est très réactif, et Canon demeure exemplaire dans l’exploitation du tactile au sein de son interface. Le boîtier permet notamment de déplacer le collimateur en utilisant une portion de l’écran (ou tout l’écran) lorsque l’on regarde dans le viseur.

Du côté du viseur électronique, Canon propose une dalle OLED de 0,5 pouce offrant 3,69 millions de points (comme l’EOS R), avec un grossissement de 0,76x. Il reste cependant en léger retrait face à l’EOS R5, qui propose 5,76 millions de points. Mais sur le terrain, le viseur de l’EOS R6 s’avère très confortable, même en portant des lunettes, avec notamment le réglage de la dioptrie. Côté réactivité, nous n’avons observé aucune latence, une très bonne surprise par rapport à l’EOS R.

Sur la tranche gauche du boîtier, notons la présence d’un port USB 3.1 Type C, d’une sortie Micro HDMI (type D), d’une prise télécommande et de 2 prises jack 3,5 mm (micro et casque).

Sur la tranche droite, l’EOS R6 ne commet pas la même erreur que son prédécesseur. Il intègre donc un double slot pour cartes SD, compatible UHS-II. Comme sur les reflex Canon (ou les hybrides de la concurrence), vous pouvez utiliser les cartes en mode séquentiel, la 2e carte prenant le relai lorsque la 1e est pleine. Mais vous pouvez aussi utiliser les 2 cartes simultanément, en enregistrant les RAW sur l’une et les JPEG sur l’autre. Ce même fonctionnement se retrouve en vidéo. Le passage d’une carte à l’autre est enfantin, l’interface de Canon étant très facile à appréhender.

À l’arrière du boîtier, le bouton Q ouvre un menu synthétique. Ce dernier permet de régler rapidement les principaux paramètres de prise de vue (mode AF, vitesse rafale, mode de mesure de l’exposition, etc). Par ailleurs, un bouton « M-Fn » logé sur la tranche supérieure fournit un raccourci vers les options les plus pratiques. Son fonctionnement est entièrement personnalisable depuis le menu.

Notons aussi la présente du mode FV, qu’on pourrait qualifier de « semi-automatique ». Il n’est pas sans analogie avec le mode P, mais permet de régler facilement l’ouverture, la vitesse et la sensibilité ISO en jouant avec les roues codeuses du boîtier. Très intuitif, ce mode de prise de vue est présent depuis l’EOS RP.

Source : Canon

Enfin, trois modes de prise de vue personnalisés, notés C1, C2 et C3. Ces derniers vous permettent de sauvegarder un « instantané » des réglages de l’appareil, afin de les réutiliser ultérieurement.

On peut ainsi sauvegarder un ensemble de réglages pour la photo de sport, un 2e pour l’astrophoto, et un 3e pour la photo de portrait, par exemple. Très pratiques, ils deviennent vite indispensables.

Source : Canon

In fine, le Canon EOS R6 offre une prise en main à la fois très séduisante et sécurisante. Grâce à sa poignée bien creusée et à ses formes arrondies, le boîtier peut être utilisé facilement à une main (et à 2 mains, bien sûr). À l’exception du joystick trop excentré, les commandes tombent parfaitement sous la main. Sans oublier les menus, très clairs et bien organisés. Les canonistes de toujours devraient retrouver leurs marques sans problème.

Voici les caractéristiques détaillées du Canon EOS R6 :

  • Capteur CMOS plein format 20 Mpx
  • Filtre passe-bas : Oui
  • Processeur : Digic X
  • Monture RF
  • Viseur électronique : OLED, 3,68 millions de points, agrandissement 0,76x
  • Écran LCD : tactile, orientable, 3 pouces, 1,62 million de points
  • Autofocus : Dual Pixel AF II
  • Nombre de points AF : 6072
  • Couverture AF : 100 % (Auto), 100 x 90 % (manuel)
  • Plage AF : De -6,5 à 20 IL
  • Sensibilité : 100 à 102 400 ISO (extensible à 50 à 204 800 ISO)
  • Rafale (obturateur mécanique) : 12 i/s avec suivi AE/AF
  • Rafale (obturateur électronique) : 20 i/s avec suivi AE/AF
  • Obturation : 30s – 1/8000s
  • Vidéo : 4K jusqu’à 60 i/s, Full HD jusqu’à 120 i/s (sans crop)
  • Profils colorimétriques vidéo : C-LOG HDR
  • Stockage : 2x SD UHS-II
  • Connectivité sans fil : Wifi 2,4 Ghz, Bluetooth 4.2 Low Energy
  • Batterie LP-E6NH
  • Rechargement par port USB : Oui
  • Tropicalisation : résistant à l’eau et à la poussière
  • Dimensions : 138,4 x 97,5 x 88,4 mm
  • Poids : 680 g (avec batterie et carte mémoire)
  • Prix au lancement (nu) : 2699 €

The Dawn Highway – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 200 mm, f/4, 1/1600s, 100 ISO

Performances et qualité d’image du Canon EOS R6

Mettons fin à cet insoutenable suspens : oui, le Canon EOS R6 permet de capturer de superbes images, de jour comme de nuit, en toute simplicité. La restitution des couleurs et des détails est impeccable. De même, l’autofocus est particulièrement véloce. Enfin, le nouveau mécanisme de stabilisation du capteur sur 5 axes nous a largement convaincus.

Au cours de notre test, nous avons utilisé l’EOS R6 avec une panoplie d’objectifs Canon, comme la focale fixe RF 35 mm f/1,8 STM, le téléobjectif RF 70-200 mm f/4 L IS USM, l’objectif RF 100 mm f/2,8 L macro IS USM ou encore l’ultra grand-angle Canon EF 16-35 mm f/4 L IS USM.

Vous pouvez cliquer sur les photos présentes dans ce test pour les voir dans une meilleure qualité.

Felis silvestris – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 114 mm, f/4, 1/160s, 200 ISO

Retour au port – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 116 mm, f/4, 1/125s, 1600 ISO

Chloé – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 174 mm, f/4,5, 1/200s, 400 ISO

Qualité d’image du Canon EOS R6 : du très bon

Comme indiqué précédemment, le capteur du Canon EOS R6 compte « seulement » 20 Mpx. Ceci peut être un frein pour celles et ceux rognant beaucoup dans leurs images, mais dans certains cas, c’est un avantage.

Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 200 mm, f/4, 1/1600s, 100 ISO

À titre de comparaison, l’EOS R offre 33 Mpx – une définition largement plus confortable. Même le « petit » EOS RP (et son cousin l’EOS 6D Mark II) se permettent de griller la politesse à l’EOS R6 avec 26,2 Mpx. Son principal concurrent, le Sony A7 III, propose 24 Mpx – de même que les Nikon Z 6 et Z 6II.

Test Nikon Z 6II, mise à jour en douceur de l’hybride plein format

Pourtant, ce choix technique est loin d’être inintéressant. Puisque le capteur compte moins de pixels, les photosites sont plus gros et moins resserrés. À la clé, moins de bruit numérique et une meilleure gestion des basses lumières.

À l’heure du dîner, les photographes sont de sortie – Canon EOS R6, Canon RF 35 mm f/1,8 IS STM, 35 mm, f/14, 1/40s, 51200 ISO

Notons aussi que l’EOS R6 dispose d’un filtre passe-bas pour éviter les effets de moiré ; cependant, il ne profite pas de la nouvelle disposition en croix aperçue sur le Canon EOS-1D X Mark III.

Couplé au nouveau processeur Digic X, l’EOS R6 affiche une rafale très élevée : comptez 12 i/s avec l’obturateur mécanique, et jusqu’à 20 i/s avec l’obturateur électronique (avec suivi AE/AF). De même, l’AF s’avère très sensible en basse lumière (jusqu’à -6,5 IL).

A door at night – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 148 mm f/4, 1/1600s, 20 000 ISO

La qualité d’image était déjà bien présente sur les précédents boîtiers de Canon. Et le constructeur ne nous déçoit pas, au contraire. On retrouve la « patte » caractéristique de Canon, avec des couleurs riches et vibrantes. Le rendu est chaleureux et les JPG issus du boîtier sont très agréables à l’œil. À l’inverse, Sony propose un rendu plus neutre, un peu plus froid.

Menton, carte postale estivale – Canon EOS R6, Canon RF 35 mm f/1,8 IS STM, 35 mm f/7,1, 1/250s, 100 ISO

À noter que l’EOS R6 dispose d’un « vrai » mode de prise de vue en HDR PQ, pour « Perceptual Quantization », en vidéo comme en photo. Les images présentent une plage dynamique étendue (norme ITU-R BT.2100 et SMPTE SE.2084). Les images capturées dans ce mode sont au format HEIF. Bien évidemment, l’affichage réel des couleurs dépendra des performances de votre écran.

Coupole – Canon EOS R6, Canon RF 35 mm f/1,8 IS STM, 35 mm, f/4, 1/640s, 12 800 ISO

Montée en ISO du Canon EOS R6

La montée en ISO du boîtier est également très appréciable. La plage native du boîtier s’étend de 100 à 102 400 ISO, et peut être étendue à 204 800 ISO si besoin.

Négligeable à 1000 ISO, le bruit numérique devient plus présent à 2000 ISO, tout en restant aisément rattrapable. Il faut monter à 6400 ISO pour que le bruit soit plus notable ; mais même à 10 000 ISO, le niveau de détails reste encore très bon, à notre grande surprise.

Madison – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 158 mm, f/4, 1/200s, 12800 ISO

C’est à partir de 20 000 ISO que les choses se gâtent, avec une certaine dégradation des détails dans les zones d’ombre. Malgré tout, les images restent encore largement exploitables (à condition que le sujet soit dans la lumière).

Terrasse animée – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 82 mm, f/11, 1/50s, 25 600 ISO

En revanche, au-delà de 51 200 ISO, point de salut : le bruit est omniprésent et s’avère difficile à rattraper.

Rue calme, bruit en folie – Canon EOS R6, Canon RF 35 mm f/1,8 IS STM, 35 mm, f/14, 1/50s, 51 200 ISO

Au final, la gestion du bruit numérique est très appréciable. En évitant de monter trop haut dans les ISO, il est tout à fait possible de capturer des photos de nuit à main levée – ce que nous n’avons pas manqué de faire à de multiples occasions.

Amour – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 200 mm, f/4, 1/500s, 51 200 ISO

Par ailleurs, Canon semble avoir amélioré le comportement de ses fichiers RAW. Lors du débouchage des ombres, on observe nettement moins de bruit numérique que par le passé. Sur ce point, Canon rattrape donc son retard sur la concurrence. D’une manière plus globale, la dynamique du capteur permet de rattraper une grande quantité d’information, même lorsqu’une zone est « bouchée » ou « cramée ».

Restaurant plaza – Canon EOS R6, Canon RF 35 mm f/1,8 IS STM, 35 mm, f/14, 1/25s, 51 200 ISO

Une mise au point bluffante de rapidité

Pour son EOS R6, Canon continue de recourir à sa technologie Dual Pixel AF, ici en version 2. Le boîtier a recours à 6072 points AF, soit une légère hausse par rapport à l’EOS R. La couverture AF est de 100 % (Auto), ou de 100 x 90 % (manuel).

Sur le terrain, l’autofocus du Canon EOS R6 est tout simplement bluffant. Déjà très rapide sur les précédentes versions, l’AF parvient à accrocher le sujet en un temps record.

Versailles Chantiers – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 131 mm, f/4, 1/1250s, 100 ISO

Nous avons particulièrement apprécié les performances de l’AF de l’EOS R6 avec le téléobjectif Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM : même dans des scénarios « complexes » (contre-jour, faible luminosité), l’autofocus ne montre aucun signe de faiblesse et l’appareil déclenche quasi-instantanément.

High speed – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 200 mm, f/4, 1/250s, 125 ISO

Notons que le boîtier propose 4 modes personnalisés de suivi du sujet (en plus d’un mode « auto ») :

  • réglage polyvalent et versatile ;
  • continuer à suivre le sujet en ignorant les obstacles ;
  • mise au point immédiate sur sujets entrants sur collimateur AF ;
  • pour les sujets qui accélèrent ou ralentissent rapidement.

De quoi ravir les photographes de sport ou d’animaux. 

Toutou métropolitain – Canon EOS R6, Canon RF 100 mm f/2,8 L macro IS USM, 100 mm, f/2,8, 1/125s, 640 ISO

Grâce au processeur Digic X (déjà croisé sur le boîtier professionnel Canon EOS-1D X Mark III), l’EOS R6 embarque de nouveaux algorithmes de détection et de suivi du visage et de l’œil du sujet (humain ou animal). Dans la pratique, le boîtier s’en sort très bien et permet de capturer facilement de belles photos de portrait, aux tons chair très naturels.

Cependant, la détection et le suivi de l’œil restent un poil en-deçà de ce que propose le Sony A7 III, qui accroche l’œil encore plus rapidement. De même, l’EOS R6 est plus facilement « distrait » lorsqu’un élément traverse le champ, et prend plus de temps pour « récupérer » l’œil du sujet.

High speed Pantheon – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 106 mm, f/5,6, 1/40s, 100 ISO

Enfin, l’EOS R6 a tendance à faire la MAP sur les lunettes du sujet plutôt que sur son œil. Sony garde donc une petite longueur d’avance… même si les résultats de ce Canon sont honorables.

Chloé (2) – Canon EOS R6, 35 mm, f/5,6, 1/100s, 100 ISO

Seul détail agaçant : l’interface du menu Q entretient parfois la confusion au niveau de la détection de l’œil, car il emploie des abréviations « act. » / « désact. », au lieu d’indiquer clairement si l’Eye-tracking est réglé sur On ou sur Off. Un détour par les menus du boîtier permet de s’en assurer, mais on se serait attendu à plus de clarté venant de Canon.

Nouvel obturateur mécanique et performances en rafale

Le Canon EOS R6 inaugure un nouvel obturateur mécanique. Sur le terrain, le bruit de déclenchement est très plaisant. Net et précis, il est aussi très discret et évite de trop se faire remarquer. On est à des années-lumière du shutter de l’EOS R et de son « clic » très mou.

Enfin, notons que ce nouvel obturateur mécanique est censé être capable d’endurer jusqu’à 300 000 déclenchements. À titre de comparaison, c’est 100 000 de plus qu’un Sony A7 III ou qu’un Nikon Z 6, mais 100 000 de moins qu’un Panasonic Lumix S1. Un chiffre qui devrait cependant rassurer celles et ceux qui utilisent beaucoup leur boîtier. La vitesse d’obturation autorisée par l’obturateur mécanique s’étend de 30s à 1/8000s.

Menton toute en contrastes – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 87 mm, f/4, 1/2500s, 100 ISO

En rafale, le Canon EOS R6 se montre extrêmement performant. Le boîtier monte jusqu’à 12 i/s en obturateur mécanique avec suivi du sujet (contre 14 i/s sur le Nikon Z 6II, 10 i/s sur le Sony A7 III, et seulement 5 i/s sur l’EOS R). Seul le Canon EOS-1D X Mark III parvient à faire mieux, avec une rafale à 16 i/s. Et avec l’obturateur électronique, l’EOS R6 est capable d’atteindre les 20 i/s.

Cap Moderne – Canon EOS R6, Canon RF 35 mm f/1,8 IS STM, 35 mm, f/9, 1/125s, 100 ISO

Mais surtout, le buffer du boîtier est extrêmement généreux. Comptez 1000 images en JPEG, et jusqu’à 240 images en RAW. De quoi permettre de capturer de très, très longues rafales à 20 i/s – et encombrer très rapidement votre carte mémoire ! À ce titre, veillez à utiliser des cartes UHS-II pour éviter de faire ramer le boîtier pendant l’écriture des fichiers.

Louvre – Canon EOS R6, Canon RF 100 mm f/2,8 L macro IS USM, 100 mm, f/2,8, 1/800s, 100 ISO

Enfin, la stabilisation du capteur arrive chez Canon !

Le Canon EOS R6 est le premier boîtier de la marque à disposer d’un capteur stabilisé sur 5 axes (avec l’EOS R5, bien sûr). À l’instar des hybrides de Sony, Nikon et Panasonic, l’appareil est capable de compenser les mouvements du photographe sur un axe vertical et horizontal, mais aussi en roulis, en tangage et en lacet.

Source : Canon Europe

Par ailleurs, Canon propose (heureusement) la double stabilisation, avec une synchronisation permanente du boîtier et de l’objectif – aidée en cela par le capteur gyroscopique placé dans les objectifs en monture RF. À la clé, un gain maximal (théorique) de 8 stops avec certaines optiques, comme le zoom polyvalent RF 24-105 mm f/4 L IS USM.

Dans la pratique, nous sommes parvenus à capturer des images nettes à main levée à 1s à une distance focale de 120 mm avec le télézoom Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM. Une performance de premier ordre, qui permet à Canon de rivaliser sans peine avec les boîtiers de la concurrence.

Gare frigorifique de Bercy et voie rapide – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 106 mm, f/32, 0,6s, 100 ISO

Cependant, une petite limite existe pour les objectifs stabilisés en monture EF. Dans ce cas de figure, la stabilisation du capteur se fait seulement à la verticale ou à l’horizontale. Par ailleurs, la stabilisation de l’optique et celle du capteur ne se synchronisent pas.

Express train – Canon EOS R6, Canon RF 35 mm f/1,8 IS STM, 35 mm, f/22, 0,6s, 100 ISO

Conséquence, si vous utilisez un objectif en monture EF sur l’EOS R6, le résultat sera assez semblable à ce que vous auriez pu obtenir en utilisant un reflex. Ceci s’est vérifié en utilisant notre ultra grand-angle Canon EF 16-35 mm f/4 L IS USM, où nous avons eu beaucoup de mal à descendre en-dessous de 1/10s.

Modern speed – Canon EOS R6, Canon EF 16-35 mm f/4 IS USM, 27 mm, f/13, 0,5s, 100 ISO

En clair, un objectif en monture RF est obligatoire pour bénéficier de la double stabilisation optique + boîtier et d’un gain pouvant aller jusqu’à 8 stops.

Cependant, la possibilité de photographier à des vitesses assez basses – et la bonne gestion des hauts ISO – sont 2 atouts bien réels pour pratiquer la photo de rue à main levée à la nuit tombée.

Menton, heure bleue – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 70 mm, f/4, 0,3s, 200 ISO

Canon EOS R6 : le nouveau meilleur ami des vidéastes ?

En vidéo, le Canon EOS R6 fait montre d’une solide fiche technique. S’il ne livre pas de séquences en 6K ou en 8K comme les EOS R3 ou R5, il permet cependant de filmer en 4K UHD à 60 i/s sans crop (ou presque). En utilisant le mode C-Log3, il est possible de capturer des images avec une profondeur de couleurs 10 bits. L’enregistrement en continu est limité à 29 minutes et 59 secondes.

Dans la pratique, l’appareil capture des images de 5130 x 2886 pixels, qui sont ensuite suréchantillonnées pour obtenir des images en 4K de meilleure qualité. Ceci impose un très léger rognage de l’image (1,07x), quasi-imperceptible à l’image.

Une stabilisation électronique est disponible pour des plans plus fluides, mais elle rogne assez fortement dans l’image (1,78x ou 2,29 x selon le mode), ce qui peut être un poil gênant si vous souhaitez obtenir des plans ultra-larges.

Par défaut, les images sont capturées en 8 bit, mais deux modes proposent de filmer en 4:2:2 10 bit (en interne !). On dispose d’un mode C-Log, qui génère des images très plates et désaturées, offrant plus de latitude pour la retouche en post-production. Et l’on retrouve le mode HDR-PQ, qui livre des images prêtes pour les moniteurs et les télévisions capables d’afficher les images en HDR.

Opel Manta – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 81 mm, f/8, 1/1000s, 12 800 ISO

Sur le terrain, les images sont analogues à celles capturées en photo – et sont donc très bonnes. Là encore, l’EOS R6 fait largement mieux que l’EOS R. Le niveau de détails est très élevé.

Grâce à la stabilisation du capteur sur 5 axes – combinée à la stabilisation des objectifs en monture R, les tremblements et vibrations du vidéaste sont bien corrigées par le boîtier. Une belle réussite pour le 1er hybride de Canon doté de l’IBIS.

De même, l’autofocus permet à Canon de s’en sortir avec les honneurs. La transition entre les plans est efficace, mais conserve une certaine souplesse. Le suivi des objets dans le champ est performant. Mais comme en photo, l’AF est assez facilement distrait par les objets qui traversent le champ, et décroche parfois si le sujet s’éloigne ou se rapproche de la caméra.

On notera toutefois une certaine chauffe du boîtier du côté de la poignée (près du logement des cartes mémoires) au bout d’une dizaine de minutes de tournage.

Le Canon EOS R6 est aussi capable de livrer de belles séquences en slow motion à 120 i/s – en Full HD uniquement. Dans ce mode, l’enregistrement du son est désactivé. À nouveau, on notera les performances dans la restitution des détails, mais aussi celle de la stabilisation de l’image.

Le seul souci vient de l’effet de rolling shutter, qui s’avère particulièrement prononcé en 60p si la caméra ou le sujet se déplacement très rapidement.

Enfin, les cinéastes les plus avertis regretteront de ne pas pouvoir filmer en 4K DCI – ce que ne permet pas non plus le Sony A7 III, d’ailleurs.

Autonomie du Canon EOS R6

Le Canon EOS R6 utilise une nouvelle batterie nommée LP-E6NH, d’une capacité de 2130 mAh. Son format est identique à celui des « anciennes » batteries Canon : il est donc possible de réutiliser son stock de batteries LP-E6 et LP-E6N. De même, le chargeur fourni est le même que par le passé (LC-E6).

La nouvelle batterie Canon LP-E6NH. Seul le petit rectangle avec le filigrane Canon permet de la différencier des anciennes batteries.

D’après son constructeur, l’EOS R6 doit être capable d’encaisser jusqu’à 510 vues avec l’écran et jusqu’à 380 vues avec le viseur.

En théorie, c’est largement moins qu’un Sony A7 III, qui promet d’aller jusqu’à 710 vues avec le viseur. Mais dans la pratique, il est possible d’aller largement au-delà des valeurs données par Canon, même sans activer l’économiseur d’énergie.

Ainsi, nous avons réussi à capturer plus de 800 photos avec une seule batterie – même avec un certain nombre de vues en pose longue ! C’est légèrement plus qu’un Sony A7 III, et bien davantage qu’un Nikon Z 6II, qui affiche une autonomie « réelle » d’environ 450 images.

Enfin, notons qu’il est possible de recharger le boîtier avec le port USB-C : pratique pour recharger son boîtier dans son sac avec une « power bank ». On peut également utiliser le boîtier lorsque ce dernier est branché (mais dans ce cas la batterie ne se charge pas). Seule restriction : Canon continue d’imposer l’emploi d’un câble « Power Delivery ».

Bien évidemment, il est possible de recourir au grip BGR10 (lui aussi doté d’un joystick de contrôle) pour doubler l’autonomie du boîtier.

Connectivité sans-fil du Canon EOS R6

L’EOS R6 affiche une connectivité sans-fil très complète. Il est compatible Wifi (mais seulement en 2,4 Ghz, dommage) et le Bluetooth 4.2. Grâce à l’application Canon Camera Connect, on peut très facilement piloter l’appareil à distance, ajouter les coordonnées GPS et transférer ses images vers son smartphone.

L’application, disponible pour iOS et Android, est très facile à prendre en main et la procédure d’appairage entre le boîtier et le smartphone est très bien documentée.

MP #214 : envoyer les photos de votre boîtier vers votre smartphone

En revanche, l’EOS R6 (et son frère l’EOS R5) ne sont pas compatibles avec la nouvelle application Mobile File Transfer Application. Réservée à l’EOS R3, cette appli permet d’écrire des tags pour ses photos, mais aussi d’ajouter des notes vocales – en plus de transférer les photos directement vers un serveur FTP.

Canon EOS R3 : hybride pro monobloc, contrôle de l’AF à l’oeil, rafale 30 i/s et vidéo 6K

À qui se destine le Canon EOS R6 ?

Si l’EOS R5 vient prendre la relève d’un EOS 5D Mark III ou Mark IV, l’EOS R6 peut être décrit comme le successeur sans miroir d’un Canon EOS 6D Mark II.

Ainsi, il ne vise pas directement les professionnels de l’image, mais cible davantage les amateurs éclairés et exigeants – parfois désignés sous le terme de prosumers.

Grâce son ergonomie très étudiée, l’EOS R6 vise évidemment à convaincre les utilisateurs d’un reflex Canon de passer à son écosystème hybride. Et de ce point de vue, le pari est très réussi : les canonistes se sentiront immédiatement en terrain connu.

Avec ses performances de pointe (12 i/s avec l’obturateur mécanique, 20 avec l’obturateur électronique) et son autofocus très véloce, il saura séduire celles et ceux qui ne veulent faire aucun compromis en termes de réactivité. Par rapport à un EOS 6D ou un EOS R, le saut est spectaculaire. Si vous aimez la photographie de sport ou d’animaux, l’EOS R6 devrait se montrer à la hauteur.

Ses algorithmes de détection et de suivi de l’œil du sujet sont un véritable appel du pied aux portraitistes comme aux photographes animaliers. D’autant plus que la restitution des tons chair est impeccable.

Contrastes – Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 200 mm, f/11, 1/250s, 200 ISO

De par ses caractéristiques vidéos très équilibrées, il devrait également intéresser les vidéastes occasionnels ou chevronnés – même si, dans ce domaine, certains boîtiers de la concurrence (Sony, Panasonic) proposent davantage d’options… et moins de rolling shutter.

Cependant, la définition de son capteur (20 Mpx seulement) risque d’être un frein pour celles et ceux qui ont l’habitude de beaucoup recadrer leurs images. Celles et ceux aimant beaucoup cropper dans leurs images risquent d’être un peu limités, et lui préféreront peut-être l’EOS R5… ou un boîtier de la concurrence.

Cependant, la définition « raisonnable » de ce capteur lui permet d’obtenir un rapport signal/bruit très élevé. Sur le terrain, la montée en ISO est excellente. Si vous faites beaucoup de photos en intérieur, l’EOS R6 pourra vous suivre sans souci. De même, les oiseaux de nuit disposeront d’un fidèle allié, paré pour la photo de rue à main levée une fois le soleil couché.

Bokeh fever – Canon EOS R6, Canon RF 100 mm f/2,8 macro IS USM, 100 mm, f/2,8, 1/320s, 100 ISO

Canon EOS R6 : un excellent compagnon photographique !

Assurément, le Canon EOS R6 ne manque pas de qualités. Excellente qualité d’image, ergonomie très appréciable, viseur confortable, très bonne autonomie, nombreuses options pour les vidéastes… Canon livre (enfin !) un excellent boîtier plein format, extrêmement polyvalent et réactif.

In fine, le Canon EOS R6 ressemble à tout ce qu’aurait pu (et dû) être l’EOS R à sa sortie en 2018. Double-slot SD, joystick, eye-tracking digne de ce nom, rafale ultra-rapide : Canon nous prouve qu’il est bel et bien capable de livrer un hybride plein format séduisant et performant.

Le lapin de la Petite Ceinture, Canon EOS R6, Canon RF 70-200 mm f/4 L IS USM, 200 mm, f/4, 1/250s, 2000 ISO

Reste qu’à 2500 € actuellement (2699 € au lancement), l’EOS R6 fait payer assez cher ses prestations. Et à ce tarif, on peut trouver que la définition du capteur est un poil trop juste, surtout par rapport aux autres boîtiers présents sur ce créneau très concurrentiel.

Mais en définitive, le Canon EOS R6 est un boîtier très attachant, très réactif, agréable à utiliser au quotidien comme en voyage, capable de produire de très belles images en toute circonstance. Et à ce titre, nous le recommandons sans hésiter.

Le Canon EOS R6 est disponible à partir de 2500 € nu et de 2859 € en kit avec l’objectif RF 24-105 mm f/4-7,1 IS STM chez Digit-Photo, Miss Numérique, Camara, Digixo, Photo Univers à la Fnac et sur Amazon.

Test Canon EOS R6, l'hybride plein format équilibré et performant
Excellente ergonomie et viseur confortableQualité d'image et montée en ISORafale jusqu'à 20 i/s et AF performantStabilisation 5 axes efficaceTrès bonne autonomieDouble slot SD UHS-II
Joystick un peu excentré"Seulement" 20 MpxParc optique en monture RF pas encore assez étenduPas d'écran de contrôle
9Note finale
Fabrication / finitions8.7
Qualité d'image9.5
Ergonomie8.7
Réactivité9