Test Leica SL3-P : 44 Mpx, rafale 40 i/s, 8K Open Gate, la polyvalence à l’allemande

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Dévoilé en juin 2026, le Leica SL3-P complète la gamme des appareils photo hybrides plein format en monture L de la firme de Wetzlar. Capteur CMOS rétroéclairé de 44,3 Mpx, rafale à 40 i/s, autofocus hybride profondément remanié, vidéo 8K Open Gate : sur le papier, c’est le SL le plus complet jamais conçu.

Si le boîtier reprend le gabarit et l’ergonomie du SL3, sa fiche technique rappelle furieusement celle du Panasonic Lumix S1R II. Le SL3-P assume cette parenté, tout en conservant la science des couleurs maison.

Reportage, studio, animalier, vidéo… le SL3-P veut-il (et peut-il) tout faire ? La réponse dans notre test complet du Leica SL3-P.

Test Leica SL3-P

Présentation du Leica SL3-P

Bien que Leica soit à l’origine de la monture L, la marque a tendance à être moins proactive que Panasonic dans le domaine du développement des hybrides. Les SL2 et SL2-S étaient des dérivés maquillés des Lumix S1R et S1, avant que le Leica SL3 ne reprenne l’initiative en 2024 avec son capteur de 60,3 Mpx hérité des M11 et Q3. Puis, la « tradition » avait repris son cours avec le SL3-S, dévoilé en janvier 2025, et sa fiche technique ressemblant grandement à celle du Panasonic Lumix S5 II.

Avec le SL3-P, Leica ne cherche ni la définition record ni la sensibilité extrême : la marque vise la polyvalence. Exit les cellules de 60 ou 24 Mpx, place au capteur CMOS rétroéclairé de 44,3 Mpx… déjà croisé sur le Panasonic Lumix S1R II. Un choix qui s’accompagne de toutes les fonctions d’un boîtier moderne : rafale véloce à 40 i/s, autofocus à détection de phase de dernière génération (avec suivi des véhicules), vidéo 8K. Mais pas de mode haute définition.

Test Leica SL3-P

Le SL3-P ne remplace pas le SL3, qui reste la référence haute définition de la gamme. Il se positionne plutôt comme la déclinaison « à tout faire » de la famille SL : un boîtier pensé pour les photographes qui alternent reportage, portrait, animalier et vidéo, sans renoncer ni au rendu colorimétrique maison, ni à la pastille rouge (métaphoriquement dans notre cas, puisqu’elle est ici absente).

Test Leica SL3-P

Voici un tableau comparatif des caractéristiques du Leica SL3-P et du Leica SL3 :

Leica SL3-PLeica SL3
Capteur24x36 CMOS BSI 44,3 Mpx24x36 CMOS BSI 60,3 Mpx
Filtre passe-basnonnon
ProcesseurMaestro IVMaestro IV
Viseur électroniqueOLED, 5,76 Mpts, 0,76x, 120 HzOLED, 5,76 Mpts, 0,76x, 120 Hz
Ecran LCD3,2 pouces, 2,33 Mpts, inclinable3,2 pouces, 2,33 Mpts, inclinable
AutofocusAF hybride à détection de phase et de contrasteAF hybride à détection de phase
Nombre de points AF819 points AF315 points AF
Détection et suivi automatiquevisage, œil, corps, animal, voiturevisage, œil, corps, animal
Plage AF-6 à 18 EVN.C.
Sensibilité100 à 200 000 ISO (extensible à 50 ISO)100 à 100 000 ISO (extensible à 50 ISO)
Double ISO natifoui, 200 - 800 ISOnon
Rafale (obturateur mécanique)7 i/s5 i/s (AFC) - 7 i/s (sans AFC)
Rafale (obturateur électronique)40 i/s15 i/s (sans AFC)
Buffer70 images70 images
Mode pré-capturenonnon
Mode Haute résolutionnonpixel-shift 240 Mpx
Obturation60 s - 1/8000 s (méca) ; 60 s - 1/16 000 s (élec)60 s – 1/16 000 s
Stabilisation, gainoui, jusqu'à 5 stopsoui, jusqu'à 5 stops
Vidéo8,1K 30p ; 6,4K 30p 3:2 ; 5,9K 60p ; C4K 60p 4:2:2 10 bits ; 4K 120p ; 5,8K ProRes RAW8K DCI 30p, 4:2:2 10 bits, 300 Mb/s
Profils colorimétriques vidéoRec. 709 / Rec. 2020 (HLG / L-Log), LUT temps réelRec. 709 / Rec. 2020 (HLG / L-Log)
Stockage1x CFexpress type B + 1x SD UHS-II + SSD externe1x CFexpress type B + 1x SD UHS-II
Connectivité sans-filWi-Fi 2,4 et 5 GHz, Bluetooth 5.0 Low EnergyWi-Fi 2,4 et 5 GHz, Bluetooth 5.0 Low Energy
Connectivité filaireUSB-C, HDMI Type A, prises micro + casque 3,5 mmUSB-C, HDMI Type A, prises micro + casque 3,5 mm, prise flash
BatterieBP-SCL6BP-SCL6
Rechargement par port USBRecharge et alimentation directe USB-CRecharge et alimentation directe USB-C
TropicalisationOui, certification IP54, -10 à 40 °COui, certification IP54, -10 à 40 °C
Dimensions (L x H x P)108 x 141 x 84 mm108 x 141 x 84 mm
Poids (batterie incluse)840 g environ840 g
Prix au lancement5990 € (juin 2026)6800 € (mars 2024)

Ergonomie et prise en main

Leica se montre assez conservateur au niveau de l’ergonomie et le SL3-P reprend trait pour trait le châssis du SL3 : mêmes dimensions de 10,8 x 14,1 x 8,4 cm et même poids de 840 g environ avec batterie et cartes incluses.

Test Leica SL3-P

Les habitués de la gamme retrouvent donc immédiatement leurs marques, les autres doivent composer avec un boîtier qui reste plus imposant qu’un hybride Sony ou Panasonic équivalent.

Test Leica SL3-P

On retrouve les lignes abruptes et le look « industriel » propres à la série, ainsi que la construction exemplaire qui fait la réputation de Wetzlar. La certification IP54, gravée sous la semelle, atteste d’une protection contre la poussière et les projections d’eau, un argument que peu de concurrents peuvent avancer.

La disposition des commandes ne change pas :

  • molette d’ajustement sur l’épaule gauche, positionnée en amont du déclencheur ;
  • molette arrière cliquable, permettant d’alterner entre les modes PASM ;
  • écran monochrome sur l’épaule droite affichant les paramètres d’exposition ;
  • joystick de sélection faisant office de touche OK ;
  • touches Play, Fn et Menu regroupées à droite de l’écran ;
  • boutons reprogrammables par appui long.
Test Leica SL3-P

Comme sur le SL3, la molette avant oblige à une gymnastique peu intuitive pour qui vient d’une autre marque, et le bouton d’alimentation à pression (et non à loquet) manque toujours de franchise. À l’inverse, la reprogrammation des boutons par appui long demeure l’une des meilleures idées d’ergonomie du marché, et évite de trop fréquents passages par des menus toujours aussi spartiates, malgré des évolutions depuis le SL3.

Test Leica SL3-P

L’écran tactile inclinable de 3,2 pouces et 2,33 Mpts est repris à l’identique. On regrette qu’il ne soit pas orientable, là où certains rivaux proposent une dalle à la fois orientable et inclinable. Les vidéastes apprécieraient.

Test Leica SL3-P
© Leica

Le viseur OLED de 5,76 Mpts (0,76x, 120 Hz) offre une visée claire et confortable. On note toutefois que le phénomène de « vibration » de l’image lors de la mise au point continue, déjà rencontré sur les Q3 et SL3, se fait plus discret. Une période d’adaptation reste néanmoins nécessaire.

Enfin, vous noterez que la célèbre pastille rouge disparaît, pour une esthétique plus minimaliste, ce qui devrait aussi entraîner une petite ristourne pour Leica Camera, qui paie une redevance à Leica Microsystems GmBH

Test Leica SL3-P

Performances et qualité d’image du Leica SL3-P

Un capteur de 44,3 Mpx déjà connu

Le Leica SL3-P abandonne les 60,3 Mpx du SL3 au profit d’un capteur CMOS plein format rétroéclairé de 44,3 Mpx, très vraisemblablement la cellule qui équipe le Panasonic Lumix S1R II. Les fichiers JPEG pèsent environ 20 Mo, quand les RAW (DNG) avoisinent les 60 Mo. Leica conserve son processeur habituel, le Maestro IV.

Test Leica SL3-P

Si ce choix peut surprendre, il s’explique assez facilement : la définition de 44 Mpx permet de concilier gestion du bruit, vitesse de lecture et niveau de détail, et ouvre la porte à des fonctions impossibles sur le SL3, comme la rafale à 40 i/s.

Nous avons utilisé le Leica SL3-P avec un choix varié d’optiques Leica en monture L : les Vario-Elmarit-SL 24-70 mm f/2,8 ASPH, Vario-Elmarit-SL 24-90 mm f/2,8-4 ASPH, Vario-Elmarit-SL 70-200 mm f/2,8 ASPH, APO-Summicron-SL 90 mm f/2 ASPH, APO-Vario-Elmarit-SL 90-280 mm f/2,8-4 ASPH, ou les récents APO-Macro-Elmarit-SL 100 mm f/2,8 et Summilux-SL 50 mm f/1,4 ASPH.

N’hésitez pas à cliquer sur les photos présentes dans ce test pour les afficher en qualité supérieure.

Test Leica SL3-P
Leica SL3-P | Vario-Elmarit-SL 1:2.8/24-70 ASPH. | 24 mm | ƒ / 2,8 | 1/2000 s | ISO 100
Test Leica SL3-P
Leica SL3-P | APO-Summicron-SL 1:2/90 ASPH. | 90 mm | ƒ / 7,1 | 1/60 s | ISO 64
Test Leica SL3-P
Leica SL3-P | Summilux-SL 1:1.4/50 ASPH. | 50 mm | ƒ / 1,4 | 1/500 s | ISO 100
Test Leica SL3-P
Leica SL3-P | Vario-Elmarit-SL 1:2.8/24-70 ASPH. | 70 mm | ƒ / 2,8 | 1/1000 s | ISO 200

Sur le terrain, le SL3-P délivre des images remarquables. Si le capteur est partagé avec Panasonic, le traitement, lui, est 100 % Leica.

Test Leica SL3-P
Leica SL3-P | Summilux-SL 1:1.4/50 ASPH. | 50 mm | ƒ / 1,4 | 1/200 s | ISO 100

On retrouve ce rendu très contrasté, ces ombres profondes et ces teintes riches et naturelles qui font le charme des fichiers de la marque. Les tons chair sont très bien restitués et les portraitistes trouvent dans le SL3-P un fidèle compagnon.

La définition de 44 Mpx autorise des recadrages confortables, même si l’on perd la capacité de cadrage des 60 Mpx du SL3. Pour la majorité des usages, le compromis est pertinent.

Test Leica SL3-P
Leica SL3-P | Vario-Elmarit-SL 1:2.8/24-70 ASPH. | 24 mm | ƒ / 2,8 | 1/2000 s | ISO 100

Notez que, comme d’habitude, Lightroom ne prend pas en charge les différents profils d’image intégrés aux boîtiers Leica et se contente d’un profil générique. Pour ceux qui souhaiteraient l’expérience originale voulue par Leica de bout en bout, il faudra se contenter des JPEG

Montée en ISO

La plage de sensibilité s’étend de 100 à 200 000 ISO, extensible à 50 ISO. Le capteur bénéficie d’un double ISO natif (200 et 800 ISO en vidéo Log).

Test Leica SL3-P
Leica SL3-P | Vario-Elmarit-SL 1:2.8/24-70 ASPH. | 25 mm | ƒ / 2,8 | 1/2000 s | ISO 100

Les fichiers sont imperméables au bruit jusqu’à 800 ISO et il faut attendre 1600 ISO pour voir apparaître un léger fourmillement.

Test Leica SL3-P
Leica SL3-P | APO-Summicron-SL 1:2/90 ASPH. | 90 mm | ƒ / 2,8 | 1/160 s | ISO 800

Le bruit s’accentue très marginalement à partir de 3200 ISO, et un second palier est franchi vers 12 800 ISO, tout en restant facilement exploitable.

Test Leica SL3-P
Leica SL3-P | Summilux-SL 1:1.4/50 ASPH. | 50 mm | ƒ / 1,4 | 1/100 s | ISO 6400

À partir de 25 600 ISO, on observe une légère dérive colorimétrique, qui devient très franche au-delà de 100 000 ISO.

Test Leica SL3-P
Leica SL3-P | Summilux-SL 1:1.4/50 ASPH. | 50 mm | ƒ / 1,4 | 1/100 s | ISO 100 000

Globalement, le SL3-P gère vraiment bien la montée en sensibilité, surtout pour un capteur aussi défini.

Test Leica SL3-P
Leica SL3-P | APO-Summicron-SL 1:2/90 ASPH. | 90 mm | ƒ / 2,0 | 1/160 s | ISO 160 000

Dynamique

Côté dynamique, le SL3-P s’en sort admirablement bien. La récupération des zones sous-exposées est aisée jusqu’à -3 IL sans dégradation visible, un léger bruit numérique apparaissant un peu avant -4 IL.

La gestion des hautes lumières est très bonne jusqu’à +1,6 IL environ. Au-delà de +2 IL, il faut composer avec une dérive colorimétrique qui dégrade durablement les images. Les habitués, qui sous-exposent d’un tiers de stop pour préserver les hautes lumières, ne sont pas dépaysés et le rendu « dramatique » qui en résulte sied bien à la signature Leica.

Autofocus, suivi et réactivité du Leica SL3-P

L’autofocus fait un grand bond en avant avec ce SL3-P. Le système hybride à détection de phase et de contraste s’appuie sur 819 points AF, couvrant la quasi-totalité de la surface du capteur.

L’appareil détecte et suit les visages, yeux et corps des humains comme des animaux. La liste des sujets reconnus s’enrichit d’une seule nouvelle catégorie : les voitures, avec une option entre le véhicule entier et le seul pare-chocs (sous la dénomination « pièces de véhicules »).

Toutefois, pas de motos, de vélos, de trains ni d’avions ici (là où d’autres boîtiers, à la fiche technique pourtant si proche, reconnaissent l’ensemble de ces véhicules).

Leica SL3-P | APO-Vario-Elmarit-SL 1:2.8-4/90-280 | 207 mm | ƒ / 3,5 | 1/1000 s | ISO 320

Sur le terrain, les progrès sont spectaculaires pour qui vient d’un SL3, voire d’un SL2. Les humains sont détectés presque immédiatement et le suivi est très efficace, même lorsque le sujet se retourne ou traverse le cadre.

Leica SL3-P | APO-Macro-Elmarit-SL 1:2.8/100 | 100 mm | ƒ / 2,8 | 1/400 s | ISO 100

Les animaux sont bien gérés, avec les hésitations habituelles sur les petits volatiles en rafale, où le taux de déchets peut se montrer plus important. Le suivi des voitures, testé lors de la course des 24 Heures du Nürburgring, se révèle efficace et constant.

Leica SL3-P | Vario-Elmarit-SL 1:2.8/24-70 ASPH. | 70 mm | ƒ / 2,8 | 1/640 s | ISO 100

À aucun moment l’appareil n’a vraiment été pris en défaut, offrant un autofocus rapide et précis dans la plupart des situations, même par basse luminosité. Sans être tout à fait au niveau des références Sony et Canon, le SL3-P signe le meilleur autofocus jamais embarqué dans un Leica – et de loin.

Leica SL3-P | Summilux-SL 1:1.4/50 ASPH. | 50 mm | ƒ / 1,4 | 1/100 s | ISO 1000

Toutefois, la réactivité de l’AF dépend beaucoup des optiques utilisées. Cela peut sembler logique, mais avec des objectifs un peu vieillissants comme le Leica APO-Summicron-SL 90 mm f/2 ASPH (2018) ou le Leica APO-Vario-Elmarit-SL 90-280 mm f/2,8-4 (2016), l’autofocus s’est montré bien plus imprécis.

En changeant pour un Leica Vario-Elmarit SL 70-200 mm f/2,8 ASPH, même accompagné parfois d’un téléconvertisseur 1,4x, les résultats ont été bien meilleurs.

Rafale et buffer

Le Leica SL3-P propose une rafale jusqu’à 40 i/s en obturation électronique, une cadence inédite chez Leica et toujours parmi les plus rapides du marché à ce niveau de définition. Trois limitations toutefois : des RAW 12 bits (et non 14 bits) à cette cadence, un buffer limité à 70 images et un rolling shutter assez prononcé, nous y reviendrons.

En effet, si le boîtier tient bien la cadence de 40 i/s avec un suivi AF efficace, à plein régime, la mémoire tampon de 8 Go se remplit en moins de 2 secondes (et ce, peu importe le format de fichier, JPEG, RAW, etc.). Et il faut composer avec un temps de déchargement assez long, même avec une carte CFexpress Type B rapide. De plus, même en optant pour une cadence plus raisonnable de 25 i/s ou 15 i/s, on ne bénéficie pas d’un buffer plus confortable.

Il faut donc basculer en obturation mécanique, où la rafale tombe à 7 i/s (mais en RAW 14 bits) pour que le boîtier soit plus endurant, avec 12 à 18 secondes de capture selon les formats choisis.

Voici les performances mesurées avec notre carte CFexpress Type B :

Obturation mécanique (7 i/s)Obturation électronique (40 i/s)
RAW + JPEG : 85 imagesRAW + JPEG : 70 images
RAW : 125 imagesRAW : 70 images
JPEG seuls : 130 imagesJPEG seuls : 70 images

Outre le buffer très limité et le déchargement plus lent qu’un sénateur, lors de nos tests, notre SL3-P souffrait aussi de problèmes de fiabilité. En effet, lors de sessions en rafales prolongées, il n’était pas rare que l’appareil se fige, nous obligeant après une longue attente à retirer la batterie pour forcer le redémarrage.

Un phénomène rencontré par plusieurs autres personnes testant le boîtier, qui est peut-être à imputer au fait que nous testions un appareil longtemps avant sa sortie et que le firmware n’était peut-être pas finalisé. Néanmoins, les problèmes de fiabilité en rafale étant assez communs sur les appareils Leica, il s’agira de bien surveiller ce comportement à l’avenir.

Ces blocages répétés ont été, dans tous les cas, très frustrants. Et, pour un professionnel nécessitant un appareil fiable sur toute la durée d’un match, d’une course, etc., le SL3-P ne sera pas toujours le meilleur allié.

Enfin, comme depuis le Leica M11-P, pionnier en la matière en 2023, le SL3-P embarque une puce dédiée chargée de signer chaque cliché selon la norme C2PA (Coalition for Content Provenance and Authenticity). Activée via l’option « Leica Content Credentials », cette certification appose à la prise de vue des métadonnées cryptographiques inviolables.

Revers de la médaille : le calcul de cette signature au moment du déclenchement alourdit l’écriture des fichiers et bride sérieusement la cadence. Pour shooter fluidement en rafale, il faut donc la désactiver sans hésiter.

Rolling shutter

Le rolling shutter est sans doute l’un des plus gros points faibles de ce SL3-P. Comme Panasonic avant lui, Leica fait le choix d’un capteur non empilé, sans doute pour des raisons de coût.

Leica SL3-P | Summilux-SL 1:1.4/50 ASPH. | 50 mm | ƒ / 1,4 | 1/2000 s | ISO 100

Un capteur de ce type implique une vitesse de lecture assez lente. Au moindre mouvement légèrement trop rapide en obturation électronique, les lignes verticales se retrouvent irrémédiablement déformées. Le phénomène est plus marqué en RAW 14 Bits (jusqu’à 25 i/s) et tend à se montrer moins gênant à la rafale 40 i/s et ses RAW en 12 bits, mais cela reste toutefois un problème à ne pas négliger.

Leica SL3-P | Vario-Elmarit-SL 1:2.8/70-200 ASPH. | 79 mm | ƒ / 4,0 | 1/1000 s | ISO 100

La solution la plus pertinente pour contrer cela consiste à se rabattre sur l’obturation mécanique (7 i/s max.) dès que des sujets se déplacent rapidement dans le cadre. Une gymnastique que les possesseurs de SL3 connaissent déjà bien.

Stabilisation

C’est la principale divergence avec la fiche technique du Lumix S1R II, et elle est de taille. Là où le boîtier d’Osaka annonce un gain allant jusqu’à 8 stops, la nacelle 5 axes du SL3-P offre un gain maximal de 5 stops seulement. C’est la même valeur que le SL3, qui faisait déjà moins bien que le SL2 en son temps.

Leica SL3-P | Summilux-SL 1:1.4/50 ASPH. | 50 mm | ƒ / 1,6 | 1.0 s | ISO 100

Sur le terrain, nous parvenons à obtenir des clichés nets jusqu’à environ 1,6 s (en étant tolérant) avec un 50 mm à main levée, soit un gain d’environ 5 stops, ce qui est dans les clous de la fiche technique. Néanmoins, à cette valeur, le taux de réussite est assez aléatoire et on évitera de descendre sous la seconde pour plus de sécurité.

Leica SL3-P | Summilux-SL 1:1.4/50 ASPH. | 50 mm | ƒ / 3,2 | 1.6 s | ISO 100

L’IBIS du boîtier est suffisant pour l’essentiel des usages, mais le SL3-P est ici clairement en retrait face aux autres boîtiers de 2026.

Leica SL3-P | APO-Summicron-SL 1:2/90 ASPH. | 90 mm | ƒ / 8,0 | 1.3 s | ISO 64

Voici une sélection de photos réalisées avec le Leica SL3-P :

Vidéo : le 8K Open Gate s’invite chez Leica

Le volet vidéo du SL3-P n’a rien d’un parent pauvre : il hérite de la plateforme partagée avec le Lumix S1R II, ce qui le hisse au niveau des hybrides les plus sérieux du marché.

Le boîtier filme jusqu’en 8K, avec un mode Open Gate 3:2 qui exploite toute la surface du capteur (8064 x 5376 px et même jusqu’à 8128 x 5418 px en RAW). Ce format offre une latitude de recadrage précieuse au montage : on cadre large, puis on extrait un 16:9, un format vertical pour les réseaux ou un 17:9 cinéma.

Test Leica SL3-P Montage 8K Open Gate

En interne, l’essentiel des modes s’enregistre en H.265 L-GOP 10 bits 4:2:0 à 300 Mbps, que ce soit en C8K (8128 × 4288), en 8K 16:9 (7680 × 4320) ou dans les déclinaisons Open Gate 7,2K et 6,4K.

Côté cadences, le SL3-P se montre généreux. Le C4K et le 4K grimpent jusqu’à 120 i/s, tandis que le C6K, le 6K et le 4,7K plafonnent à 60 i/s. De quoi couvrir aussi bien le documentaire que le ralenti maîtrisé.

Montage 4K 120 Fps test leica SL3-P

En C4K et 4K, le boîtier passe en 4:2:2 10 bits ALL-Intra (H.264 ou H.265) jusqu’à 800 Mbps, plus adapté à l’étalonnage.

Concernant la qualité des séquences, même sans aller filmer en ProRes ou en Log, le SL3-P propose des images très réussies. Les couleurs sont vives, les contrastes profonds, tandis que l’autofocus se montre tout à fait à la hauteur. Bien entendu, il lui arrive un peu de cafouiller et de pomper avant de faire le point, mais le delta est assez important par rapport aux boîtiers précédents de la firme.

Par ailleurs, à cause du rolling shutter marqué, il faudra faire bien attention à ses mouvements lorsque l’on filmera à main levée ou lors de panoramiques trop appuyés. La stabilisation mécanique étant assez limitée, on n’hésitera pas à employer une gimbal – ou à utiliser la stabilisation numérique (sauf en Open Gate évidemment) pour s’assurer de la viabilité de ses plans.

L’enregistrement ProRes interne (422 HQ et 422) est aussi de la partie en C6K, C4K, 4,7K et Full HD, et un flux RAW peut être obtenu via la sortie HDMI jusqu’en C8K (ainsi qu’en 8K Open Gate, 7,2K et 4,8K) vers un enregistreur Atomos ou Blackmagic. Les fichiers s’écrivent sur carte SD UHS-II, sur CFexpress Type B ou sur un SSD externe via USB-C.

Voici dans le détail l’ensemble des formats et cadences disponibles avec le Leica SL3-P :

Pour ceux qui seraient perdus devant l’immensité des options, Leica a pensé à une fonction assez intéressante qui permet de visualiser plus facilement quel format est compatible avec quelle cadence et autres codecs. À chaque fois que vous sélectionnez un format (ou toute autre option vidéo), l’appareil, en plus de griser les fonctions non compatibles, vous indique le nombre d’options disponibles avec le réglage choisi au préalable. Cela permet de naviguer bien plus fluidement et d’éviter les allers-retours inutiles entre les menus.

En conclusion, malgré son orientation photographique, le SL3-P propose une boîte à outils vidéo qui n’impose presque aucun compromis, servie par la signature colorimétrique Leica.

Autonomie, connectique et stockage

Le SL3-P reprend la batterie BP-SCL6 du SL3. L’autonomie mesurée s’établit à environ 383 vues selon la norme CIPA. Un chiffre assez bas qu’il faut, comme toujours, relativiser en usage réel (notamment avec de grosses rafales). Mais sur le terrain, le Leica SL3-P n’est pas beaucoup plus endurant.

Soulignons aussi que l’appareil met un temps assez considérable à s’allumer (2 à 3 secondes) et que chaque démarrage entame toujours plus sa batterie. Pour compenser, il est possible de le mettre en veille d’un appui court sur le bouton d’alimentation. Cela permet de gagner quelques instants au réveil et de moins puiser dans les ressources.

La trappe batterie ici sur le Leica SL3.

Pour redonner rapidement du jus à la bête, la recharge et l’alimentation directe par USB-C sont heureusement de la partie.

Côté stockage, on dispose d’un slot CFexpress Type B et d’un slot SD UHS-II, complétés par la possibilité d’enregistrer directement sur SSD externe via le port USB-C. La connectivité sans fil repose sur le Wi-Fi 2,4 et 5 GHz et le Bluetooth 5.0 Low Energy, avec un appairage à l’application Leica FOTOS, toujours aussi soigné.

Leica SL3-P : le Leica le plus polyvalent jamais conçu ?

Avec le SL3-P, Leica signe un boîtier inédit dans son catalogue : un hybride qui ne mise plus tout sur la définition ou sur l’aura de la pastille rouge, mais sur une polyvalence assumée. Capteur 44,3 Mpx véloce, autofocus enfin au niveau, rafale 40 i/s, vidéo 8K Open Gate : sur le papier comme sur le terrain, c’est le SL le plus capable jamais conçu.

Le mariage fonctionne d’autant mieux que le boîtier conserve ce qui fait l’identité de la marque : une construction certifiée IP54 exemplaire, une ergonomie épurée et surtout une qualité des images (presque) sans reproche.

Restent quelques concessions qui l’empêchent de viser l’excellence. La stabilisation limitée à 5 stops le place nettement en retrait de la concurrence – à commencer par le Lumix S1R II, qui partage l’essentiel de sa fiche technique pour un tarif bien inférieur. Et la détection AF limitée aux humains, animaux et voitures laisse de côté motos, vélos, trains et avions, sans justification technique apparente. Ajoutons un rolling shutter prononcé, à cause d’un capteur non empilé très défini, et surtout un buffer franchement handicapant lorsque l’on dépasse les 7 i/s.

Le SL3-P s’adresse donc aux photographes déjà acquis à la cause Leica (ou séduits par son rendu) qui cherchent un boîtier unique capable de tout faire, du studio au bord du circuit. Affiché à 5990 €, il assume son positionnement tarifaire face au rival de chez Panasonic, vendu 2800 € moins cher actuellement. La magie Leica a un prix, mais elle n’a jamais offert autant de polyvalence et de pertinente.

Le Leica SL3-P est disponible à partir de 5990 €. Vous pouvez le retrouver chez MN Photo Vidéo, IPLN, à la Fnac, Panajou, sur le Leica Store et en boutique Leica, bien entendu.

Trois kits sont également proposés par le constructeur :

  • Leica SL3-P + Vario-Elmarit-SL 28-70 mm f/2,8 ASPH : 6990 €
  • Leica SL3-P + Vario-Elmarit-SL 24-70 mm f/2,8 ASPH : 7490 €
  • Leica SL3-P + Vario-Elmarit-SL 24-70 mm f/2,8 ASPH + SL 70-200 mm f/2,8 ASPH : 9790 €
Test Leica SL3-P : 44 Mpx, rafale 40 i/s, 8K Open Gate, la polyvalence à l’allemande
Fabrication / finitions
9
Ergonomie
8.4
Qualité d'image
9.2
Montée en ISO
8.7
Efficacité de l'autofocus
8.2
Fonctionnalités
8.2
Vitesse en rafale
9.7
Capacité du buffer
6.8
Stabilisation
7.8
Autonomie
8.2
Vidéo
9.1
Rapport qualité-prix
7.7
Points forts
Excellente qualité d'image
Autofocus enfin digne d'un boîtier moderne (avec suivi des voitures)
Rafale 40 i/s avec AFC
Mode vidéo très complet (8K Open Gate, ProRes, etc.)
Finitions construction certifiée IP54 et ergonomie éprouvée
Enregistrement sur SSD externe
Points faibles
Stabilisation limitée à 5 stops
Rolling shutter prononcé
Buffer vraiment limité et déchargement lent
Rapport qualité-prix toujours assez moyen
8.7
sur 10
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