Chaque mois, Phototrend vous propose de découvrir les livres photo qui nous ont marqués. En ce mois de juin 2026, voici 5 nouveaux ouvrages que nous avons sélectionnés pour vous.
Ce mois-ci, la rédaction vous propose un véritable voyage. Pascal Greco arpente les paysages virtuels des jeux vidéo, quand Naoya Hatakeyama photographie les arbres rescapés du tsunami japonais. Plus près de nous, Thomas Jouanneau déclare sa flamme à l’île de Noirmoutier, tandis qu’Anastasia Samoylova remonte la côte Est américaine sur les traces de Berenice Abbott. Sans oublier la monographie consacrée à William Klein, à qui les Rencontres d’Arles rendent hommage cette année. Bonne lecture.
Photographie, Jeu vidéo, Paysage

Pascal Greco, artiste autodidacte suisse et italien, pratique ici la photographie in-game, qui consiste à capturer des paysages à l’intérieur même des jeux vidéo. Parti des décors islandais de Death Stranding, il a élargi son exploration à une dizaine d’univers, de la Grèce d’Assassin’s Creed Odyssey à la Bolivie de Ghost Recon Wildlands, jusqu’aux Caraïbes dans Far Cry 6.
Sa méthode est celle d’un photographe de paysage classique. Il arpente ces terrains virtuels pendant des heures, guette la lumière, attend l’instant, compose son cadre. Certaines images portent une légende mentionnant le lieu, une date de « voyage » et le jeu d’origine, brouillant la frontière entre document et fiction. D’autres, traversées de glitchs, laissent au contraire affleurer l’artifice du monde numérique.
Accompagné de trois essais qui replacent cette démarche dans l’histoire du paysage photographié, l’ouvrage rouvre des questions anciennes : qu’est-ce qu’un paysage, qu’est-ce qu’une photographie ? Un livre troublant, à l’heure où l’image générée par ordinateur s’impose partout.
Photographie, Jeu video, Paysage, Pascal Greco
Éditeur : IDPURE, Chambre Noire
35 €, 128 pages, broché, 22,50 x 30 cm
Acheter le livre : IDPURE, Chambre Noire
Tsunami Trees

Quinze ans après le tsunami du 11 mars 2011, Naoya Hatakeyama poursuit son travail sur les côtes du Nord-Est du Japon. Après Kesengawa et Rikuzentakata, consacrés aux conséquences humaines et matérielles de la catastrophe, le photographe s’attache cette fois au sort des arbres.
Au fil de ses marches, du Sud vers le Nord, il croise des survivants silencieux. Certains ont été engloutis puis desséchés par le sel, d’autres coupés pour la reconstruction. Quelques-uns, balafrés d’une grande entaille, repoussent à moitié : une part vivante et feuillue, une part nue et morte. C’est cette reprise vaillante que le photographe japonais saisit au gré des saisons et des variations de lumière.
Les 52 images, sobres et contemplatives, refusent le spectaculaire. Elles disent la métamorphose d’un paysage remodelé à coups de digues, de routes et de remblais, et notre rapport ambigu à une nature que nous façonnons sans plus la regarder. Le texte de l’auteur, en fin d’ouvrage, prolonge cette méditation sur la mémoire, la disparition et la renaissance. Un livre d’une beauté grave et apaisée.
Tsunami Trees, Naoya Hatakeyama
Éditeur : Light Motiv
45 €, 144 pages, broché, 25 x 30 cm
Acheter le livre : Light Motiv, Fnac
S’en va où

« Dix années de captations, de balades et d’émerveillement » : c’est ainsi que Thomas Jouanneau résume le projet derrière ce bel ouvrage paru en 2025, qui représente une déclaration d’amour à l’île de Noirmoutier. Photographe et vidéaste vendéen, il a puisé le titre dans son enfance : « s’en va où » était sa question fétiche, lancée à ses frères et sœurs partant retrouver leurs amis ou à son père prenant la mer.
L’ouvrage réunit 160 photographies argentiques et numériques, prises notamment au drone. Il se parcourt comme une balade en quatre étapes (et autant de chapitres) : Barbâtre, La Guérinière, L’Épine et Noirmoutier-en-l’Île, complétées d’un chapitre bonus « autour de l’île ». « C’est un projet pour les personnes qui aiment les beaux livres, qui aiment les îles, qui aiment la mer, et surtout qui aiment rêver », résume l’auteur.
Réalisé au Portugal dans une imprimerie d’art, l’ouvrage se distingue par ses tirages soignés et sa reliure en toile. Et l’on y sent presque le lien organique qui unit Jouanneau à « son » île : les textures du sable, de l’écume, des arbres, des plumes d’oiseaux. Un appel à la contemplation et à l’émerveillement photographique.
S’en va où, Thomas Jouanneau
Éditeur : Sillonner Éditions
75 €, 208 pages, relié, 32 x 22 cm
Acheter le livre : Big Cartel
Atlantic Coast

En 1954, Berenice Abbott prenait le volant pour documenter la US Route 1, alors qu’elle pressentait déjà les bouleversements que le réseau autoroutier allait imposer aux villes et villages de la côte Est. Soixante-dix ans plus tard, la photographe Anastasia Samoylova, née à Moscou en 1984 et installée à Miami Beach depuis 2016, refait le voyage.
La US Route 1, anciennement Atlantic Highway, relie Key West, à la pointe sud de la Floride, à Fort Kent, dans le Maine. C’est ce ruban d’asphalte que parcourt la photographe, de son État d’adoption jusqu’à la frontière canadienne. Son style alterne entre couleurs vibrantes, capturant les lumières saturées du Sud, et noir et blanc aux contrastes marqués, qui durcit le propos à mesure que l’on remonte vers le Nord. En leitmotiv, une question demeure : que reste-t-il du rêve américain, à l’heure où l’urbanisation et les autoroutes semblent ne plus connaître de limites ?
La force de cet ouvrage, conçu en collaboration entre les éditions Aperture et le Norton Museum of Art, tient au regard à la fois extérieur et intime de la photographe sur cette Amérique contemporaine. Préfacé par Ghislain d’Humières, directeur général du musée, ce livre offre des tirages à la fois lucides et contemplatifs.
Atlantic Coast, Anastasia Samoylova (anglais)
Éditeur : Aperture, en coédition avec le Norton Museum of Art
65 €, 144 pages, relié, 23,8 x 28 cm
Acheter le livre : Aperture, leslibraires.fr
William Klein

Disparu en 2022, William Klein aurait eu cent ans cette année. Actes Sud en profite pour faire reparaître, dans sa collection Photo Poche, la monographie qui lui est consacrée. Surtout, il s’agit d’une édition revue et augmentée : elle ne se limite plus à ses clichés de rue les plus célèbres, mais fait désormais une large place à des registres moins exposés, comme ses recherches abstraites, son travail en couleur et ses images de mode. L’ensemble réunit 70 photographies, en noir et blanc comme en couleur, et un texte d’introduction signé du photographe et galeriste Jacques Damez.
Touche-à-tout passé par la peinture, le cinéma et le graphisme, l’artiste américano-français s’est imposé comme l’un des photographes les plus influents de la seconde moitié du 20e siècle. On lui doit un regard frontal, forgé dans les rues de New York, Paris, Rome, Moscou ou Tokyo, et des livres qui ont durablement marqué l’édition photographique. Aussi à l’aise dans la mode que derrière une caméra, il a imposé une façon de photographier au plus près du sujet, sans filtre ni distance. Un bon point de départ pour (re)découvrir son œuvre, alors que les Rencontres d’Arles 2026 lui consacrent l’exposition intituléeThis Way to Heaven.
William Klein, Photo Poche
Éditeur : Actes Sud
14,50 €, 144 pages, broché, 12,5 x 19 cm
Acheter le livre : Actes Sud / Fnac


