Reporters sans frontières vient de publier un nouvel album de sa collection 100 Photos pour la liberté de la presse. Ce 82e numéro met à l’honneur Vincent Munier et son travail sur les forêts du monde, en parallèle d’une exposition qui sera présentée au Festival La Gacilly jusqu’au 4 octobre 2026.

Vincent Munier et RSF : une collaboration fructueuse
Né en 1976 à Épinal, Vincent Munier a construit une œuvre d’une grande richesse. Sa rencontre avec la photographie animalière remonte à ses douze ans, lorsqu’il photographie un chevreuil lors de sa première nuit passée dehors. Deux composantes essentielles de sa pratique photographique naissent de cet événement : l’attente, et la rencontre avec l’animal.

Jeune adulte, il sillonne l’Europe, de l’Espagne à la Scandinavie, sur la trace des grues cendrées. De cette expérience, il tire un premier ouvrage, Le Ballet des grues, publié en 1999. La même année, il passe trois mois sur l’île d’Hokkaidō et publie, en 2004, un livre intitulé Tancho. En 2000, 2001 et 2002, il devient le premier photographe à remporter trois années de suite le prix Eric Hosking, décerné dans le cadre du concours « Wildlife Photographer of the Year » de la BBC.

Plus récemment, le grand public le découvre aussi au cinéma, avec La Panthère des neiges (2021) et Le Chant des forêts (2025), pour lequel il reçoit le César 2026 du meilleur film documentaire et du meilleur son. C’est dans le prolongement de ce film que Reporters sans frontières publie ce nouvel album, proposant « une immersion dans un monde peuplé de présences furtives ».
Cet album RSF n’est d’ailleurs pas le premier à mettre à l’honneur les photographies de Vincent Munier. Déjà, en 2018, l’ONG mettait en avant ses images des ours bruns du Kamtchatka, des loups blancs de l’Arctique ou des manchots empereurs de l’Antarctique.

Ce nouvel album est donc comme un retour aux sources, en se concentrant sur le terrain d’exploration d’origine de Vincent Munier : la forêt, et toutes les formes de vie qui la composent.
La forêt comme sujet photographique à part entière
Vincent Munier aborde la forêt dans toute sa pluralité. Celle des Vosges, d’abord, où le photographe a grandi et où il vit toujours. Le regard sensible du photographe s’exprime notamment par les portraits intimistes d’un renard roux ou d’un écureuil en pleine ascension.


Plus loin, on (re)découvre ses sublimes images capturées aux quatre coins du globe : au Bhoutan, minuscule royaume bouddhiste coincé entre l’Inde et la Chine, territoire du calao bicorne ; dans les Asturies, en Espagne, où il a pu rencontrer une famille d’ours bruns.

La forêt apparaît non pas comme une entité figée, anonyme, mais bien comme un espace vivant, où la lumière et les nuages viennent caresser les troncs et les branches des arbres, où les animaux se laissent apercevoir, brièvement. Sur les photos de Vincent Munier, aucun homme n’est présent : la nature se dévoile, doucement, à celui qui sait attendre cette rencontre entre deux mondes qui bien souvent s’ignorent.

Ce nouvel album de Reporters sans frontières offre une fenêtre ouverte à la fois sur la nature, mais aussi sur la pratique photographique de Vincent Munier, dont chaque image est le fruit d’une longue attente.

L’ouvrage est aussi un appel à ne plus seulement voir la forêt comme un espace de ressources que l’on prélève pour fabriquer des meubles, du papier ou du combustible : « elle possède une valeur intrinsèque qui doit être considérée comme telle et respectée », explique Stéphanie Thiébault, directrice de recherche émérite au CNRS.

Car la forêt doit aussi être prise en compte comme un espace vulnérable face aux risques climatiques et aux nuisibles. Elles jouent un rôle primordial dans l’absorption du CO2 et dans la régulation du climat, au même titre que les océans. Les arbres et leurs habitants représentent un enjeu fondamental pour l’avenir de notre planète.

À ce titre, les photos de Vincent Munier n’ont rien d’alarmiste : au contraire, elles nous aident à comprendre cet écosystème complexe, à nous le faire connaître, à le rendre vivant et profondément attachant.
Soutenir le travail des journalistes à travers le monde
Cet album permet aussi à l’ONG de rappeler l’importance du combat pour la liberté d’informer. « En 2002, 20 % de la population mondiale vivait dans un pays où la situation de la presse était perçue comme ‘‘bonne’’, vingt-cinq ans plus tard, ils ne sont plus que 1 % à en bénéficier », indique Reporters sans frontières dans les pages finales de cet album.
L’association livre aussi le portrait de cinq journalistes qui témoignent de la réalité de la guerre israélo-palestinienne, de la détention des journalistes en Chine ou du déclin de la liberté de la presse en Kirghizistan.

Proposé en kiosque, en librairie et sur le site de RSF au tarif de 12,50 €, cet album (144 pages, 21 x 28,7 cm) permet de soutenir directement les actions de Reporters sans frontières. L’intégralité des bénéfices est reversée à l’association afin de venir en aide aux journalistes de terrain et défendre la liberté de l’information à travers le monde.
Enfin, les photos de Vincent Munier seront présentées lors d’une exposition au Festival Photo La Gacilly, du 1er juin au 4 octobre 2026.


