Chaque mois, Phototrend vous propose de découvrir les livres photo qui nous ont marqués. En ce mois de mai 2026, voici 5 nouveaux ouvrages que nous avons sélectionnés pour vous.
Ce mois-ci, notre sélection navigue entre regarder et faire. Côté regard, deux grandes signatures, la Sud-Africaine Jo Ractliffe et l’Américain Lee Friedlander, ainsi que le palmarès du World Press Photo 2026, qui dresse en images le bilan d’une année d’actualité. Côté pratique, deux ouvrages pour passer de l’autre côté de l’objectif : un manuel qui réinvente le tirage argentique de façon plus saine et plus écologique, et un livre qui invite à mieux s’exprimer par la photographie.
Sommaire
En ces lieux

Née au Cap en 1961, Jo Ractliffe est l’une des grandes voix de la photographie contemporaine sud-africaine, et reste pourtant assez peu visible en France. C’est tout l’intérêt de cet ouvrage publié par Atelier EXB, en coédition avec le Jeu de Paume.
Depuis ses premières images réalisées entre 1982 et 1996, routes désertes, bords de mer ou abords urbains, la photographe construit une œuvre tournée vers le paysage et ce qu’il garde en mémoire. Elle s’attache aux territoires d’après-conflit, surtout en Afrique australe, là où l’apartheid, le colonialisme et les guerres régionales, en Angola notamment, ont laissé des traces qui affleurent dans les sols, les ruines et les terrains vagues.
Son approche du documentaire avance de biais, par le côté. Plutôt que d’illustrer un événement, Jo Ractliffe s’intéresse à ce qui vient après, à l’empreinte plus qu’au fait, au silence autant qu’à la présence. Ses images, en grande majorité en noir et blanc, demandent à être regardées longtemps pour laisser remonter les histoires enfouies dans le paysage.
L’ouvrage couvre tout son parcours jusqu’à ses séries récentes, dont The Garden, et réunit trois essais et de courts textes de l’artiste.
En ces lieux, Jo Ractliffe
Éditeur : Atelier EXB, en coédition avec le Jeu de Paume
59 €, 336 pages, relié, 22 x 26,5 cm
Acheter le livre : Atelier EXB, Fnac
World Press Photo 2026

Référence du photojournalisme depuis plus de 70 ans, le World Press Photo récompense chaque année les images qui ont marqué l’actualité. Son catalogue, désormais édité en français par les Éditions de La Martinière, fait office de bilan visuel de l’année écoulée. Cette 69e édition revient sur les clichés les plus forts, choisis parmi les 57 376 photos envoyées par 3 747 photographes de 141 pays.
L’ouvrage s’ouvre sur un hommage à au moins 93 photographes morts en 2025 dans l’exercice de leur métier, rappel de ce que coûte parfois l’information. Il réunit les lauréats par région et par catégorie, la Photo de l’année et ses deux finalistes, mais aussi les projets photographiques au long cours. Le livre donne enfin la parole aux membres du jury, qui partagent leurs réflexions sur l’impact des images, la résilience, la paternité, les contenus qui choquent ou ce qui se joue derrière l’appareil.
Entre conflits, crises, instants de grâce et gestes de résistance, c’est une année d’actualité que l’on retraverse ici, vue par celles et ceux qui la documentent au plus près. Un livre aussi beau que nécessaire.
World Press Photo 2026
Éditeur : La Martinière
32 €, 240 pages, relié, 20 x 25 cm
Acheter le livre : La Martinière, Fnac
La révélation argentique, idées, recherches et alternatives à l’usage des photographes

Pratiqué de façon traditionnelle, le développement argentique noir et blanc reste nocif, pour la santé du photographe comme pour l’environnement. Photographe et chercheur, Nicolas Andry part de ce constat pour proposer une autre voie, dans un livre né de plusieurs années de recherche.
À mi-chemin du manifeste et du manuel de labo, l’ouvrage rassemble des alternatives concrètes aux bains toxiques : ingrédients de substitution, méthodologies, procédés éprouvés et pistes plus expérimentales comme la phytotypie, qui exploite la dégradation de pigments végétaux par les UV. Vitamine C, orties, sauge ou pommes deviennent des outils de tirage. Le tout est pensé comme un livre-laboratoire, avec recettes détaillées, annexes pratiques, glossaire et bibliographie, pour gagner en autonomie et préparer ses propres bains.
Au-delà de la technique, le propos est aussi écologique et politique : se réapproprier des savoir-faire, sortir de la résignation et repenser sa façon de photographier. Un format de poche dense et accessible, à mettre entre les mains de tout amateur de chambre noire soucieux de son impact.
La révélation argentique, idées, recherches et alternatives à l’usage des photographes, Nicolas Andry
Éditeur : Primitive Press & Les éditions du Caïd
18 €, 288 pages, broché, 11,5 x 17 cm
Acheter le livre : Editions du Caid
Parlez-vous photo ? S’exprimer par la photographie

Et si le meilleur appareil photo, c’était vous ? C’est la question que pose Valérie Simonnet en quatrième de couverture, avec un ouvrage qui prend le contre-pied des manuels purement techniques. Son idée : une fois les bases acquises, ce sont le regard et le langage visuel qui font la différence.
Partant du principe que la photographie est une langue à part entière, le livre se déroule en trois temps. D’abord s’exprimer en images, avec les outils du langage visuel (cadre, composition, couleur ou noir et blanc) et l’apport des autres arts. Ensuite réfléchir en images : donner une intention, construire une série, postproduire, sans oublier l’éthique et un chapitre sur l’IA, présentée comme un outil à maîtriser plutôt qu’à subir. Enfin construire son identité visuelle, de la recherche de sa voix à l’éditing et à la diffusion de son travail.
Plus livre de fond que recueil de recettes, c’est un compagnon de réflexion pour le photographe qui veut dépasser la simple captation du réel et trouver son propre style.
Parlez-vous photo ? S’exprimer par la photographie, Valérie Simonnet
Éditeur : Eyrolles
25 €, 210 pages, broché, 23 x 17 cm
Acheter le livre : Eyrolles / Fnac
Life Still

Aperture publie sa première monographie de Lee Friedlander. À 91 ans, le photographe américain, figure majeure de la street photography et de la photographie documentaire depuis les années 1960, revient avec Life Still sur près de soixante-dix ans de carrière.
Tout l’intérêt du livre tient à sa construction en diptyques. Chaque double page met deux images en regard, le plus souvent une photo des années 1960 face à une autre des années 2000, pour faire dialoguer les époques. Plus de la moitié des 136 photographies sont inédites. De ces rapprochements naissent des échos visuels par-dessus le temps, qui révèlent les contradictions persistantes de l’Amérique ordinaire et ce surréalisme du quotidien que Friedlander dissèque comme un puzzle : jeux de miroirs, vitrines, mannequins, enchevêtrements de câbles, enseignes, ombres et autoportraits glissés dans le cadre.
On y retrouve ses motifs de toujours, son humour pince-sans-rire et son sens aigu de la composition. Le tout est accompagné d’un texte du critique Hua Hsu. Un beau livre de référence, à la croisée du document et de la poésie du banal.
Life Still, Lee Friedlander (en anglais)
Éditeur : Aperture
57 €, 160 pages, relié, 22,6 x 27,2 cm
Acheter le livre : Aperture, Leslibraires


