Les hybrides de Sony seraient-ils en train de prendre le pas sur les reflex de Canon et Nikon auprès des photographes professionnels ? En marge des épreuves des Jeux olympiques de Tokyo qui ont refermé leurs portes, de plus en plus de photographes professionnels utilisant des hybrides Sony ont pu être observés. Le virage des professionnels vers l’hybride semble avoir déjà démarré, mais laisse-t-il le « traditionnel » duopole Canon-Nikon en retrait ? Décryptage.

Source : Sony

Le duopole Canon-Nikon serait-il en train de s’affaiblir ?

Pendant que les spectateurs du monde entier admiraient les prouesses des athlètes aux Jeux Olympiques, une bataille de l’ombre s’est jouée. Celle de deux univers a priori antagonistes. Pour la première fois dans l’histoire récente des Jeux, un 3e acteur nommé Sony est vu troubler le duopole formé par Canon et Nikon auprès des professionnels de l’image.

La présence remarquée des hybrides Sony plein format – et les excellentes critiques des photographes – marquent un véritable tournant pour le marché professionnel, encore largement dominé par les reflex monoblocs de Canon et Nikon. Un paradoxe qui pouvait d’ailleurs sembler étrange auprès des néophytes. Certains ont pu s’étonner de voir la « loyauté » des professionnels à l’écosystème reflex, alors que le virage vers les hybrides s’est opéré depuis longtemps pour le grand public.

© Damien Roué

Le « grand saut » de nombreux photographes de sport

Pendant les Jeux olympiques de Rio, en 2016, la bataille se jouait entre les derniers reflex de Canon et Nikon. Pour les JO de Tokyo, les chiffres officiels ne sont pas encore connus, mais les grandes tendances se dessinent déjà. Ainsi, la part des hybrides de Sony serait estimée entre 10 et 30 %. Et ces néo-utilisateurs de Sony seraient d’anciens nikonistes, d’après les photographes présents sur place, selon le Financial Times.

« Lors des JO de Rio, tout le monde utilisait des reflex. Et j’ai vraiment été surpris de voir autant de photographes utiliser des hybrides de Sony cette année », raconte Yusuke Nakanishi, photographe freelance interrogé par le Financial Times. Ce dernier a d’ailleurs fait le « grand saut ». « Je me suis préparé pour changer mon matériel pour ces Jeux car je sentais que les reflex vont peu à peu disparaître ».

Notons aussi que les JO de Tokyo ont été les premiers Jeux où Sony a mis à disposition un centre presse dédié aux photographes professionnels, aux côtés des stands de Canon et Nikon.

Une profusion de Sony A1 et de téléobjectifs au centre professionnel Sony pour les JO de Tokyo 2020

La consécration de la stratégie de Sony

L’intrusion spectaculaire des hybrides Sony dans un univers aussi longtemps dominé par Canon et Nikon marque aussi – et surtout – la réussite des ambitions de Sony.

En dépit du recul des ventes de boîtiers photo au profit des smartphones (-93 % en volume en l’espace de 10 ans selon le CIPA), Sony s’était lancé un pari ambitieux : se concentrer sur le segment des boîtiers hybrides haut de gamme. Une stratégie aujourd’hui suivie par d’autres marques, de nombreux observateurs du marché de la photographie ayant noté que le marché croît davantage en valeur qu’en volume. En décembre 2020, Canon et Sony était d’ailleurs au coude-à-coude, avec près de 35 % de parts de marché des hybrides.

Parts de marché (monde) des principaux constructeurs photo en 2020. Source: Techno Systems Research, via the Financial Times

« Sony est largement en tête du peloton sur le marché des hybrides », indique Ichiro Michikoshi, analyste au sein du groupe BCN cité par le Financial Times. « Canon et Nikon ont pris du retard à cause de leur ancrage sur le marché des reflex, craignant une cannibalisation de leur gamme. De fait, l’écart [avec Sony] est encore plus grand ».

Pour mémoire, Sony lance en 2010 ses premiers hybrides APS-C, les NEX-3 et NEX-5. Son premier hybride plein format, le Sony A7, est lancé seulement 3 ans plus tard. Fort du succès des boîtiers de cette gamme, la marque dévoile son premier hybride professionnel en 2017. Le Sony A9 est suivi en 2019 par l’A9 II et, au début de cette année, par le Sony A1. Ce dernier était d’ailleurs omniprésent sur les étagères du centre professionnel Sony pour les JO de Tokyo.

Sony A1 : capteur 50 Mpx, vidéo 8K, rafale 30 i/s, l’hybride plein format professionnel de tous les superlatifs

L’alliance avec l’agence Associated Press, une victoire cruciale pour les hybrides de Sony

L’un des plus gros succès de Sony tient sans doute dans la « conversion » de l’agence Associated Press. En juillet 2020, Sony est ainsi devenu le fournisseur exclusif de l’agence, dont les photographes et vidéastes du monde entier utilisent aujourd’hui des boîtiers Sony A9 II et A7R IV. Cette annonce avait créé un véritable remous, AP étant longtemps restée fidèle aux reflex Canon pour ses photographes.

L’agence Associated Press choisit les hybrides Sony pour équiper ses photographes et vidéastes

Parmi les avantages cités par l’agence AP, la prise de vue silencieuse, la mise au point automatique ultrarapide, la légèreté des boîtiers ont largement été plébiscités. De même, la possibilité d’utiliser les mêmes boîtiers pour la photo et la vidéo – et de disposer de la même colorimétrie pour toutes les images – ont été mentionnés. Enfin, la richesse du parc optique de Sony a évidemment pesé dans la balance.

Dans les mois ou les années à venir, les autres grandes agences de presse feront à leur tour leur virage vers l’hybride. Et à ce moment, les très attendus Canon EOS R3 et Nikon Z 9 auront certainement été dévoilés – de même que le (potentiel) Canon EOS R1. Seulement voilà : Sony étant présent depuis plus longtemps sur le marché des hybrides, la marque dispose de plus d’expérience – et d’un parc optique dédié beaucoup plus important.

Pour Canon et Nikon, il est donc à craindre que le retard accumulé ne devienne trop grand. Malgré tout, les deux géants n’ont pas dit leur dernier mot, tentant de séduire les photographes avec des fonctionnalités inédites, comme le contrôle de l’AF par l’œil.

De même, elles peuvent compter sur la « force des habitudes » et la résistance au changement plus ou moins importante. Assez logiquement, bon nombre de photographes habitués à utiliser leur reflex Nikon ou Canon préfèreront rester dans l’écosystème de la marque afin de conserver leurs repères, tout en bénéficiant des dernières avancées technologiques.

La fonction Eye AF est l’un des atouts vantés par Sony pour séduire les photographes professionnels

Les JO de Tokyo, dernier tour d’honneur des reflex

Quoi qu’il en soit, les Jeux Olympiques de Tokyo ont sans doute été le dernier événement sportif majeur marqué par la présence des reflex. Dès les JO d’hiver de Pékin, qui débuteront en février 2022, il sera intéressant de voir dans quelle mesure les hybrides auront pris le pas sur les reflex – et si Sony continue son insolente croissance.

Et bon nombre d’observateurs de prédire que les JO de Paris de 2024 seront les 1ers JO d’été où les hybrides auront totalement supplanté les reflex. Ainsi, rendez-vous dans 3 ans seulement pour voir si ces prédictions se réalisent – ou si les reflex Canon et Nikon continuent d’être plébiscités par les professionnels de l’image.