Skylum, l’étoile montante du logiciel de retouche photo, vient de lancer Luminar AI, un nouvel outil à destination des créatifs pour améliorer ses photos grâce à l’intelligence artificielle. Ce nouveau logiciel, très attendu, va-t-il révolutionner le monde de l’édition photo ? Nous avons pu le tester pendant plusieurs jours avant sa sortie et voici notre test complet de Luminar AI.

À propos de Skylum

Skylum, anciennement Macphun, est un éditeur de logiciels photo créé en 2008 à Kiev et qui a subit plusieurs transformations. A l’origine, Macphun proposait différentes petites applications photo et plugins sur Mac et iOS comme Snapheal, Focus, Tonality, FX Photo Studio ou encore Noiseless. Ensuite sont venus les logiciels Aurora HDR, lancé en 2015 en collaboration avec Trey Ratcliff, le photographe HDR, puis Luminar, lancé en 2017 et qui visait déjà à devenir un logiciel photo grand public avec toutes les fonctions de retouche utiles à un photographe dans une interface flexible, qui s’adapte au niveau de chacun avec un mode simple et un mode plus avancé.

Interview d’Alex Tsepko, CEO de Skylum : « Luminar AI va automatiser, éliminer ou accélérer les tâches répétitives en retouche photo »

Avance rapide en 2020 : Luminar 4 est le plus gros succès de Skylum. Ce logiciel, lancé sur Mac et désormais disponible sur Windows, semble avoir été la planche de salut de Macphun, devenu Skylum fin 2017. Aujourd’hui, Luminar est un logiciel de catalogage et de retouche complet, qui embarque depuis la version 4 des outils basés sur l’intelligence artificielle comme AI Structure, AI Remplacement de ciel, AI Skin Enhancer et Portrait Enhancer. Mais pourtant, Skylum a pris la décision de lancer en parallèle un logiciel complètement différent, Luminar AI, dont la version finale est sortie le 15 décembre 2020 après une campagne de communication haletante.

Luminar AI, le pitch

Avec Luminar AI, l’éditeur Skylum veut vous faire aimer la retouche photo, ou plutôt vous faire oublier les différentes étapes fastidieuses pour arriver au résultat final, même avec une photo moyenne ou franchement ratée. Réussir la retouche d’une photo en quelques clics, sans utiliser des calques complexes, de nombreux pinceaux de retouche locale ou autres outils avancés, voici le but de Luminar AI.

Luminar AI : la retouche photo plus simple, plus rapide et plus ludique grâce à l’IA est disponible

Pour cela, le logiciel d’édition photo s’appuie toujours plus sur l’intelligence artificielle pour analyser en temps réel votre photo et vous proposer des retouches ciblées, intelligentes et relatives à la scène photographiée. Derrière le rideau, Luminar AI analyse chaque image – en local, segmente les différents éléments présents dans le cadre (le ciel, un visage, une personne, de la végétation, etc.) pour appliquer ses corrections de manière sélective et beaucoup plus intelligente. Finalement, Luminar AI fait le travail de masque et calques – jusque-là effectué par les photographes eux-mêmes.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Skylum a lancé en mai 2018 le Skylum AI Lab, une nouvelle division de R&D focalisée sur les travaux d’intelligence artificielle appliquée au traitement de l’image.

Avec Luminar AI, Skylum ne veut pas proposer un peu plus d’intelligence artificielle, mais le premier logiciel d’édition photo fonctionnant à 100% grâce à l’intelligence artificielle. Alors, pari tenu ? Notre réponse dans ce test.

Luminar AI : configuration musclée requise

Luminar AI est disponible à la fois sur Mac et Windows. En version 1.0.0, le logiciel pèse 1,27 Go sur Mac, sans compter le catalogue qui grossira au fil des images que vous ajouterez dans le logiciel. Luminar AI fonctionne en tant que logiciel indépendant mais aussi comme plugin pour Photoshop, Lightroom Classic et Apple Photos.

Si le logiciel est compatible avec les Macs sous macOS High Sierra et version plus récente, et avec les PC sous Windows 10, il est important de noter que Luminar AI nécessitera une configuration plus musclée que pour Luminar 4. Voici ainsi les spécifications techniques recommandées par Skylum :

Autant le dire tout de suite, le logiciel est gourmand en ressources à cause de son utilisation intensive d’algorithmes d’intelligence artificielle pour la retouche photo. Ainsi, si 8 Go de RAM peuvent suffire, Skylum recommande 16 Go ou plus pour un fonctionnement optimal, ainsi qu’un SSD pour des performances optimales. Côté processeur, un Intel Core i5 ou AMD Ryzen 5 est également recommandé. Pour le processeur graphique, peu de recommandations sont ici données, sûrement parce que Luminar AI utilise pour le moment encore peu l’accélération graphique.

MP #209 : quel ordinateur pour la photo et le montage vidéo ?

Ici, aucune mention des derniers Mac dotés d’une puce Apple M1 qui dispose d’un Neural Engine qui devrait permettre d’accroître fortement les performances de Luminar AI. Le logiciel fonctionne sur Big Sur et ces nouveaux Mac, comme nous avons pu le tester, mais via l’émulateur Rosetta 2 et non en application universelle. Sur son forum, Skylum indique être actuellement en phase de test sur ces nouvelles machines et devrait dévoiler sa feuille de route d’ici la fin d’année 2020.

Nous reviendrons plus en détails sur les performances du logiciel au cours de notre test.

Interface et flux de travail simplifié

Luminar AI souhaite proposer un flux de travail simplifié, et cela se ressent dès l’interface du logiciel. Celle-ci se divise en 4 onglets : Catalogue, Modèles, Edition et Exporter. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et Luminar AI l’a compris.

A noter que le logiciel offre des raccourcis clavier pour accéder à ces panneaux, L (comme Library) pour le Catalogue, T (comme Templates) pour les Modèles, D (comme Develop) pour l’Edition et E (comme Export) pour Exporter. On retrouve également d’autres raccourcis généraux comme X, P ou U pour retenir, éliminer ou marquer une image comme neutre, G pour revenir à la vue grille ou encore Espace pour voir une image en grand. Finalement, si vous utilisez déjà Lightroom vous ne serez pas perdu.

Au catalogue de Luminar AI

L’onglet Catalogue correspond, comme son nom l’indique, à l’outil de catalogage des photos. Il reprend les fonctions de Luminar 4 et permet de réunir toutes ses images dans Luminar AI, avec un classement par Dossiers (sur votre disque dur) ou par Albums (à l’intérieur de Luminar AI, vos photos ne bougeant pas de vos dossiers sur votre disque dur).

Luminar propose également quelques dossiers « intelligents » qui permettent d’accéder à ses images favoris, aux photos récemment ajoutées, éditées, etc., ainsi qu’aux dossiers et albums placés en favoris. Il est possible d’effectuer des recherches basiques par rapport au nom, à l’extension du fichier ou au dossier, et de filtrer les images pour ne montrer que les photos favorites, rejetées ou non-marquées ainsi que les photos éditées.

Pour les habitués des outils de bibliothèque ultra-complets de Lightroom, Luminar AI propose ici le strict minimum, même si l’éditeur confie avoir travaillé davantage sur les outils de retouche basés sur l’intelligence artificielle que sur les outils de gestion du catalogue.

En application indépendante, Luminar AI peut être utilisé de 2 manières : soit avec un catalogue de photos, soit en retouche d’une image unique, pour ne pas venir « polluer » votre catalogue d’images, même s’il est ensuite possible de l’incorporer à un dossier.

Si vous cherchez un logiciel avec des outils de catalogage puissants et complets, ne comptez pas trop sur Luminar AI, qui ne permet par exemple même pas de chercher des photos par appareil photo, objectif ou bien même un réglage particulier comme la sensibilité ISO ou la vitesse d’obturation.

Templates, les modèles intelligents de Luminar AI

Luminar AI a une approche assez simple de la retouche, avec un flux de travail qui repose énormément sur les templates, ces modèles de pré-réglages qui permettent d’appliquer une correction d’image en un seul clic à une ou plusieurs photos.

Comment les modèles fonctionnent-ils dans Luminar AI ? Une fois la photo sélectionnée, Luminar AI fait une analyse en profondeur de l’image, afin de reconnaître le sujet, l’exposition, la palette de couleurs, la profondeur de champ, etc. Une fois ces informations récoltées, plusieurs modèles sont suggérés en fonction de l’image pour proposer des améliorations. Skylum indique qu’il s’agit ici de donner un point de départ pour une retouche finale.

Par exemple, sur cette photo urbaine de nuit prise sur le parvis de La Défense, Luminar AI propose trois catégories de modèles : « Lumière de la ville », « Style urbain » et « Grand écran », au sein desquels on retrouve 17 modèles d’effets suggérés. Il est possible d’appliquer l’un de ces modèles et de choisir son intensité pour un réglage plus fin.

Luminar AI va plus loin et vous laisse également éditer les réglages d’un modèle et d’en enregistrer une copie pour créer le vôtre. Dans ce mode d’édition, on comprend mieux comment Luminar AI a pensé ses modèles, qui viennent impacter tous les réglages de bases (exposition, contraste, balance des blancs, application d’une LUT, netteté, courbes etc.).

Il est également possible de créer ses propres modèles à partir d’une série d’éditions appliquées à une image, de la même manière qu’un preset dans Lightroom. Enfin, il est possible d’appliquer un modèle à une sélection de photos.

L’application contient de base des dizaines de modèles pour des thématiques variées (outils de base, portrait, paysage, nature, macro, cinématique, lifestyle, aérien) et propose de nombreux autres modèles sur sa place de marché ou avec son programme d’abonnement à Luminar X. Ces modèles sont créés par des photographes partenaires ou ambassadeurs, comme Elia Locardi, Albert Dros, Max Rive, Akiomi Kuroda, Ilya Nodia, etc.

On notera quelques modèles intéressants, comme la collection Expérimental qui permet d’incruster à l’image des textures qui reproduisent des effets de capteur sale, pellicule brûlée ou papier froissé ou encore la collection Monochrome pour des noirs et blancs qui s’applique aussi bien aux portraits qu’à d’autres sujets.

Dans l’ensemble, nous avons noté que ces modèles sont de bons points de départ, et permettent notamment de trouver l’inspiration avec certaines retouches créatives. Par contre, malgré l’attrait de cette retouche « en un clic », il est souvent nécessaire de passer par l’onglet Edition pour corriger l’image, notamment si cette dernière est sous-exposée par exemple.

Module Edition, dans le cœur du réacteur de l’IA

Après les modules Catalogue et Modèles, découvrons ensemble le module Edition de Luminar AI. C’est ici que se trouvent selon nous les choses les plus intéressantes de Luminar AI, qui permettent de retoucher sa photo de manière très personnelle grâce à de nombreux outils, dont certains bénéficient de l’assistance de l’IA.

Le module Edition se divise en 4 sections : Outils de base, Créatif, Portrait et Professionnel. Un bouton Historique en bas à droite permet de revenir en arrière ou à la photo originale. Cette segmentation en dit long sur les cibles de Luminar AI. En regroupant tous les outils Portrait dans une seule et même section, l’éditeur compte ainsi séduire les photographes de portrait, notamment grâce à 34outils AI que sont Visage AI, Iris AI, Peau AI et Corps AI.

Un petit point blanc fera son apparition à côté de l’icône d’une section/d’un panneau si vous avez modifié un réglage, utile pour vous y retrouver. Pour chaque réglage, il est possible de double-cliquer sur un curseur pour revenir à sa position d’origine, activer ou désactiver l’ensemble des réglages d’un panneau (pour un avant/après) ou bien encore annuler les réglages effectués dans ce panneau.

Nous allons voir ensemble rapidement les différents outils importants de ce module Edition, même si ce test ne pourra pas tout couvrir en détails.

Outils de base de Luminar AI

Dans les outils de base, on retrouve le fameux panneau de correction de la lumière, avec les réglages de balance des blancs, d’exposition, de contraste, de noirs et blancs ainsi que les courbes. Luminar prend en charge les profils d’appareils photo (DCP) afin d’appliquer sur les RAWs le rendu d’un profil d’image de votre appareil photo. Là-dessus, vous ne serez pas perdu et l’interface est très propre et simple à utiliser.

Par contre, l’histogramme est caché par défaut et s’active en faisant un clic droit sur l’image et « Afficher l’histogramme ». Malgré tout, il est peu visible et surtout peu mis en avant.

Viennent ensuite d’autres panneaux pour gérer les teintes et couleurs, convertir une photo en noir et blanc, débruiter, ajouter du détail ou du vignettage. Quelques options pour la photo de paysage sont également disponibles, comme la réduction du voile atmosphérique, simuler l’heure dorée ou accentuer les couleurs du feuillage. La gestion HSL, la saturation et vibrance sont dans un panneau Couleur séparé.

Pour distinguer les outils qui font appel à l’IA, en plus d’avoir un petit AI à côté du nom de la section, un dégradé de couleur apparaît lorsque vous ouvrez le panneau.

Le premier outil basé sur l’intelligence artificielle est Composition AI, qui propose un recadrage intelligent après avoir analysé l’image. Utile pour qui souhaite avoir des suggestions de cadrage, mais il est largement possible de s’en passer. On notera que la suggestion ne concerne que le recadrage, alors qu’on aurait aussi aimé avoir un redressement de l’image pour les photos un peu bancales. Pour cela, il faudra utiliser l’outil Perspective juste en dessous.

Luminar AI dispose également d’un outil Effacer qui permet de supprimer des éléments d’une photo, comme des poussières de capteur, des fils électriques ou tout autre élément gênant. A l’usage, l’outil fonctionne très bien et permet un remplissage basé sur le contenu.

Non, l’IA ne permet pas encore d’effacer les poussières de capteur…

Ensuite, Luminar AI reprend les outils déjà présentés dans Luminar 4. Accent AI permet d’ajouter de la lumière à une image et de déboucher les ombres, tout en rajoutant un peu de contraste et de couleur. C’est un peu le curseur magique, dont il ne faut bien sûr pas trop abuser.

Embelisseur de ciel AI permet quand à lui de ne travailler que sur le ciel pour rajouter du détail et des couleurs, un peu à la manière d’un filtre polarisant. Structure AI permet d’accentuer les détails sur certaines parties de l’image. Grâce à l’IA, Luminar détecte les personnes, l’eau, le ciel ou les objets afin de rajouter de la clarté uniquement aux endroits nécessaires, sans sur-accentuer les parties critiques, comme un portrait par exemple.

Structure AI redonne des détails à l’image

Comme de nombreux outils dans Luminar AI, ces outils s’appliquent par défaut à l’ensemble de l’image, mais il est possible d’appliquer un masque (au pinceau, radial ou en dégradé) pour n’appliquer l’effet qu’à une partie de l’image. Une façon pour Luminar AI de dire aux utilisateurs les plus aguerris qu’ils ont la main, même si pour la majorité la retouche intelligente devrait suffire.

Outils créatifs de Luminar AI : pour changer l’ambiance d’une photo

Le second panneau d’Edition regroupe tous les outils créatifs disponibles dans Luminar AI, et devrait intéresser tout particulièrement les photographes de paysage avec les fameux outils Ciel AI (pour remplacer le ciel d’une photo), Ciel Augmenté AI, Atmosphère AI mais aussi l’ajout de rayons du soleil et autres effets.

C’est également ici que vous pourrez appliquer une LUT à votre image, réaliser un traitement virage partiel, ajouté un côté nostalgique à votre photo avec un ton mat ou bien appliquer différents effets créatifs de plus ou moins bon goût.

Attardons nous désormais sur les outils créatifs. Ciel AI, déjà présent dans Luminar 4 sous le nom Remplacement de ciel AI, permet comme son nom l’indique de venir remplacer le ciel en un clic. Nous avons déjà parlé de cette fonctionnalité dans un précédent article et Luminar AI réussit toujours aussi bien le remplacement avec une sélection de ciels proposés avec le logiciel. Passons la polémique sur l’intérêt ou non de cette fonction, mais techniquement c’est une réussite, comme le montre cette photo avant/après qui fait passer un paysage alpin avec un grand ciel bleu en crépuscule rosé du plus bel effet.

Luminar AI permet de complètement transformer l’ambiance d’une photo

Dans la fonction Ciel AI, différents paramètres permettent d’adapter au mieux le ciel : déplacer l’horizon, mélanger ou non le ciel avec l’horizon, ré-éclairer la scène pour avoir une cohérence entre le ciel et l’ambiance globale, etc. L’outil « combler les lacunes » permet d’ajuster plus précisément le détourage de l’horizon et l’intégration du ciel. Dans l’exemple ci-dessus, par défaut le ciel venait recouvrir une partie de la montagne, nous avons donc poussé ce curseur au maximum.

Ici, les fonctions Embelisseur de Ciel AI et Ciel Augmenté AI ont permis de retrouver du détail dans le ciel bleu surexposé et ont permis d’ajouter un nuage

Un autre outil, Ciel Augmenté AI, permet de pousser le bouchon encore un peu plus loin du point de vue créatif et de rajouter différents éléments dans le ciel d’une image. Que ce soit des oiseaux, des nuages, un aigle, une aurore boréale, une fusée, une planète ou même une montagne, on va dire que la créativité est la seule limite. Selon nous, l’ajout de quelques nuages sur un ciel uni est l’usage que l’on pourra tolérer.

Voici Louvre les bains, avec sa très belle pyramide – ceci est une photo conçue avec Ciel Augmenté AI

Atmosphère AI, quant à lui, est une nouvelle fonction dans Luminar AI. Elle permet de simuler un effet de brouillard ou de brume en créant un mapping 3D d’une photographie en 2D, ce qui est assez impressionnant au niveau technologique. Luminar AI est ainsi capable d’identifier les différents éléments d’une scène et crée une carte de profondeur qui permet ensuite d’appliquer un rendu de brume ou de brouillard de manière très réaliste.

Ici, la traduction française est un peu bancale, car il y a deux fois « Brouillard » alors que la version anglaise distingue Fog, Layered Fog, Mist, et Haze. Si le brouillard (fog) et la brume (mist) recouvrent l’ensemble de l’image, le brouillard en couches (layered fog) et la légère brume (haze) ne s’appliquent qu’à la partie inférieure de l’image.

Sur l’exemple ci-dessous, un voit bien que l’image a été découpée en plans – alors que le fichier ne contient aucune donnée de profondeur.

© Damien Roué

C’est sur cette même technologie de mapping 3D que la fonction Bokeh AI, qui devrait sortir en mise à jour gratuite de Luminar AI en 2021, permettra de créer un flou d’arrière-plan même sans utiliser d’optique lumineuse.

Améliorer les photos de portrait grâce à l’IA

Passons maintenant à l’onglet Portrait, qui dispose de plusieurs outils assez révolutionnaires dans le domaine de la retouche de portrait. Jusque là, les retoucheurs savent que modifier un portrait nécessite beaucoup de temps et la création de calques afin de retoucher la peau, supprimer les zones trop brillantes, les cheveux ou autres impuretés.

Dans Luminar AI, on retrouve quatres outils assistés par l’intelligence artificielle : Visage AI, Iris AI, Peau AI et Corps AI. Leurs noms sont assez logiques, car chacun a une tâche bien précise.

Visage AI permet par exemple d’éclaircir un ou plusieurs visages sur une image. Ici encore, le logiciel détecte les visages dans l’image et applique l’effet : il n’y a donc aucune sélection à faire. Il est aussi possible d’amincir le visage, ce qui peut être utile si vous photographiez avec une focale un peu longue qui a tendance à écraser les plans. Ensuite, l’outil permet de retravailler les yeux et la bouche de son sujet, par exemple en augmentant la visibilité de l’iris de l’oeil (via Iris AI), voire même en changeant sa couleur.

De nombreuses autres options (agrandir les yeux, blanchiments des yeux, suppression des cernes, etc.) sont également proposés. La bouche n’est pas exclue, avec des options pour modifier la saturation des lèvres, les assombrir, ajouter du rouge à lèvres ou bien encore blanchir les dents. On voit bien ici que Skylum a travaillé main dans la main avec de nombreux photographes et retoucheurs de portraits pour répondre à leurs demandes avec des outils intelligents. Vous ne devriez plus avoir à utiliser un pinceau avant longtemps.

L’outil Peau AI permet d’appliquer une correction de peau de son modèle, avec un résultat proche de celui obtenu avec la technique de séparation de fréquence – l’usage de calques et le temps passé sur la retouche en moins. On note que les pores de la peau et les détails fins sont conservés, même s’il existe une option pour supprimer les « imperfections ». Luminar AI permet également de réduire la brillance de certaines peaux un peu grasses ou humides. Enfin Corps AI permet d’affiner la silhouette de son modèle.

Avant / après avoir appliqué quelques corrections au portrait dans Luminar AI

Je ne suis pas spécialiste de la retouche de portrait, mais il est certain qu’avec Luminar AI je peux faire des choses très complexes en un rien de temps, ce qui permet de démocratiser la retouche de portraits et rendra vos modèles plus photogéniques – sans bien sûr les transformer en poupée russe ou céder à la folie des yeux agrandis et des peaux lissées que les applis mobiles asiatiques proposent à foison.

A noter que si aucun visage n’est détecté par le logiciel, les outils Visage AI ne sont pas activés. Nous avons essayé de tromper Luminar AI avec la photo d’un chien mais cela n’a pas marché…

Outils Professionnels : le reste

Après avoir présenté les différents outils boostés à l’intelligence artificielle et au Machine Learning de Luminar AI, un panneau Professionnel réunit plusieurs autres outils. Derrière ce terme, on retrouve des outils qui ne semblent pas avoir trouvé leur place dans les panneaux précédents.

Parmi eux, on notera la correction optique et la suppression des aberrations chromatiques, un outil supercontraste qui permet d’ajuster finement les ombres, les hautes lumières et les noirs d’une photo. Un outil de gestion de l’harmonie des couleurs est également présent, ainsi qu’un pinceau pour faire du dodge and burn et un tampon de duplication pour dupliquer des éléments d’une image.

Cette section « Pro » ne nous a pas vraiment convaincu et semble davantage servir de fourre-tout à quelques fonctions historiques d’un logiciel de retouche photo que Luminar AI ne souhaitait pas voir disparaitre.

L’export des photos dans Luminar AI

Une fois vos photos retouchées, il ne reste plus qu’à les exporter. Luminar AI propose de les partager via SmugMug ou 500px, mais aussi par Messages (sur Mac), e-mail ou de les enregistrer sur le disque. Mis à part l’option d’exportation vers le disque, Luminar AI est assez opaque sur la taille et le format des images exportées, ce qui est dommage. Quitte à avoir des intégrations, on aurait bien aimé avoir des réseaux comme Facebook ou Flickr.

Les réglages d’exportation vers le disque

Finalement, l’export vers le disque est le plus simple et offre le plus d’options : netteté, redimensionnement, choix de l’espace de couleur et du format (JPEG, PNG, TIFF, JPEG 2000, Photoshop et PDF) ainsi que le niveau de compression. A noter qu’il n’est pas possible de créer un nouveau dossier depuis le menu d’exportation, dommage.

L’exportation n’est pas des plus rapides. Il aura fallu 2 min 35 sec pour exporter 34 RAW au format JPEG en 2000 px de large. Durant l’export, Luminar AI utilise de manière intensive le processeur de l’ordinateur et cela s’entend au niveau du ventilateur de notre Macbook Pro 13 pouces.

Ne comptez également pas travailler sur d’autres photos durant l’export de vos images, Luminar AI ne sait faire qu’une seule chose à la fois. Vous aurez donc tout intérêt à regrouper l’export de vos images durant vos pauses.

Performances de Luminar AI

Au fil de notre test de Luminar AI, nous avons noté plusieurs choses. Tout d’abord, le logiciel nécessite une configuration musclée pour fonctionner de manière fluide. Ainsi, notre ordinateur portable, un Macbook Pro 13 pouces 2019 doté d’un processeur Intel Core i7 quatre cœurs 2,8 Ghz, avec disque SSD et 16 Go de RAM n’est pas de trop pour ce logiciel qui, disons-le tout de suite, est assez gourmand en CPU et en RAM. Il n’est pas rare que le logiciel utilise la quasi-totalité de la puissance du CPU lors de l’utilisation des outils basés sur l’IA, qui nécessitent beaucoup de calculs.

© Damien Roué

Malgré tout, l’expérience utilisateur de Luminar AI est sûrement la meilleure jamais rencontrée sur Luminar, notamment face à Luminar 4. Sur le même ordinateur, Luminar 4 a tendance à faire sauter l’image lorsque l’on zoome, que l’on applique un réglage, alors que Luminar AI est parfaitement fluide. Bien sûr, à chaque gros réglage, et d’autant plus si vous travaillez sur des fichiers RAW très définis, le logo de Luminar AI s’active – une façon élégante de dire que le logiciel est en train de traiter l’image – mais vu le gain de temps obtenu avec les différents outils et la suppression des retouches manuelles, on peut bien lui pardonner de prendre quelques secondes pour nous offrir son résultat.

Cela étant, on notera tout de même qu’à chaque fois que l’on passe sur une nouvelle photo (en RAW), le panneaux de réglage sur le côté droit n’est accessible qu’au bout de quelques secondes, jusqu’à 9 sec pour un fichier RAW de 42 Mpx. Si vous utilisez des JPEG – plus légers, mais avec moins de latitude dans la retouche, rappelons-le – le logiciel devient bien plus fluide. On ignore comment Luminar AI gère les aperçus et miniatures, mais contrairement à Lightroom, il n’est pas possible de lui demander de générer des aperçus standard ou 1:1 pour gagner du temps, tout se faisant à la volée.

Si Luminar AI est agréable à utiliser au quotidien pour retoucher quelques photos, Skylum a encore des efforts à faire pour rendre son logiciel plus performant. Cela pourrait notamment passer par le support des nouvelles puces ARM comme celles des Mac M1, qui possèdent une puce « Neural Engine » qui accélère grandement les performances de traitement d’image et de machine learning grâce au framework Core ML. Si Luminar AI devient aussi bien optimisée que les logiciels Apple ou bien encore Pixelmator Pro, le gain de performances dans les traitements complexes utilisant l’IA devrait être au rendez-vous.

En attendant, Luminar AI fait le job, le tout dans un silence appréciable sur notre Mac, puisque comparé à Luminar 4, les ventilateurs de notre ordinateur ne se sont que rarement activés – sauf lors de l’exportation.

À qui se destine Luminar AI ?

Luminar AI offre une expérience assez différente d’un logiciel de développement photo traditionnel, puisqu’il essaie de réduire au maximum les retouches avancées qu’un photographe doit effectuer. Le logiciel permet ainsi de créer rapidement des photos satisfaisantes, même si vous n’avez pas l’habitude des logiciels de retouche. On peut même dire qu’il semble avoir été développé pour ne pas être intimidant au premier abord.

© Damien Roué

Ce logiciel se destine donc aux personnes qui souhaitent avant tout perdre le moins de temps dans la retouche photo. Il s’agit d’ailleurs de l’une des demandes de nombreux photographes, pour qui photographier est plus important que développer une photo. Grâce aux suggestions de développement photo proposées par les modèles de Luminar AI, il est possible de sortir de cette page blanche de la retouche photo, avec des bases créatives.

Par contre, l’envers du décor est que Luminar AI ne plaira pas à ceux qui trouvent du plaisir à peaufiner leurs images à l’aide de calques, de masques de fusion et autres pinceaux.

Même si Luminar AI ne dispose pas d’un bouton unique « correction auto », le logiciel n’incite pas le photographe à apprendre les tenants et aboutissants de la retouche photo : seul le résultat final compte.

Est-ce que Luminar AI s’adresse à un type de photographe en particulier ? Comme nous avons pu le voir, la photographie de paysage et la photo de portrait sont deux thématiques où Luminar AI offre beaucoup de choses, notamment avec Ciel AI ou Atmosphère AI pour le paysage, et les différents outils Visage AI, Peau AI pour le portrait.

© Damien Roué

Malgré tout, le logiciel devrait fonctionner avec tout type de photos, sans aucun problème. D’ailleurs, Skylum indique déjà plancher sur de nouvelles technologies, comme la simulation de l’effet de faible profondeur de champ avec l’analyse 3D d’une image.

Est-ce que Luminar AI peut remplacer Lightroom ? Pour la majorité des utilisateurs, la réponse est clairement oui. Luminar AI est un concurrent sérieux à Lightroom Classic, tout comme un allié – en tant que plug-in. Pour le moment, la gestion du catalogue d’images et le manque d’outils pour l’impression sont deux éléments qui nous font encore préférer Lightroom, même si les outils de développement de Luminar AI sont très puissants.

Le futur de Luminar 4

Avec la sortie de Luminar AI, de nombreux utilisateurs se posent la question du futur pour Luminar 4. Si Skylum indique clairement que Luminar AI n’est pas le successeur de Luminar 4, mais un tout autre logiciel, nous notons tout de même que les deux logiciels se ressemblent beaucoup, même si les architectures techniques peuvent être différents (selon Skylum).

Photo de paysage : créer un magnifique coucher de soleil avec AI remplacement de ciel de Luminar 4

L’éditeur n’a pas donné beaucoup de détails sur l’avenir de Luminar 4, si ce n’est que le logiciel sera mis à jour avec des améliorations de performances et de nouvelles compatibilités avec les appareils photo récents durant une année après la sortie de Luminar AI. Autant dire que d’ici fin 2021, Luminar 4 devrait malheureusement tirer sa révérence et laisser la place à Luminar AI, car il n’y a pas vraiment de place pour deux logiciels de ce type chez un même éditeur.

Luminar 4

A noter que les « looks » de Luminar 4 ne sont pas compatibles avec les modèles présents dans Luminar AI.

On notera toutefois que le logiciel Luminar 4 est disponible en licence perpétuelle : vous pourrez continuer de l’utiliser sur un ordinateur pendant de nombreuses années – à condition bien sûr de ne pas faire une mise à jour système qui pourrait empêcher le logiciel de fonctionner… ou encore de ne pas acheter un appareil photo dont les RAW ne seraient pas supportés.

Prix et disponibilité de Luminar AI

Luminar AI est disponible en licence perpétuelle au tarif de 79 €. Un pack est également proposé avec une adhésion à Luminar X, un abonnement qui donne le droit à des ressources créatives pour Luminar, l’accès à des cours en ligne, 1 cours bonus, 15% de remise sur la marketplace Luminar et chaque mois 10 modèles et 10 textures de ciel pour Luminar AI.

Skylum a organisé une campagne de précommande avant la sortie de Luminar AI à un tarif avantageux, mais celle-ci est terminée. Heureusement, Phototrend vous permet de bénéficier de 10 € de remise avec le code PHOTOTREND10, soit Luminar AI à partir de 69 € au lieu de 79 €.

Par défaut, la licence de Luminar AI vous permet de l’utiliser sur un seul ordinateur, Mac ou Windows, en tant que logiciel indépendant ou comme plug-in. Il est possible d’étendre la licence à deux ordinateurs pour 20 € de plus (99 €), utile si vous possédez un ordinateur portable et un ordinateur de bureau par exemple. On apprécie la facilité de récupérer une licence si par exemple vous changez d’ordinateur : tout se fait sur le site de Skylum.com.

Skylum permet également d’acheter des licences supplémentaires, par exemple pour un studio photo. Skylum ne propose pas de formule par abonnement avec Luminar AI, qui n’est dispose que sous forme de licence perpétuelle

Il n’existe pas de version d’essai à Luminar AI mais le logiciel dispose d’une période de garantie satisfait ou remboursé de 30 jours, sans vous poser de question pour vous rembourser.

Luminar AI, la révolution est en marche

En introduction, nous nous demandions si Luminar AI allait révolutionner le monde de l’édition photo. À l’issue de ce test, notre réponse est un grand oui ! Luminar AI rend possible pour tout photographe des opérations jusque-là réservées aux personnes qui maîtrisaient les logiciels tels que Photoshop, où les calques complexes, le détourage minutieux et de longues heures de travail sont la règle.

Désormais, avec Luminar AI, les retouches se font en un clic, grâce à une intelligence artificielle capable d’analyser la photo et ce qui la compose. Pourtant, le plaisir de « bouger les curseurs » est toujours là, malgré le flux de travail centré sur les modèles, sortes de presets suggérés automatiquement là encore selon le contenu de votre photo. L’éditeur propose avec Luminar AI un savant équilibre entre réglages manuels et automatisation, en se focalisant sur le résultat : l’image finale.

Bien sûr, le logiciel n’est pas encore parfait, il nécessite un ordinateur survitaminé pour fonctionné de manière fluide et essuie déjà les critiques des photographes pour qui le remplacement de ciel sur une photo de paysage est une hérésie. Mais Luminar AI est là, et ouvre le champ des possibles pour de nombreux amateurs d’images qui n’ont qu’une envie : rendre leurs photos plus belles.

Test Luminar AI : l'éditeur photo de Skylum boosté à l'intelligence artificielle
facilité d'utilisationflux de travail fluidenombreux modèles (templates)retouches automatiques cohérentesintelligente artificielle performante
gestion du catalogue simplistetemps de chargement des outils entre chaque imagenécessite un ordinateur musclél'IA a ses limites, réglages manuels parfois obligatoiresoptions d'exportation limitée et aucune paramètre d'impressionhistogramme peu visible
8.1Note finale
Ergonomie / Facilité d'utilisation8.5
Fonctionnalités8.5
Performances7
Qualité du résultat8.5