Si certains photographes pratiquent leur art pour s’échapper de la réalité, Mary Ellen Mark avait l’habitude de dire «  Il n’y a rien de plus extraordinaire que la réalité », et ce sont des portraits de réalité des milieux les plus défavorisés qu’elle souhaitait représenter à travers son oeil de photographe.

Amanda et sa cousine Amy, Valdese, Caroline du Nord, États-Unis, 1990 – © Mary Ellen Mark

Mary Ellen Mark est née à Philadelphie, en Pennsylvanie. Elle a fréquenté des écoles d’art et de photographie avant de lancer son premier ouvrage « Passport » en 1974. Membre de l’agence Magnum de 1977 en 1982, elle a ensuite exercé en tant que photographe indépendante, et réalisé entre autres des commandes pour des magasines tel que Life, The New York Times Magazine, The Rolling Stones et Vanity Fair. Elle a reçu de nombreuses récompenses pour ses livres et photo-reportages. Photographiant principalement à l’argentique en noir et blanc, elle commence la photo avec un Kodak Brownie.

Son oeuvre photographique traite de questions sociales tel que les sans-abris, la solitude, l’addiction à la drogue et la prostitution. Elle accorde une attention particulière à la jeunesse tourmentée dans de dures conditions de vie.

« Je n’aime pas photographier les enfants en tant qu’enfant. J’aime les voir comme des adultes, comme la personne qu’ils sont vraiment. Je suis toujours à la recherche de qui ils pourraient devenir. »

Abordant toujours un thème visuel et une idée spécifique de photojournalisme social pour ses projets, elle a réalisé des séries dans des maisons closes, des cirques d’Inde, les rues de Seattle, des milieux défavorisés de Caroline du Nord ou encore un hôpital psychiatrique.

Streetwise, 1984 © Mary Ellen Mark

Jeanette Alejandro regardant par sa fenêtre à Brooklyn, 1978 © Mary Ellen Mark

L’immersion de Mary Ellen Mark dans l’environnement de ses sujets photographiques

La photographe s’est immiscée dans les environnements des plus défavorisés pour réaliser ses photo-reportages. Intéressée par l’impact visuel, son but a été de faire des photographies qui soient universellement comprises et qui traversent les frontières culturelles.

Elle débute sa carrière alors qu’elle déménage à New York en 1966/67 en photographiant les manifestations contre la guerre du Vietnam, le mouvement de libération de la femme, la culture travesti et Times Square.

En 1976, elle réalise un de ses premiers photoreportages. Alors qu’elle est commanditée par un magasine pour photographier les coulisses du tournage de « Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Milos Forman, à l’hôpital psychiatrique de l’Oregon State Mental Institution, elle rencontre les femmes de la salle 81. Elle passera 36 jours dans le quartier sous haute surveillance féminin de l’hôpital avec l’écrivaine et scientifique sociale Karen Folger Jacobs, et réalisera la série « Ward 81« .Mary Ellen Mark se rend ensuite en Inde pour y photographier les prostituées des maisons closes de Bombay, puis suit Mère Teresa pour ses missions à Calcutta, et se rend dans 18 cirques d’Inde. Elle réalisera au cours de sa carrière le portrait d’acteurs, et des coulisses de tournages de films. Dans sa série « Twins » elle effectue un travail sur les jumeaux au Polaroid 20×24 en se rendant au « Twins Days Festival » dans l’Ohio. De 2006 à 2009, Mary Ellen Mark photographie des portraits en Noir et Blanc de bals de promo d’étudiants américains, il en ressort le livre « Prom » (2012).

Falkland Road: Prostitutes of Bombay © Mary Ellen Mark

Acrobates en répétition au Great Golden Circus, Indian Circus © Mary Ellen Mark

Un travail bien personnel de photographe portraitiste dans les milieux sociaux défavorisés

À partir d’une approche humaniste, la photographe portraitiste va au plus proche des personnes, qu’elle photographie dans leur environnement. L’image qu’elle renvoie si elle est documentaire a un caractère stylistique indéniable, dans lequel les personnes deviennent personnages, c’est sûrement ce qui caractérise le style de Mary Ellen Mark. Elle tente d’autre part de cerner ce qu’il y a à l’intérieur des personnes qu’elle photographie et de le faire ressortir dans ses photographies.

« Je veux que mes photographies parlent des émotions et sentiments basiques que nous expérimentons tous. »

Mary Ellen Mark tirera également le portrait d’enfants délaissés des rues de Seattle livrés à la drogue et à la prostitution, suite à une commande de LIFE en 1982. Elle y retournera en 1983 pour réaliser le livre « Streetwise » et le documentaire du même nom tourné avec son mari Martin Bell, qui sera nommé aux Academy Award en 1984. Lors de la réalisation de ce travail, elle s’éprend artistiquement d’une enfant de 13 ans, Tiny Blackwell, qui devient son modèle et qu’elle retrouvera 20 ans plus tard pour son dernier travail avec Aperture « Streetwise Revisited« , avant de s’éteindre le 25 mai 2015.

Tiny, Streetwise Revisited, 1983, Aperture

Tiny avec ses chiens Bean and Kholen, 2014 © Mary Ellen Mark

Mary Ellen Mark est une des photographes les plus renommées du XXème siècle. Elle a reçu de nombreuses récompenses et donné beaucoup d’expositions à travers le monde. Son travail documentaire est intime, provocateur et en immersion dans l’environnement des modèles qu’elle choisit. Ses modèles sont des personnes issues de milieux défavorisés, du monde du spectacle, ou du cinéma avec les comédiens qu’elle photographie en backstage.

Pour en savoir plus sur l’artiste vous pouvez visiter son site, ou redécouvrir notre article en l’hommage de sa carrière suite à son décès en 2015.

Retrouvez également les livres photo de Mary Ellen Mark sur cette page.