Photoshop in real

Je suis sur que vous avez sûrement déjà entendu cette expression très courante : « ah mais ton image tu l’as photoshopé là, c’est pas toi qui l’a prise comme ça ! ». C’est peut être vous qui l’avez dit, ou quelqu’un vous a lancé ça au visage quand vous lui avez montré votre galerie de photos (retouchées pour certaines d’entre elles).

Avant d’aller plus loin dans cet article, je tiens à préciser que si j’ai utilisé le terme Photoshop, ce n’est pas pour faire la publicité d’Adobe, mais plutôt pour que tout le monde comprenne bien le sujet. Il faut bien sûr agrandir à tous les logiciels de retouche d’image qui existent sur le marché (et ils sont trop nombreux pour que j’en fasse une énumération complète).

Est-ce que retoucher une photo par ordinateur c’est tricher ?

Si pour vous tricher veut dire créer une image qui ne correspond pas à ce qui sort de votre appareil (pas à 100%), alors oui utiliser Photoshop c’est tricher puisque vous effectuez des modifications sur votre image, même minime (par exemple améliorer les contrastes, la balance des blancs, ou des choses comme cela). Mais si on se réfère aux origines de la photographie, non ce n’est pas tricher que d’utiliser Photoshop, et je vais essayer de vous expliquer pourquoi dans la suite.

Un logiciel de retouche d’image c’est un peu la chambre noire de la photographe numérique. De nombreuses personnes n’ont jamais connu cette époque (y compris moi d’ailleurs) et ne peuvent pas comparer. Pour ceux qui sont plus agés, souvenez-vous, lorsque la photographie était argentique, lorsqu’il fallait passer en chambre noire pour développer ses photos (ou les donner à développer dans un laboratoire photo). J’ai eu la chance de développer quelques photos dans une chambre noire et je peux vous dire que le résultat varie énormement selon la manière dont on développe ses photos. Je ne vais pas rentrer dans le détail du développement en chambre noire, avec les différents bains ou autres manipulations, mais Photoshop n’est que le remplacant de la chambre noire.

Il permet de faire les mêmes actions sur une photo, d’éclaircir une image, de lui donner plus de contraste, mais de manière beaucoup plus rapide et surtout de manière beaucoup plus économique (même si le prix d’une licence reste élevé, c’est toujours plus économique par rapport à un laboratoire photo et aux éléments nécessaires pour faire fonctionner une chambre noire). Et surtout, il est possible de revenir en arrière, essayer de nouvelles manipulations, de nouvelles techniques, pour obtenir un résultat différent.

Dark Room

Toutes les options présentes dans Photoshop sont issues de la chambre noire traditionnelle. Mais par contre, c’est beaucoup plus simple de réaliser les actions sous Photoshop qu’avec une chambre noire, vous serez tous d’accord sur ce point.

Alors pourquoi en sommes-nous arriver à un niveau où Photoshop est synonyme de tricherie, de faux, d’antiphotographique ?

La solution n’est pas à portée de cet article, mais plusieurs pistes apparaissent :

  • les photographes de l’ancienne époque font face à une concurrence atroce avec l’arrivée du numérique et de l’informatique. Aujourd’hui, n’importe qui peut réaliser une photographie (et voici un exemple parfait pour illustrer cette idée) et ça ne fait pas que des heureux. La révolution digitale laisse sur le bas côté de nombreux artistes qui ne peuvent pas accepter ce changement et ne jurent que par la qualité du film argentique.
  • et cette idée s’est répandue au sein de la génération photo actuelle, qui utilise le numérique mais a appris avec l’argentique. Ils ont donc appris les anciennes techniques, y compris à développer en chambre noire, mais utilisent des capteurs numériques car ils ont compris tous les avantages de la nouvelle technologie. Ce sont les modèles pour la génération tout numérique, et passer par Photoshop est quelque chose qui n’est pas si bien vu que passer par une chambre noire…

Voilà pourquoi je pense qu’utiliser Photoshop en photographie n’est pas tricher, mais fait bien partie de la chaîne de création de valeur du photographe. Mais après tout, quand on ne connaît pas un outil ou une technologie, il est très facile de se braquer contre elle et de refuser jusqu’aux moindres avantages.

Allez, à votre tour de réfléchir maintenant, les commentaires sont ouverts et j’aimerais bien que cela nous amène à une discussion constructive.