Au milieu de cette période festive, voici un projet photo pas comme les autres qui nous rappelle à quel point la vie est précieuse. Jamie Livingston, photographe, réalisateur et artiste de cirque à New York, a pris une photo par jour avec son polaroid pendant 18 ans, retraçant ainsi une partie de sa vie sur feuille synthétique.

Il commença à prendre des photos avec son polaroid à l’âge de 23 ans, en 1979, alors qu’il était encore au Bard College à New York. Après quelques semaines, il se rendit compte qu’il avait quasiment pris une photo par jour : il cida alors de poursuivre l’aventure en prenant chaque jour une nouvelle photo, et ce jusqu’à sa mort.

Hugh Crawford, un ami de Jamie, a décidé de mettre en ligne une grande partie de ces photographies, sur son propre site. C’est l’occasion de retracer la vie d’un jeune new-yorkais travaillant dans le monde du cinéma à New York.


Une lettre de l’American Film Festival, le 30 janvier 1980

Et très vite, on découvre également que Jamie Livingston joue de la musique.

Jamie Livingston jouant de l’accordéon, le 2 juillet 1989

S’en suivent de nombreuses photos où on le voit avec ses amis, et il apparaît de plus en plus sur les photos. Voici une photo datant de mars 1991 où l’on voit déjà le nombre de polaroids emmagasinés pendant 12 ans.

Des polaroids et des boîtes

Cependant, en mai 1997, on réalise que Jamie semble gravement malade. Il est en fait victime d’un cancer.

S’en suit une longue série de photos de ses amis, et où on l’aperçoit de plus en plus malade.

Jamie Livingston, le 11 Septembre 1997

Quelques mois plus tard, on voit cependant une alliance, posée sur une table, et on comprend avec les photos qui suivent que Jamie se marie.

Jamie Livingston se marie le 7 octobre 1997

Mais très vite, l’hôpital prend une place de plus en plus importante dans ses photos, et quelques jours plus tard, le jour de son 41ème anniversaire, Jamie Livingston s’éteint, emporté par la maladie. Une photo de lui sur son lit de mort clôture cette série…

Le 24 octobre 1997, un ami joue de la guitare dans sa chambre d’hôpital. Le lendemain, Jamie décède.

Le projet « Photo of the day », comme le dit Risa Mickenberg, amie de Jamie, est « une oeuvre mettant en scène de la lumière, des couleurs, des rires, de la souffrance, des voyages, de la beauté, des après-midi, des cafés, des sorties, de l’amour, bref une vie dans son intégrité ».

Même si en parcourant ce témoignage photographique nous ressentons toute la cruauté de la vie à travers cet homme, on ne peut s’empêcher de faire une comparaison avec de nombreux projets photographiques nommés projets 365, où l’objectif est de prendre une photo chaque jour pendant 1 an. Certains, une fois cette année terminée, se demandent ce qu’ils vont faire ensuite, ressentant une sensation de vide.

Jamie Livingston pouvait-il imaginer que chaque photo prise était un pas de plus vers le cancer et la maladie, et que ses images nous serviraient à découvrir sa vie ? Dans cette optique, laisser une trace analogique (pas d’iPhone et d’application mobile comme Instagram à l’époque) avec un Polaroid SX-70 prend tout son sens, et a permis à de nombreux internautes de consulter ses parcours, des années plus tard une fois les clichés numérisés.

Des internautes qui, comme nous, sont ainsi bouleversés par une telle retranscription d’une vie. Finalement, à travers quelques images (ou beaucoup dans son cas), une existence est résumée, des moments de vie sont immortalisés. C’est une des immenses forces de la photo et rares sont les médias qui peuvent se targuer d’avoir un tel impact sur le spectateur.

En 2007, une collection de ces photos a été exposée au Bertelsmann Campus Center au Bard College lors de l’exposition JAMIE LIVINGSTON. PHOTO OF THE DAY: 1979-1997. Voici le site où vous pouvez retrouver l’ensemble des photos de Jamie Livingston : Photo of the Day.