La Gacilly 2026 : le festival photo célèbre le bicentenaire avec « La photographie, une aventure française »

Pour sa 23e édition, le plus grand festival photo en plein air d’Europe s’offre un anniversaire de poids. En 2026, la photographie souffle ses 200 bougies, et La Gacilly en fait le fil rouge de sa programmation estivale, gratuite et à ciel ouvert. Vingt expositions, près de 800 tirages grand format dans les rues, les jardins et les venelles du village morbihannais, du 1er juin au 4 octobre.

Le chant des forêts. © Vincent Munier

1826-2026, deux siècles regardés depuis un village breton

En 1826, à Saint-Loup-de-Varennes, Nicéphore Niépce fixe sur une plaque d’étain recouverte de bitume de Judée le fameux point de vue du Gras, la première image photographique conservée. Deux siècles plus tard, l’image est partout, dans nos poches comme dans nos mémoires, et le festival choisit de revenir aux sources de cette invention française.

Daguerréotype, appareil construit par Susse Frères en 1839 sur les instructions de Daguerre.

La 23e édition du festival photo La Gacilly s’intitule « 1826-2026 : La photographie, une aventure française ». Après avoir mis à l’honneur la Grande-Bretagne, l’Australie, l’Orient, l’Italie ou l’Afrique, le commissaire Cyril Drouhet assume cette fois un retour à l’Hexagone. Il rappelle que le procédé a été perfectionné par Daguerre, popularisé par Gustave Le Gray, puis porté par Eugène Atget, Brassaï, Henri Cartier-Bresson ou Sabine Weiss, et que les grandes agences de presse, Magnum Photos, Gamma, Sipa ou Rapho, sont nées à Paris.

Le festival n’élude pas pour autant notre époque moderne : « plus de 2 100 milliards de photographies ont ainsi été prises dans le monde en 2025 » indiquent les organisateurs, dont une grande part partagée chaque jour sur les réseaux sociaux. Cyril Drouhet trace cependant une frontière nette entre ces instantanés pris au fil de nos pulsions et le travail d’auteur exposé dans le village : un regard, une réflexion, une vision du monde.

Autobus près du Luxembourg, Paris, 1956. © RMN – Willy Ronis

Le fondateur du festival, Jacques Rocher, rappelle que « la photographie est un médium universel », capable de traverser les siècles pour nous émouvoir. Le président Lionel Scur défend, lui, « une écologie positive », une image qui alerte sur les défis du monde sans céder au discours culpabilisant, et insiste sur le caractère collectif de l’aventure. Pour la directrice Mélina Le Blaye, l’enjeu est d’en faire « un bien commun, un art du partage ».

Vingt expositions, autant de regards sur la France de l’image

La programmation se déploie autour de quatre axes pensés par le commissariat. Le premier, l’art du portrait, traverse trois époques. Les Nadar ouvrent le bal avec leur galerie de portraits du XIXe siècle, de Victor Hugo à Sarah Bernhardt, prêtée par la Médiathèque du patrimoine et de la photographie. 

Jean-Marie Périer ressuscite ses années pop et les idoles des sixties, de Johnny Hallyday à Mick Jagger, photographiées au naturel. Pierre et Gilles, eux, fêtent cinquante ans de complicité avec leurs portraits-tableaux flamboyants, à la frontière de la photographie et de la peinture, d’Étienne Daho à Stromae.

For ever sans cadre, Stromae, 2014. © Pierre et Gilles
Françoise Hardy, 1967. © Jean-Marie Périer

Un second axe s’intéresse à la mémoire du monde en réunissant de grands noms sous un angle souvent inattendu. Willy Ronis y est montré en couleur, fruit d’un travail au Kodachrome longtemps resté dans l’ombre de son œuvre en noir et blanc.

USA. Texas. 2019. À la frontière, près de Del Rio. © Raymond Depardon

Raymond Depardon dévoile lui aussi ses archives couleur, ces images personnelles qu’il décrit comme des « bonbons acidulés », loin du photojournalisme qui l’a rendu célèbre. La photographe franco-américaine Jane Evelyn Atwood, installée en France depuis 1971, propose une série sur les chevaux après une vie passée aux côtés des marges. Pierre Le Gall, lauréat du prix Niépce en 1972, présente une photographie noir et blanc humaniste, tendre et facétieuse.

La Gacilly rend également hommage à Sebastião Salgado, fidèle du festival, disparu le 23 mai 2025. Son épouse Lélia Wanick Salgado a conçu une rétrospective inédite, avec des clichés que le photographe avait lui-même commentés, des exodes à l’Amazonie.

© Sebastião Salgado

Le troisième axe, à la gloire du vivant, prolonge l’engagement environnemental de La Gacilly. Vincent Munier revient avec « Le Chant des Forêts », ode aux Vosges de son enfance, dont le film éponyme a été récompensé aux César cette année ; pour lui, apprécier le sauvage suppose de retrouver « une âme d’enfant et une faculté d’émerveillement ».

Loin des jardins, Islande. © Sophie Hatier

Sophie Hatier, lauréate 2026 du prix Leica des Nouvelles écritures, signe des paysages à la limite de l’abstraction. Claudine Doury suit les rites du solstice d’été chez les peuples du Nord. Éric Garault documente la reforestation au Togo, en Équateur ou aux Pays-Bas pour la Fondation Yves Rocher, tandis que Serge Sibert dresse une chronique paysanne du Bugey.

Hameau de Morgelas. Marie-Pierre Quinson, agricultrice, déplace son troupeau de vaches allaitantes dans une autre parcelle, plus pourvue en herbage. © Serge Sibert

Julie Bourges réenchante les légendes du Morbihan. Lys Arango a passé six années auprès de familles mayas frappées par la sécheresse et la malnutrition, en montrant moins la faim que ce que l’on invente pour y résister. Enfin, l’Allemand Ingmar Björn Nolting met en images les paradoxes climatiques de son pays.

Trois familles de travailleurs saisonniers prennent leur petit-déjeuner sous le porche du dortoir où elles résident pendant des mois plantation de café, San Antonio Huista, dans le département de Huehuetenango, au Guatemala. © Lys Arango
Contes de la petite mer. © Julie Bourges

Le quatrième axe, l’image dans tous ses états, interroge les frontières du médium. Lee Shulman, fondateur d’Anonymous Project et de sa collection de quelque 800 000 diapositives Kodachrome, présente une série « Horizons ».

Série Horizons. USA. © Lee Shulman

Jérôme Gence explore au Japon l’attachement amoureux à des personnages virtuels, et le duo Brodbeck & de Barbuat rejoue l’histoire de la photographie à partir d’images générées par IA, transformant les clichés de Robert Capa ou Dorothea Lange en « hallucinations ». De quoi clore le bicentenaire sur une question d’actualité brûlante : que devient l’image à l’ère de l’IA générative ?

Une Histoire Parallèle, Etude d’après Guy Bourdin, Charles Jourdan, Autumn 1977 – 2022 © Brodbeck & de Barbuat

Un festival gratuit, engagé et européen

L’accès reste la marque de fabrique de La Gacilly : pas de billetterie, pas de justificatif, des expositions installées en plein air pendant quatre mois. Le festival revendique plus de 300 000 visiteurs chaque été et près de 5,8 millions depuis 2004.

© La Gacilly

Ce modèle entièrement gratuit a connu sa zone de turbulences. En 2023-2024, l’association qui porte le festival a dû composer avec un budget fragilisé par le contexte économique. La mobilisation des mécènes locaux a permis d’éviter le pire et, avec une équipe et une gouvernance en partie renouvelées, la situation s’est depuis stabilisée. Le pari d’un grand festival photo gratuit reste toutefois exigeant.

Fred Mouraud – collège Yves Le Bec – Rohan

Le rendez-vous breton a aussi son prolongement autrichien. Depuis 2018, le Festival Photo La Gacilly-Baden reprend chaque édition avec une année de décalage : cet été, Baden présentera la 22e édition « So British » du 12 juin au 11 octobre 2026.

À noter enfin la 15e édition du Festival Photo des collégiens du Morbihan, sur le thème « Au nom de la mémoire : la photographie en héritage ».

Informations pratiques :
La Gacilly Photo Festival 2026
Du 1er juin au 4 octobre 2026
La Gacilly (Morbihan), en accès libre et gratuit
20 expositions en plein air en accès libre