La nuit venue, Paris ne cesse pas de vivre. C’est cette vie nocturne, entre spectacles, bals et travail aux Halles, que la Galerie Roger-Viollet donne à voir jusqu’au 3 octobre 2026, avec 70 tirages réalisés entre 1900 et 1970. Une exposition gratuite et presque entièrement en noir et blanc.
La galerie de la rue de Seine monte plusieurs expositions thématiques par an, gratuites, puisées dans le million d’images de l’agence et présentées en tirages numérotés. Après le Paris populaire des années 1970, les bords de Seine ou Gaston Paris, c’est au tour de la nuit, un thème que la galerie rattache aux deux dates ayant valu à Paris son surnom de Ville lumière : le premier éclairage public en 1665, puis les premiers essais d’éclairage électrique en 1844.
Les images viennent des fonds d’archives de la Ville de Paris, à savoir Roger-Viollet, la BHVP, la Bibliothèque Forney et la Cinémathèque Robert-Lynen, complétés par les fonds de plusieurs photographes de l’agence.

Des illuminations de 1925 aux nuits de Pigalle
L’accrochage avance par blocs : rues et monuments, illuminations des Expositions internationales de 1925 et 1937, enseignes lumineuses et vitrines de Noël, cabarets et music-halls, bals populaires, travail de nuit aux Halles, puis Pigalle des années 1960 et 1970.
Les monuments éclairés occupent une large place, et les Expositions internationales fournissent les images les plus spectaculaires. En 1925, la tour Eiffel est transformée en enseigne publicitaire géante aux couleurs de Citroën, que photographie Jacques Boyer, pendant que Maurice-Louis Branger cadre les fontaines lumineuses Luxor installées sur une péniche à ses pieds. Douze ans plus tard, Pierre Jahan couvre l’Exposition internationale de 1937, du Ruban bleu à la Voie triomphale Philips déployée sur le pont Alexandre III.

Ailleurs sur les murs, le Pont-Neuf et le square du Vert-Galant s’illuminent pour la visite d’Elizabeth II en avril 1957 avec une photo signée Hélène Roger-Viollet & Jean Fischer, et le Sacré-Cœur se découpe sur le ciel vers 1940.
Gaston Paris tient le rôle principal dans ce parcours, avec une quinzaine d’images. Plusieurs ont été prises aux Folies Bergère, où il photographie la revue sur scène mais aussi les loges, au moment où les danseuses se préparent. On le retrouve au Casino de Paris, au Bal Tabarin près de Pigalle avec les danseuses de French Cancan, ou encore dans une fête foraine, autour d’une pêche aux bouteilles vers 1945.
Maurice-Louis Branger remonte le plus loin dans le temps, jusqu’à un bal masqué à l’Opéra vers 1910.
Les très rares images en couleur du parcours sont signées Jules Gervais-Courtellemont. Grand voyageur et photographe pour le National Geographic Magazine, il a saisi vers 1910, en autochrome, trois crépuscules sur la Seine, où le pont Alexandre III, le pont au Change et Notre-Dame ne sont plus que des silhouettes sur un ciel teinté.
En 1933, Paul Morand ouvrait sa préface au Paris de nuit de Brassaï sur une formule que la galerie reprend à son compte : « La nuit n’est pas le négatif du jour ».
D’un côté la fête, de l’autre le travail
L’exposition documente d’abord des scènes et des moments. Une salle du Monocle, cabaret pour femmes de Montparnasse, vers 1930. L’intérieur du cabaret L’Enfer, boulevard de Clichy, en 1904. Deux vues de rue dans le quartier des cabarets de la place Pigalle, dans les années 1960. Aucun de ces tirages n’est signé, comme huit images du parcours : elles ont d’abord servi à illustrer un journal, sans que le nom du photographe soit conservé.

Les bals occupent une bonne partie des murs. Janine Niepce photographie le 14 juillet rue de Lappe dans les années 1950, Henri Manuel le bal musette de La Java rue du Faubourg-du-Temple vers 1930, Jean-Pierre Couderc les cotillons d’un réveillon du Jour de l’an à Pigalle dans les années 1970.

L’autre versant du parcours, c’est le travail de nuit, presque toujours situé aux Halles. Les forts vers 1900, des cageots et des sacs de pommes de terre en 1939, un boucher en 1958. Jack Nisberg y suit en 1959 l’actrice et mannequin Ivy Nicholson au milieu des étals de fleurs, dans une série qui relève du reportage de magazine.

Ce va-et-vient entre ceux qui s’amusent et ceux qui travaillent forme le fil de l’exposition, avec des méthodes de prise de vue qui varient selon les époques, entre poses longues et flash.
Fidèle à son modèle, la Galerie Roger-Viollet propose 30 exemplaires numérotés pour chacun des 70 photos accrochées, du format 24×30 cm au 50×50 cm. Un catalogue d’exposition de 90 pages est également disponible (15 €).
Informations pratiques :
Paris, ouvert la nuit
Galerie Roger-Viollet
Du 11 juin au 3 octobre 2026
6 rue de Seine, 75006 Paris
Du mardi au samedi, de 11h à 19h
Entrée libre


