Regards croisés sur l’astrophotographie et la botanique. En mariant ces 2 disciplines à première vue très éloignée, l’artiste française Caroline Corbasson crée un jeu de miroir entre infiniment grand et infiniment petit. Images de la voûte célestes et des végétaux s’entrecroisent, interrogeant notre perception et notre place au sein de l’univers. 

Caroline Corbasson

Pollen, 2021 © Caroline Corbasson

Sans revendiquer une démarche scientifique, Caroline Corbasson utilise la science et ses outils pour explorer l’univers. L’artiste parisienne de 32 ans, diplômée de la Saint Martin School et de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, adopte une approche résolument esthétique de la connaissance scientifique. Artiste complète, elle s’intéresse autant au dessin qu’à la sculpture ou à la vidéo. Avec sa série Pollen, c’est cette fois l’image photographique, et plus précisément l’astrophotographie qui devient son médium de prédilection.

Redonner vie aux archives de l’observation spatiale

Après s’être intéressée à la dispersion de la lumière, à l’observation microscopique de la lune ou à la botanique, Caroline Corbasson s’est tournée vers les étoiles. L’espace ne cesse de nous fasciner et l’exploration spatiale est une quête plus que jamais au goût du jour. Les outils astronomiques évoluent et, avec eux, notre regard sur le monde dont nous faisons partie change. Comme souvent pour l’artiste plasticienne, l’enjeu concerne notre perception et notre place au sein de l’univers plutôt que le seul témoignage des avancées scientifiques dont l’Homme est capable.

En 2020, Caroline Corbasson participe avec le soutien du CNES à une résidence à Marseille, au sein du Laboratoire d’Astrophysique de la cité phocéenne pour le projet spatial Euclid NISP. L’institution lui lègue 42 plaques de verre et 71 négatifs argentiques. Aujourd’hui non exploitables pour les scientifiques, ces archives témoignent des observations célestes réalisées durant plus d’une décennie, de 1962 à 1978 : un trésor que l’artiste a souhaité valoriser grâce à la sensibilité qui lui est propre.

Pollen, 2021 © Caroline Corbasson

Polliniser l’espace, consteller le végétal

C’est avec un autre photographe, Andrea Montano, que Caroline Corbasson a donné vie à Pollen. Point de départ des artistes, les archives se détachent de leur rôle scientifique pour devenir des objets d’art. De l’observatoire scientifique à l’observation individuelle, c’est ce jeu d’échelle et de perception qui anime les artistes.

Contemplatives, les images nées des négatifs et plaques de verre du laboratoire sont tirées dans des nuances vives. Capturant les trainées célestes, elles évoquent une nuée de pollen : il n’en fallait pas plus pour inspirer les deux artistes.

Tracks, 2021 © Caroline Corbasson

En reliant astrophysique et botanique, deux disciplines a priori bien distinctes, Andréa Montano et Caroline Corbasson perçoivent au travers de la série Tracks une lointaine filiation entre le règne végétal et le monde minéral. Les tirages au charbon révèlent sur les pétales de fleur de lys des taches héritées de la pollinisation ; en empruntant aux artistes leurs regards, on y voit des résidus astraux, comme symboles d’une connexion entre l’infiniment grand et l’infiniment petit.

Pollen, 2021 © Caroline Corbasson

Chacun des 50 tirages de la série Pollen est unique et devient un moyen poétique d’unir à nouveau science et photographie tout en valorisant les traces des découvertes scientifiques passées.

Exposé à la galerie genevoise Laurence Bernard en septembre 2020, les images spatiales réinventées de Caroline Corbasson seront également présentées lors des évènements parisiens tels que Photo Saint-Germain ou Art Paris.

Le travail de Caroline Corbasson est à découvrir sur son site internet.