Dès que l’on appuie sur le déclencheur de son appareil photo, on fige un mouvement. Malheureusement, il arrive souvent que le sujet soit flou ou ne se distingue pas correctement de l’arrière-plan. Comment figer correctement le mouvement ? Quelle vitesse adapter en fonction de son sujet ? Voici quelques conseils et astuces pour vous aider à capturer le mouvement de façon plus précise.

Fujifilm X-E2 – 35 mm – ¹⁄3200 s – ƒ / 1.4 – ISO 200 © Mitchell Orr

La vitesse d’obturation et ses liens avec ouverture et sensibilité ISO

Pour rappel, la durée d’exposition, aussi appelée temps de pose ou encore vitesse d’obturation est la durée durant laquelle l’obturateur est ouvert, exprimée en secondes. Plus ce temps est long, plus il y a de lumière qui entre par l’objectif pour venir toucher le capteur ou le film sensible.

Plus la vitesse est lente, plus votre sujet (s’il bouge ou si vous bougez) risque également d’être flou. Adapter sa vitesse en fonction de son sujet est donc essentiel pour pouvoir figer le mouvement.

Opter pour des vitesses d’exposition plus rapides est donc la solution pour s’assurer de figer le mouvement. Il faut néanmoins prendre en considération les autres réglages principaux, à savoir l’ouverture et la sensibilité ISO, pour obtenir une image correctement exposée.

En augmentant la vitesse pour figer le mouvement, vous perdrez en luminosité. Pour compenser, vous devrez ajuster une grande ouverture lumineuse (f/1.4; f/1.8; f/2.8 par exemple) ou augmenter la sensibilité ISO du capteur.

A noter que les grandes ouvertures diminuent considérablement la profondeur de champ – la zone de l’image qui est nette. C’est idéal si vous souhaitez mettre en avant un sujet, moins si vous désirez être net sur tous les plans.

Du côté de la sensibilité, plus elle augmente, plus le bruit numérique apparaît et dégrade l’image. Trouver le juste équilibre entre ces trois réglages est donc primordial pour figer le mouvement et obtenir une image correctement exposée.

Choisir la bonne vitesse

En photographie, la règle veut que pour photographier un sujet de façon nette, il ne faut pas descendre sous la barre des 1/60 de seconde. Cette règle s’applique à un sujet humain se déplaçant à pied à une vitesse normale et sert surtout de repère. Une autre coutume de la photographie consiste à adapter la vitesse en fonction de la focale de son objectif. Il est ainsi recommandé de ne pas descendre en dessous de 1/focale – la fameuse « règle de l’inverse ». Avec un objectif de 50 mm, évitez de descendre en dessous de 1/50 mm, avec un objectif 200 mm en dessous de 1/200 mm, etc.

Quoi qu’il en soit, la vitesse d’obturation doit surtout s’adapter à celle du sujet en mouvement à photographier. Elle sera différente selon que vous photographiez une voiture de course, un oiseau, un piéton ou un sportif en action par exemple.

Il est important d’appréhender son sujet et la distance à son sujet de sorte à optimiser ses réglages. Même si vous souhaitez figer le mouvement, il n’est pas toujours nécessaire d’avoir une vitesse trop rapide puisqu’en augmentant inutilement la vitesse par rapport à votre sujet, vous réduisez inutilement l’exposition. Vos images risquent alors d’être sous-exposées ou cela vous obligera à monter trop exagérément en sensibilité, dégradant l’image au passage ou à ouvrir votre diaphragme plus que nécessaire, vous faisant perdre en profondeur de champ, donc en netteté.

Si vous êtes trop hésitant pour paramétrer votre appareil, vous pouvez opter pour le mode priorité vitesse (mode S ou TV) en choisissant votre vitesse idéale et en laissant l’appareil gérer l’ouverture (et la sensibilité grâce aux ISO auto). Si vous vous sentez d’attaque, tentez de paramétrer vos trois réglages manuellement.

Voici quelques exemples de photos pour vous guider dans vos réglages :

  • Ici de nuit, nous avons utilisé une ouverture lumineuse et augmenté la sensibilité pour pouvoir pousser la vitesse à 1/125s afin de figer le mouvement des voitures. Nous aurions pu monter encore en sensibilité ISO afin d’augmenter la vitesse, étant donné que les voitures ne sont pas parfaitement nettes.

Sony A7 III – Samyang 45 mm f/1.8 FE – 45 mm – ¹⁄125 s – ƒ / 2.2 – ISO 640 © Céline Nebor

  • Cette image prise depuis un train ou une voiture réunit à la fois un mouvement de filé du décor, dû à la vitesse du moyen de transport et réussit à figer le paysage fixe au loin grâce à une vitesse suffisamment rapide (1/320s).

Canon EOS 550D – 50 mm – ¹⁄320 s à ƒ /8 — ISO 400 © Chery Lee

  • Avec une vitesse élevée (1/400 s) et une ouverture f/4 couplée à un zoom 200 mm, il est facile de figer le mouvement et de bien détacher le sujet de l’arrière-plan via la faible profondeur de champ.

NIKON D800 – Tamron SP 70-200mm F/2.8 Di VC USD GZ — 200 mm – ¹⁄₄₀₀ s à ƒ / 4,0 — ISO 320 © Damien Roué

  • 1/500 s n’est pas de trop pour capturer des moments plus vifs et plus précis, comme cette image d’un skater qui effectue un figure dans les airs.

Canon EOS 5D Mark II -150 mm – ¹⁄500 s – ƒ / 7.1 – ISO 250 © Chris Brignola

  • Pour s’assurer de figer le mouvement, le photographe a ic utilisé une vitesse très élevée (1/2000s). Pour compenser et obtenir une image correctement exposée, il a poussé la sensibilité jusqu’à 3200 ISO.

Sony A7R Mark II – 490 mm – ¹⁄2000 s à ƒ / 7.1 — ISO 3200 © Mark Galer

  • Si vous photographiez un sujet en mouvement qui se déplace à très haute vitesse, alors il ne faut plus hésitez à augmenter la vitesse d’obturation. Sur cette photo de Formule E, la vitesse de 1/2500s permet de figer tous les éléments de la voiture de sport.
Canon EOS 6D Mark II - TAMRON 70-210mm F/4 Di VC USD A034 - 190 mm - ¹⁄₂₅₀₀ s - ƒ / 4,0 - ISO 400

Canon EOS 6D Mark II – TAMRON 70-210mm F/4 Di VC USD A034 – 190 mm – ¹⁄₂₅₀₀ s – ƒ / 4,0 – ISO 400 © Damien Roué

  • Ici le temps d’exposition relativement lent (1/10 s) permet de figer légèrement les deux sujets sur le scooter tout en offrant un flou de mouvement provoqué par la technique du filé qui consiste à bouger l’appareil photo en déclenchant pour suivre son sujet. Cela donne une sensation de vitesse à l’image et cette technique est souvent utilisée en photo de sport.

Canon EOS 7D– 16 mm – ¹⁄10 s à ƒ / 13 — ISO 100 © Andrew Ly

Pour adapter correctement ses réglages à la vitesse sélectionnée, vous pouvez vous aider de l’indicateur d’exposition, visible dans le viseur ou sur l’écran de l’appareil. La position zéro indique que l’image est correctement exposée.

Voici un tableau pour vous aider à connaître les bonnes vitesses à adopter :

Sujet photographiéVitesse conseillée pour figer le mouvement
Chute d'eau1/8 à 2 s
Eau qui coule1/50s
Portrait statique1/60s
Personne qui marche1/125s
Personne qui joue, court ou sportif1/250s
Sport d'action (voiture, vélo)1/500s à 1/1000s
Oiseau en mouvement1/2000s
Papillon, animal rapide1/4000s

Utiliser la rafale

Pour des sujets particulièrement vifs, la rafale est une bonne alternative afin de s’assurer de capter le moment opportun. La rafale est généralement déclinée en trois sous modes (Low, Normal, High) et permet d’enregistrer plus ou moins rapidement une séquence de plusieurs images consécutives. Avec la plupart des boîtiers haut de gamme reflex ou hybrides, il est possible d’atteindre entre 6 à 10 images par seconde, voire plus.

Certains boîtiers proposent même des modes qui enregistrent quelques secondes avant le déclenchement ou des modes Photo 4K pour des rafales toujours plus rapides. Une façon supplémentaire de s’assurer de capter le bon moment, très appréciée des photographes sportifs par exemple, même si la définition de l’image en est généralement réduite.

Attention toutefois à ne pas saturer votre carte mémoire avec ces modes, surtout si vous photographiez en RAW + JPG.

Activer la stabilisation optique ou capteur de votre appareil

La stabilisation optique ou capteur de votre appareil peut vous permettre de gagner quelques précieux diaphragmes ou d’obtenir un sujet plus net, même à des vitesses plus faibles. Ils réduisent considérablement les tremblements de la main, mais n’ont pas d’impact sur le mouvement du sujet photographié, rappelons-le.

La pose longue

Adapter sa vitesse en fonction de son sujet, c’est aussi parfois décider de laisser filer le temps et de le capturer tel quel. Pour ce faire, il faudra alors opter pour la pose longue. Pour connaître les rudiments de cette pratique spécifique vous pouvez litre notre article dédié du Mercredi Pratique sur la pose longue ou encore sur la pose longue en journée qui nécessite l’usage de filtres à densité neutre.

MP #175 : la pose longue en photographie, entre technique et magie

La pose longue en journée : filtre à densité neutre quasi obligatoire

N’hésitez pas à partager avec nous vos idées et astuces pour mieux gérer votre vitesse d’exposition lorsque vous souhaitez figer le mouvement.