Alors que tous les constructeurs (ou presque) proposent cette année des boîtiers hybrides sur le Salon de la Photo de Paris, nous nous sommes entretenus avec Nicolas Gillet, directeur marketing et communication de Nikon France. Il revient avec nous sur les dernières nouveautés Nikon tout en faisant un point d’étape important, un an presque après le lancement de la nouvelle monture Z et des hybrides plein format Z 6 et Z 7.

Place à l’interview :


Un an après le lancement des Nikon Z 6 et Z 7, est-ce que l’on peut faire un bilan d’étape ?

Nicolas Gillet : la grosse bonne nouvelle pour nous c’est l’accueil de la série Z et des Z 6 en particulier dans le monde de la vidéo. Ça nous ouvre des portes sur les gens qui ne considéraient pas la marque jusque-là et qui viennent toquer chez nous en disant « qu’est-ce qui se passe chez Nikon ? ».

Nikon Z6 et Z7 : le futur de l’hybride plein format sera-t-il Nikon ?

Il y a un rapport qualité/prix qu’on propose qui est hallucinant et qu’on ne retrouve qu’assez peu dans la concurrence ou alors à des prix qui sont bien au-dessus. Aujourd’hui un Z 6 boîtier nu est à 1800€, on fait un peu de promo en plus en ce moment. Et c’est le seul boîtier à ce prix capable en plein format de faire du 4:2:2 10 bits avec du N-Log. Nikon proposera bientôt un firmware pour faire du ProRes RAW. C’est des choses qui sont réservées à des caméras professionnelles à 10–20 000€. Du coup cela donne accès à des choses qui sont bien différentes et ça titille pas mal les vidéastes au sens large du terme.

Est-ce qu’on peut dire que le pari hybride est réussi pour Nikon ?

Nicolas Gillet : il n’est pas fini, on a encore plein de défis à relever, avec notamment le Z 50 qui va équiper un segment différent. Même sur le plein format, il y a encore des choses à faire. Donc le pari est bien lancé, c’est bien parti : c’est des produits qui sont bien nés, bien acceptés, cela fonctionne très bien. Le Z 6 s’est placé tout de suite numéro 2 du marché sur les hybrides plein format – derrière le Sony Alpha 7 III – et cela dès son deuxième mois de vie donc on peut parler d’un succès.

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Malgré tout, on continue de vendre du reflex en plein format. Nous sommes leaders du marché plein format en valeur en France, parce que nous vendons bien les Z 6, Z 7 mais aussi le D850, le D750, un peu moins le D610 aujourd’hui qui a déjà vécu quelques temps. Le D750 fonctionne encore bien. L’ensemble de ce segment plein format nous permet de prendre la première place en France sur le plein format [32,5%, en valeur sur la période de janvier à septembre 2019, NDLR]. C’est un objectif mondial, et ce n’est pas le cas dans tous les pays encore.

Nikon a récemment introduit la monture Z : qu’est-ce que sa construction permet de réaliser ?

Nicolas Gillet : depuis 1959, Nikon avait la même monture F avec sa vertu et ses capacités d’évolution. Depuis 1959, elle a un peu évolué avec l’autofocus ou la stabilisation. Il y a pas mal de choses qui ont été mises en place pour la faire évoluer mais elle avait des contraintes mécaniques qui lui donnaient des limites dans le développement de formules optiques.

Avec la monture Z, quitte à refaire une monture pour ne pas avoir de miroir, on a diminué le tirage. Cela n’avait pas de sens de conserver un tirage aussi long. Et quitte à changer toutes les formules optiques, on a repris un diamètre le plus grand possible avec également un compromis pour être acceptable en termes de taille de boitier. On a donc aujourd’hui sur le marché la monture la plus large avec le tirage le plus court, ce qui permet d’avoir la lentille arrière la plus proche, pratiquement au contact du capteur. On va ainsi être capable de faire des formules optiques qui ne vont plus avoir besoin d’aller redresser les rayons de lumière pour aller chercher les angles du capteur. Et cela ouvre des perspectives pour les ingénieurs qui se régalent en repartant d’une page blanche.

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Ils sont ainsi capable de proposer des extrêmes, comme le NIKKOR Z 58mm f/0.95 S Noct, l’optique la plus pure qu’on n’ai jamais fabriqué chez Nikon. Je pense, sans m’avancer trop, que c’est l’une des optiques les plus pures en optique de façon générale. C’est une optique un peu à part, et d’exception, qui n’est raisonnable d’aucun point de vue. Mais c’est la seule optique à ma connaissance qui sera utilisable dès la pleine ouverture dans ce type de luminosité. C’est pour cela qu’elle a cette taille. Il existe des fabricants qui font des optiques à f/0.95 qui valent 400€, mais allez faire une image à pleine ouverture avec ces optiques : il y a des aberrations et des distorsions qui ne sont pas acceptables. Et même sur de grandes marques avec des ouvertures équivalentes, ces optiques sont excellentes quand on ferme le diaphragme d’un cran ou deux, mais à pleine ouverture il y a des aberrations de coma qui sont extrêmement importantes. Le Noct est une optique d’exception dès la pleine ouverture.

NIKKOR Z 58mm f/0.95 S Noct en présentation au Salon de la Photo

On va profiter de cette usage qui ouvre des perspectives intéressantes puisque finalement, on peut obtenir cette profondeur de champ aussi courte avec un 300 mm f/2.8 avec une mise au point à 1 mètre 50 pour le même rendu de bokeh sauf que la perspective n’a plus rien à voir, on a un champ complètement fermé. Avec un 58 mm et cette profondeur de champ, même si l’optique est un peu à part, elle va offrir à ceux qui pourront se le permettre et auront envie de se différencier des rendus d’image qui seront assez exceptionnels. C’est l’héritier du 58mm f/1.2 Noct, qui passe la barre des f/1. La monture F avait des contraintes mécaniques qui ne nous permettait pas de descendre en dessous. La monture Z permet d’aller en dessous.

Le Nikon Z 50 à côté du Nikon Z 6

Après, on ne fait pas que cela. On a aussi, à l’opposé, cette monture qui, paradoxalement de par sa taille de 55mm, permet une construction d’optiques pancake aussi compactes que le NIKKOR Z DX 16-50mm f/3.5-6.3 VR parce que justement il y a de la place au niveau du fût pour aller ranger les barillets et la mécanique de l’optique de façon différente sans perte de qualité par rapport à une construction classique. On fait un peu les extrêmes entre ce 16-50mm et le 58mm f/0.95 Noct.

Nikon a mis à jour sa roadmap d’objectifs pour hybrides. Quelle est la stratégie sur la monture Z ?

Nicolas Gillet : Nikon repense toutes les formules optiques et nous avons un gros défi pour développer la gamme d’objectifs. C’est pour cette raison que nous avons annoncé l’an dernier une roadmap qui présentait une dizaine de références au lancement des Z. Il y a en a sept aujourd’hui qui sont disponibles.

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La roadmap s’est agrandie aujourd’hui et on continue de travailler dessus, nous l’avions annoncé dès le début. Avec le lancement du Z 50, nous l’avons mis à jour en ajoutant une dizaine d’optiques supplémentaires. D’ici 2021, il y aura au catalogue natif une vingtaine de références en monture Z qui vont couvrir à la fois du format DX, mais surtout du plein format, de la série S et de la série classique – qui n’a pas de nom – à la fois sur du grand angle, du téléobjectif, du pancake, de la macro… On commence vraiment à diversifier les optiques, même si pour le moment nous n’avons pas de timing ni de tarifs à annoncer. En termes de richesse de gamme, cela commence à devenir très sérieux avec un rythme de développement très élevé.

La gamme d’optiques Z s’enrichit mais est-ce qu’elle va aussi devenir plus accessible ?

Nicolas Gillet : oui, c’est le principe de cette série « non-S ». On aurait pu lui donner un nom c’est vrai (rires). Ce sont des optiques qui sont beaucoup plus abordables et nous avons toute une série d’optiques qui seront proposées dans cette roadmap à un tarif plus intéressant.

Qu’est-ce la monture Z apporte en vidéo ?

Nicolas Gillet : sur la monture Z, la partie mécanique a changé tout comme la partie électronique. Sur la monture Z, nous avons maintenant 11 commutateurs électroniques, contre 8 sur la monture F. Le bus de communication a aussi changé et est beaucoup plus rapide. Cela signifie qu’une quantité de données beaucoup plus importante peut passer entre le boîtier et l’optique. Cela permet notamment en vidéo d’apporter de nouvelles fonctionnalités comme la correction en temps réel du focus breathing, c’est-à-dire la compensation de la perspective quand on change de focale, ou à l’inverse le fait de conserver la focale quand on modifie la mise au point. Tout cela est compensé en temps réel lorsqu’il y a une optique Z montée sur le boîtier.

C’est fait de manière optique : l’objectif comprend les changements, le boîtier sait que l’on filme donc il va compenser les mouvements de mise au point de l’autofocus pour compenser légèrement la perspective et éviter que lorsque l’on zoome on perde le point. En photo, c’est moins gênant, mais en vidéo on peut ainsi rattraper le point direct.

C’est quelque chose qui fonctionne avec les optiques S-Line uniquement ? Quid des optiques développées par d’autres constructeurs pour la monture Z ?


Nicolas Gillet : cela fonctionne avec toutes les optiques autofocus Nikon à monture Z. Je ne sais pas ce que développerons les autres marques. Aujourd’hui, certains constructeurs ont fait des optiques en monture Z en ajoutant simplement une sorte de FTZ intégré à leurs optiques classiques, mais qui fait perdre l’autofocus et tous les automatismes, ce qui n’est pas le cas de notre adaptateur FTZ qui conserve l’autofocus pour les optiques AF-S ainsi que le système de mesure de lumière pour toutes les optiques. Comme le boîtier est stabilisé sur les Z 6 et Z 7, nous avons aussi un système stabilisé partout.

Est-ce que Nikon connait le profil des acheteurs de Nikon Z 6 et Z 7 ?

Nicolas Gillet : il y a un vrai profil vidéo avec les vidéastes. Aujourd’hui ce n’est pas le principal, mais cela fait partie de nos axes de travail. Ce sont des personnes intéressantes pour nous et que nous ne connaissions pas bien. On adapte ainsi notre circuit de distribution avec des magasins spécialisés dans le matériel cinéma et vidéo, qui ont aussi d’autres façons de travailler avec pas mal de location.

Sinon, c’est le profil d’un utilisateur classique de plein format chez nous, que nous connaissons depuis très longtemps. Le plein format chez Nikon ce n’est pas quelque chose de récent. Ces utilisateurs sont intéressés par les capacités photo et la performance du boîtier en termes d’autofocus, de compacité, de légèreté par rapport à ce que peut offrir un D750 ou D850 qui sont des boitiers plus volumiques mais avec des intérêts sur la visée optique. Je considère qu’il y a des avantages à la visée optique mais il y a de vrais avantages aussi avec la visée électronique. L’intérêt pour nous est de faire le lien et d’accompagner le marché sur les deux segments en donnant le choix aux utilisateurs de faire soit le pari de l’hybride soit du reflex, mais dans tous les cas d’un Nikon.

Ceux qui étaient convaincus de l’intérêt d’un hybride allaient avant cela sur la série Alpha de Sony. Aujourd’hui ils n’ont pas de raison de partir, et au contraire il y en a qui reviennent (rires).

Le Nikon Z 50 est désormais disponible à la vente. Qu’est-ce que la monture Z apporte au format APS-C ?

Nicolas Gillet : la monture Z apporte la compacité de l’optique en APS-C : le NIKKOR Z DX 16-50mm f/3.5-6.3 VR au format pancake est possible parce que la monture est plus large et qu’on peut ranger les blocs optiques à l’intérieur de manière plus proche de la monture. Elle donne également l’accès aux fonctionnalités vidéo et évidemment, avec une meilleure communication entre le boîtier et l’optique, à une meilleure gestion de l’autofocus qui est la même technologie que sur un Z 6 ou un Z 7.

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On offre également cette même compatibilité avec le FTZ, qui permet ainsi de faire le lien avec les optiques DX : on a un nombre d’utilisateurs de boîtiers DX depuis des années qui ont un parc d’optiques DX énorme et ils vont ainsi pouvoir faire une transition en douceur en utilisant le FTZ qui est proposé en kit avec le Z 50.

On parle beaucoup d’hybrides, mais qu’en est-il du reflex chez Nikon ?

Nicolas Gillet : Nikon continue de développer les reflex. On a annoncé il y a quelques semaines le développement du D6. Ce n’est pas rien, c’est le flagship de la gamme. On va remplacer le D5 avec un boitier reflex, même si on ne donne pas plus d’informations pour l’instant.

C’est officiel, Nikon travaille sur le prochain Nikon D6 ainsi que sur un téléobjectif 120-300mm f/2.8E FL ED SR VR

Tout le monde sait ce que Nikon est capable de faire sur ce type de boîtier et nous sommes assez confiant sur les performances. Lorsque nous proposons une nouvelle génération pour ce type de boîtier, c’est assez marquant et nous avons rarement fait d’erreurs. Aujourd’hui, nous pensons que le système reflex est encore pertinent dans certains usages, ou pour certains utilisateurs. Encore une fois, c’est un accompagnement que l’on fait en douceur : nous n’avons pas de raison de violemment arrêter une gamme reflex. Tant que nous avons un peu de place et d’envie, il y a des choses qui seront faites, sur le D6 en particulier, mais aussi avec des optiques NIKKOR F.

Je pense que le D6 sera plus performant et plus adapté aux besoins des professionnels dans cet usage, notamment en photographie sportive, en photojournalisme. Pour leurs besoins, le système reflex est plus performant que ce que Nikon pourrait faire en hybride aujourd’hui, encore une fois pour ces usages très particuliers. Je sais bien que la tendance est au développement de l’hybride et nous travaillons forcément dessus, même si je n’ai rien à dévoiler ici. Il y a forcément des pistes en réflexion dans ce sens, mais à l’heure actuelle notre expertise et notre technologie est adaptée au D6 sur un système reflex.

Le D6 sera donc prêt pour les JO de Tokyo en 2020 ?

Nicolas Gillet : c’est l’idée, oui.

Nikon propose régulièrement à ses clients de se réunir au Nikon Plaza à Paris. Quel est le but de cet endroit ?

Nicolas Gillet : la photo ce n’est pas que le matériel, il y aussi le service qui va avec. Nikon est la seule marque qui a un accueil pour les pros mais aussi pour le grand public, avec le Nikon Plaza. C’est un espace hyper intéressant d’échanges, de culture, de formation et de vente. C’est un bel endroit pour partager sa passion et discuter avec le staff Nikon.

© Nikon France

On accueille environ 700 personnes par mois, pas mal pour discuter, certains pour le SAV puisqu’il s’agit d’un centre de dépôt SAV. C’est parfois aussi un échange : quelqu’un qui vient pour le SAV peut aussi venir parce qu’il a un problème de compréhension de l’usage, ce n’est pas que parce qu’il a une panne. Nous faisons aussi des nettoyages de capteur. On propose des services qui sont rassurants et qui accompagnent le photographe dans son activité.

Enfin, le Nikon Film Festival est lancé depuis plus d’un mois. Cette 10e édition s’annonce bien ?

Nicolas Gillet : nous avons dévoilé officiellement les membres du jury, les dates clés et l’ouverture des participations le 1er octobre. Le thème avait déjà été dévoilé pendant l’été pour laisser aux gens de travailler un peu plus. Les gens ont jusqu’au 15 janvier 2020 pour participer et soumettre leurs films.

À vos courts métrages : la 10e édition du Nikon Film Festival a officiellement débuté

Cédric Klapisch sera le président du jury et remettra les prix au Grand Rex pour la cérémonie de clôture le 12 mars 2020. Avant, c’était au cinéma MK2 Bibliothèque. On a eu l’opportunité de changer de lieu et nous avons cette année un partenariat avec Le Grand Rex et le réseau CGR qui nous permettent d’avoir une diffusion des lauréats sur toute la France – MK2 était uniquement parisien. On s’agrandit donc grâce à ces deux partenariats, et c’est vrai qu’il y a un côté assez prestigieux à faire la remise des prix au Grand Rex.

Nous avons réussi à faire du Nikon Film Festival un événement qui compte : nous sommes suivis par des gens de renom depuis tout le temps, ce qui a aussi pas mal aider. En même temps, c’est un festival très humain, qui est géré en interne pas deux personnes. C’est de l’humain et c’est ce qui plait aussi beaucoup au jury et aux participants. Ça fonctionne, on est ravi et c’est d’autant plus cohérent cette année avec la stratégie sur la vidéo qui boucle la boucle.


Merci Nicolas d’avoir répondu à nos questions.