Nikon vient de lever le voile sur sa nouvelle monture Z, qui équipera ses appareils photo hybrides plein format, à commencer par les Nikon Z6 et Z7 (ou Z 6 et Z 7 selon la nomenclature Nikon). Sur scène, Kazuo Ushida, le PDG de Nikon, présente cette annonce comme « la nouvelle lumière que Nikon va utiliser pour éclairer le futur ».

Faisons un tour d’horizon de cette annonce importante pour Nikon, puisqu’elle le fait rentrer de plain-pied sur le marché des hybrides plein format jusque-là surdominé par Sony. D’autant plus que Nikon a un objectif clair : devenir numéro sur le marché du plein format, hybride et reflex confondu !

Une nouvelle monture Z pour commencer

Le reflex Nikon avait la monture F, l’hybride nouvelle génération (après la fin des Nikon 1) aura la monture Z. Cette nouvelle monture réinventée par Nikon vient supplanter une tradition de plus de 59 ans avec la monture F qui équipe l’ensemble des reflex Nikon depuis 1959.

Kazuo Ushida, PDG de Nikon

La monture Z est la solution « à l’épreuve du futur » pour les hybrides Nikon. Elle dispose d’un diamètre de 55 mm et d’un tirage mécanique de 16 mm seulement. Comparé à la monture F, qui fait 44 mm de diamètre pour un tirage optique de 46,5 mm, cette nouvelle monture est impressionnante en taille et en faible tirage mécanique, ce qui permet d’apporter, selon Nikon, plusieurs avantages : un pouvoir de résolution supérieur, du centre aux bords de l’image pour une meilleure qualité d’image, des objectifs rapides et lumineux, comme le NIKKOR Z 58mm f/0.95 S Noct en cours de développement, ainsi qu’une construction optique offrant davantage de compacité.

L’autre avantage de cette monture est à chercher du côté de ses contacteurs. Au nombre de 11 contre 8 pour la monture F, la monture Z permet une communication plus rapide et fluide entre l’objectif et le boîtier. Cette nouvelle architecture offre de nombreuses possibilités, notamment dans le traitement en temps réel de l’information transmise par l’optique au boîtier, et aujourd’hui Nikon indique déjà pouvoir réduire le focus breathing et le décalage de mise au point pendant le zoom. Dans un futur plus ou moins proche, on imagine que cela pourra améliorer la prise de vue grâce à un traitement en temps réel approfondi de l’image, un peu à la manière de ce que l’on trouve dans les smartphones, notamment chez Huawei avec l’IA dans son P20 Pro.

Avec la disparition de la cage miroir propre au reflex, cette monture offre le plus petit tirage optique pour un capteur plein format (24×36).

Nikon Z6 et Z7, les deux premiers hybrides plein format de Nikon dévoilés

Maintenant que la nouvelle base est là (monture Z), Nikon a dévoilé ses deux premiers hybrides plein format équipés de cette nouvelle monture, nommés simplement Z 6 et Z 7.

Ces deux boîtiers hybrides partagent un châssis et une base commune, mais se démarquent par leur capteur : capteur CMOS plein format rétroéclairé (BSI) de 45,7 Mpx pour le Z 7 contre une version de 24,5 Mpx pour le Z 6. Une différence est également à noter au niveau du nombre de points d’autofocus, de la plage de sensibilité et de la cadence de la rafale.

Nikon Z 6 :

  • capteur CMOS plein format rétroéclairé (BSI) de 24,5 Mpx
  • 273 points AF (90% de la zone d’image couverte)
  • plage ISO native de 100-51200 (extensible de 50 à 204 800 ISO)
  • rafale de 12 i/s avec suivi AF

Nikon Z 7 :

  • capteur CMOS plein format rétroéclairé (BSI) de 45,7 Mpx
  • 493 points AF (90% de la zone d’image couverte)
  • plage ISO native de 64-25600 (extensible de 32 à 102 400 ISO)
  • rafale de 9 i/s avec suivi AF

Avec cette différenciation, Nikon semble orienter le Z 6 vers la prise de vue photo, mais également vidéo, en basse lumière, alors que le Z 7 est davantage orienté vers la qualité d’image et la résolution maximale. On retrouve ici une différenciation proche de celle de Sony avec sa gamme A7R (résolution) et A7S (sensibilité).

Passées ces différences, les Nikon Z 6 et Z 7 intègrent des technologies communes. Le système autofocus hybride couvre environ 90% de la zone d’image avec un basculement automatique entre l’AF à détection de phase et l’AF par détection de contraste lors de la mise au point. Il est important de noter que Nikon propose les modes AF-S et AF-C, mais pas de mode de suivi 3D comme sur ses reflex. Oubli ou véritable challenge technique, nous tâcherons d’y voir plus clair. Par contre, Nikon n’a pas oublié d’intégrer un mode détection de visages, fonctionnalité essentielle, mais qui ne bénéficie pas de la mise au point automatique sur les yeux, comme Sony le propose avec son redoutable Eye AF.

EXPEED 6, stabilisation 5 axes et AF hybride

Ces deux boîtiers sont également équipés du nouveau processeur EXPEED 6 qui gère le traitement de l’image à haute résolution, l’autofocus, la réduction du bruit et – nouveauté pour Nikon en plein format – la visée électronique. Une nouvelle option d’accentuation moyenne propre aux Nikon Z 6 et Z 7 est disponible dans le Picture Control afin d’accentuer ou non certaines textures de l’image, offrant une netteté supérieure, dès la sortie du boîtier.

L’obturateur des Z 6 et Z 7 permet de photographier jusqu’à 1/8000s et dispose d’un mode entièrement silencieux grâce à un obturateur électronique. Le boîtier est annoncé comme ayant été testé pour 200 000 images. Si les rafales de 9 et 12 i/s avec suivi AF vous plaisent, la mémoire tampon de ces boîtiers manque un peu d’endurance, avec seulement jusqu’à 19 images RAW et 27 JPEG Fine.

Passage presque obligé face à la concurrence, Nikon intègre à ses nouveaux hybrides une stabilisation mécanique 5 axes permettant de gagner 5 stops selon Nikon. C’est une nouveauté pour un appareil photo Nikon et cette stabilisation est également compatible avec les optiques VR en monture F (avec adaptateur).

Hybride Nikon Z : l’ergonomie avant la compacité

En termes d’ergonomie, les Nikon Z 6 et Z 7 partagent un châssis relativement généreux (134 x 100,5 x 78,5 mm contre 126,9 x 95,6 x 73,7 mm pour les hybrides Sony) pour un poids de 675g (batterie et carte mémoire).

On s’en doutait en découvrant les différentes vidéos de teasing, les Nikon Z 6 et Z 7 ne seront pas les hybrides les plus compacts du marché, mais Nikon semble avoir préféré miser sur une meilleure prise en main, avec une poignée prononcée. Ce léger embonpoint permet à Nikon de conserver la compatibilité avec les batteries EN-EL15 ainsi qu’un panel d’accessoires déjà disponibles sur ses reflex (transmetteur sans fil WT-7 et système de déclenchement sans fil).

Le boîtier des Z 6 et Z 7 dispose d’une construction digne des reflex Nikon, avec un revêtement durable et des commandes et boutons suffisamment larges. Des joints d’étanchéité permettent aux boîtiers de disposer d’une tropicalisation égale à celle du D850. Sur le dessus du boîtier, on note la présence d’un écran de contrôle OLED, un barillet PSAM avec trois modes personnalisables, deux molettes de réglage et les boutons ISO, enregistrement vidéo et correction d’exposition, en plus du levier de mise sous tension au design très Nikon. À l’avant du boîtier, deux boutons Fn1 et Fn2 sont situés proche de la baïonnette imposante.

À l’arrière du boîtier, on note la présence d’un écran LCD tactile et inclinable de 3,2 pouces avec 2 100 000 pixels. Le tactile est exploité à son maximum avec également la possibilité de naviguer dans les menus au doigt. Complètement calé à gauche, l’écran force à repositionner les boutons habituellement placés à gauche de celui-ci sur les boîtiers Nikon : zoom, rafale, menu. Pas de bouton Fn, et un commutateur permet de choisir entre le mode photo et vidéo. Bonne nouvelle pour les adeptes du bouton AF-ON, les Z 6 et Z 7 en sont pourvus, tout comme d’un joystick permettant de déplacer rapidement le collimateur AF actif.

Les Z 6 et Z 7 disposent, comme tout hybride, d’un viseur électronique. Ce dernier utilise un écran OLED de 3,69 millions de pixels. Longtemps défenseur du viseur optique, Nikon indique dans sa communication que le nouveau est « agréable et simple à utiliser, autant que des viseurs optiques ». La boucle est bouclée. Il dispose d’un grassement de 0,8x, d’un dégagement oculaire de 21 mm et un bloc optique signé Nikon permet de réduire les aberrations. Comme si Nikon découvrait les possibilités d’un viseur électronique, le constructeur insiste sur la possibilité de pouvoir visualiser le menu « Info » et ses réglages, l’oeil dans le viseur. Le taux de rafraichissement est cependant limité à 60 ips, dommage quand on sait que certains boîtiers utilisent un taux de 120 ils pour une fluidité maximale.

Vidéo 4K UHD 30 fps et N-Log 10 bits

La vidéo n’est pas en reste sur les hybrides Z 6 et Z 7 avec le support de la 4K UHD à 30 fps et du Full HD 1080 à 60/120 fps. Avec le ralenti 120 fps, le cadrage est cependant réduit au format APS-C.

Le boîtier enregistre en N-Log (un format flat pour faciliter l’étalonnage) et dispose d’une sortie HDMI non compressée pour l’enregistrement en 10 bits (uniquement via enregistreur externe). Quelques fonctionnalités comme le D-Lighting actif, la stabilisation électronique (en complément de l’IBIS), le time code, les zebras et le focus-peaking permettent de faciliter la prise de vue.

Un mode timelapse 8K remplace la fonction intervalomètre du boîtier sur le Z 7.

Autonomie : pensez aux batteries

Attention, l’autonomie des Z 6 et Z 7 n’a rien à voir avec les boîtiers reflex Nikon. Le Z 7 est ainsi donné pour 330 vues avec une batterie (norme CIPA) soit plus de 5x moins que le D850. En pratique, les premiers tests indiquent une autonomie légèrement supérieure. Nikon travaille déjà sur un grip MB-N10 permettant de doubler l’autonomie (et la durée maximum d’enregistrement vidéo), mais ce dernier ne sera disponible que début 2019. En attendant, il faudra s’équiper en batterie. Les Nikon Z 6 et Z 7 disposent de la recharge en USB-C, mais seulement avec les versions B des batteries EN-EL15.

Enfin, abordons un point qui fâche, ou qui rassure. Les Nikon Z 6 et Z 7 disposent d’une connectivité complète : prise casque, prise micro stéréo, prise USB-C, sortie HDMI type D, prise pour déclencheur filaire, Wifi et Bluetooth avec SnapBridge. Par contre, niveau stockage, Nikon fait déjà raller sur la toile en n’intégrant qu’un seul slot carte mémoire, et au format XQD. Ce format, assez peu répandu, est plus performant, mais surtout en lecture. On aurait préféré un double slot de carte mémoire SD UHS-II, mais Nikon semble obstiné à forcer le XQD (et donc le CF Express dans un avenir plus ou moins proche), quitte à forcer la main à ses utilisateurs.

Trois objectifs en monture Z pour le lancement : 35 mm f/1,8 S, 50 mm f/1,8 S et 24-70 mm f/4 S

Avec l’arrivée de la nouvelle monture Nikon Z, trois nouveaux objectifs Nikkor Z seront disponibles dès le lancement : NIKKOR Z 24-70mm f/4 S, NIKKOR Z 35mm f/1.8 S et NIKKOR Z 50mm f/1.8 S, ainsi qu’un adaptateur FTZ pour monter des optiques Nikkor F sur la monture Z.

Dotée d’un diamètre plus large, la monture Z est l’occasion pour Nikon de repartir de zéro. Cette nouvelle monture offre trois avantages selon Nikon :

  • une plus grande variété d’objectifs possibles, avec notamment des objectifs très lumineux (jusqu’à f/0.95)
  • un haut pouvoir de résolution
  • des fonctionnalités vidéo améliorées

Les trois premiers objectifs font partie de la gamme S-Line, une nouvelle gamme d’optiques haut de gamme lancée par Nikon. Sous cette appellation, Nikon regroupe les objectifs en monture Z répondant à un cahier des charges strict : revêtement Nano Crystal, une haute performance en MTF et une qualité de fabrication supérieure. Le design de ces objectifs est minimaliste et épuré, avec des inscriptions gravées au diamant dans le fût.

Avec au maximum f/1.8, ces objectifs ne sont pas franchement lumineux, et Nikon les propose à un tarif assez élevé. La raison serait la qualité optique de ces objectifs : conçus pour la monture Z, ils disposeraient d’un excellent piqué sur l’ensemble de la zone d’image, ainsi que peu d’aberrations chromatiques.

Ces objectifs offrent des fonctions présentées lors de la conférence de lancement, comme la correction du focus breathing, un AF silencieux, une bague de réglage et un contrôle fluide de l’exposition, notamment utile en vidéo.

Puisqu’il s’agit d’un système mirrorless, il est important de considérer l’encombrement de ces nouveaux objectifs. Et comme chez Sony, pas de surprise : les objectifs sont tout aussi imposants, voire même plus imposants qu’en monture Nikon F.

Le nouveau diamètre de cette monture nécessite de repartir à zéro en termes de gamme optique. Pour les possesseurs d’un parc d’optiques Nikkor F, l’adaptateur FTZ (F to Z) permet de monter leurs optiques tout en conservant l’autofocus (hors optiques AF-D qui devront être utilisées en MF).

L’adaptateur FTZ pour utiliser des optiques F sur la monture Z

Nikon ayant dévoilé une roadmap pour les objectifs en monture Z, on sait déjà que 9 objectifs supplémentaires verront le jour dans la gamme S. En 2019, Nikon devrait annoncer les Nikkor Z 58mm f/0.95 S Noct, un 20mm f/1.8, un 85mm f/1.8, un 24-70mm f/2.8, un 70-200mm f/2.8 et un 14-30mm f/4. En 2020, un 50mm f/1.2, un 24mm f/1.8 et un 14-24mm f/2.8 devraient être disponibles.

Roadmap Nikon Z

Les NIKKOR Z 24-70mm f/4 S et NIKKOR Z 35mm f/1,8 S seront disponibles à compter de fin septembre 2018 aux tarifs respectifs de 1099€ et 949€. Le NIKKOR Z 50mm f/1,8 S sera disponible à compter de mi-octobre 2018 au tarif de 679€.

L’adaptateur FTZ sera disponible à compter de fin septembre 2018 au tarif de 299€.

Concernant le Nikkor Z 58mm f/0.95 S Noct, on en sait déjà un peu plus puisque Nikon l’a annoncé lors de la conférence de presse. Il s’agit d’une optique manuelle dotée d’une ouverture f/0.95. Elle se place « au sommet de la gamme S de Nikon » et servira d’étalon en matière de performances optiques. Si le terme « Noct » vous dit quelque chose, c’est normal : cet objectif hérite de la conception du AI Noct-Nikkor 58mm f/1.2, un objectif lancé en 1977 et désormais arrêté.

Nikkor Z 58mm f/0.95 S Noct

Avec une si grande ouverture, le Nikkor Z 58mm f/0.95 S Noct est taillé pour l’obscurité, et permettrait de reproduire les sources lumineuses sous forme de petits points (coma). Nous ignorons encore quel sera son tarif, mais il y a fort à parier qu’il se situe à un tarif premium.

Prix et disponibilité des Nikon Z 6 et Z 7

Le Nikon Z 6 sera disponible à compter de fin novembre 2018 au tarif de 2299€. Pour le Z 7, l’attente sera moins longue puisque le boîtier sera disponible à partir de fin septembre 2018 au tarif de 3699€.

Notre premier avis sur les Nikon Z 6 et Z 7 et la monture Z

Difficile de donner un avis suite à une conférence de presse et tant que nous n’avons pas pu mettre la main sur l’un de ces boîtiers en condition réelle. Malgré tout, nous pouvons déjà dire que Nikon semble avoir bien préparé son lancement, avec deux boîtiers complets. Si l’on prend un peu de recul, il a sûrement été difficile pour Nikon d’avouer que son système reflex avait atteint la maturité, notamment avec le Nikon D850, et que la bataille se jouerait maintenant sur un autre terrain.

À ce sujet, un responsable de Nikon a répété que le Z allait avec le D : chaque plate-forme a ses forces et son usage, et Nikon ne semble pas prêt d’abandonner ses reflex pour se jeter dans les eaux profondes du mirrorless plein format.

Avec le duo Z 6 et Z 7, Nikon a choisi de lancer deux boîtiers plutôt qu’un : le Z 6 pour la réactivité et la vidéo, le Z 7 pour la résolution et la qualité d’image. Par rapport à Sony, ces boîtiers se positionnement face à l’A7III/A7S pour le Z 6 et face à l’A7RIII pour le Z 7.

Pendant de longues minutes, Nikon a insisté sur une chose : la qualité Nikon. Qualité d’ingénierie, d’optique, d’ergonomie, de compatibilité avec le matériel existant, sans oublier la qualité d’image et de construction de ses boîtiers. Le constructeur souhaite apporter de la valeur à ses clients, sans compromis sur la qualité d’image.

Au regard de l’annonce, on pourrait cependant se dire que Nikon ne prend pas suffisamment de risques avec les Z 6 et Z 7, se limitant à égaler (ou presque) les caractéristiques techniques de Sony, leader sur le marché des hybrides plein format.

Il en faudra sûrement un peu plus, mais c’est un bon premier ballon d’essai dans l’ensemble. Les autres constructeurs déjà présents sur le marché de l’hybride ont encore une bonne marge d’avance, issue de nombreuses années de développement, et Nikon semble être enfin convaincu de la nécessité de monter la barre avec des hybrides haut de gamme. Cette décision est bénéfique pour tout le monde, avec une compétition relancée sur un marché jusqu’alors dominé par Sony.

Une première prise en main en condition courant septembre nous permettra de vous en dire plus sur ce boîtier.

Mise à jour : le 25 août au Nikon Plaza à Paris, vous pouvez venir découvrir le Nikon Z ainsi que les optiques à 10h, 14h et 16h.