RlOuscD9Nts

Fondée en 1854, alors que la photographie est en train d’émerger, la Société française de photographie (SFP) est la plus ancienne société de photographes encore en activité.

Cette association, créée dans le but de promouvoir la photographie et ses usages, possède aujourd’hui un fonds photographique riche de centaines de milliers de pièces uniques, avec notamment une collection de photographies de Nièpce, et des pièces uniques du fonds Daguerre à la Seconde Guerre mondiale. Des photos sur une variété de supports sont conservées à la SFP.

Aujourd’hui, la SFP a une activité d’archivage, de conservation et de recherche sur l’image photographique et son histoire. Elle fournie également de nombreuses expositions et diffuse les œuvres de son fonds dans l’édition et sur le web.

Nous avons eu la chance de visiter les archives de la SFP et avons posé quelques questions à Paul-Louis Roubert, Président de la SFP depuis 2010 et maître de conférence à l’Université Paris VIII, pour en savoir plus sur le rôle et l’histoire de cette institution de la photo.

Découvrez les réponses de Paul-Louis Roubert en vidéo, et l’intégralité de l’interview plus bas.

LA SFP, première Académie de photo en France

« La nécessité fondamentale pour la SFP à sa création, c’est de faire circuler l’information et de mettre en correspondance les différents acteurs intéressés pour faire progresser la recherche et la diffusion de la photographie dans le public. »

La SFP a été créée 15 ans après l’annonce officielle de l’invention de la photographie. Alors que le médium photographique est en train d’émerger et que les premières techniques de prise de vue et de tirage se mettent en place, pour une photographie artistique et principalement commerciale à l’époque, la photographie n’a pas encore de structure officielle.

C’est sur le modèle d’une Académie de la photographie, qui fédère des recherches, mais aussi des images et des publications, que se fonde la SFP. De 1854 jusqu’à l’entre-deux-guerres, en contact avec les autres Académies des débuts de la photographie en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis, elle récupère les dons de photographes de l’époque. D’autres sociétés ont déjà été créées comme la Société héliographique en France, en 1851 et des associations en Europe et en Angleterre notamment.

« La photographie à ce moment-là est assez peu diffusée, elle est majoritairement une photographie commerciale. Il y a des artistes, des scientifiques, mais aussi des littérateurs, des gens qui ne font pas forcément de la photographie qui s’intéressent à l’idée de développer, de faire progresser la recherche et surtout, un des éléments les plus importants à l’époque, de diffuser l’information. »

Conserver, archiver, publier, la SFP est la mémoire des débuts de la photo

La présence de la SFP aujourd’hui permet aux historiens et étudiants d’avoir accès à ces tirages pour construire l’histoire de la photographie, et au public d’en profiter à travers les publications et expositions.

« Aujourd’hui le rôle de la SFP est de faire rayonner ses collections et de faire comprendre le rôle de cette archive dans la constitution et dans l’exploration de l’Histoire de la photographie. Majoritairement, notre rôle a été de susciter de la recherche autour de la photographie, c’était le sens de la publication de la revue Etudes photographique, publiée jusqu’à l’an dernier et ce pendant 20 ans. Ça a été un énorme travail de sollicitation, de diffusion et de production de littérature sur l’Histoire de la photographie. »

Un fonds photographique témoin des avancées techniques et esthétiques de la photographie

La SFP détient un fonds témoin des avancées techniques et esthétiques de l’époque (daguerréotype, calotype, ambrotype, etc.), mais également de l’évolution des supports. Les oeuvres déposées à la SFP passent des plaques de verre relativement encombrantes, lourdes et fragiles aux surfaces sensibles souples, avec le film en celluloïd notamment.

« La collection que conserve aujourd’hui la SFP a été essentiellement voir exclusivement collectée par don, ce sont des membres de la SFP voire des photographes qui n’étaient pas membres qui ont donné régulièrement des exemples de leurs photographies. Le but essentiel de la SFP à l’époque est de réfléchir à la photographie, de la faire progresser techniquement, et de développer ses moyens de diffusion. Il est également de conserver ces archives afin que les historiens du futur puissent avoir accès à ces documents. La majorité des membres de la SFP et les autres donnent également des ouvrages, des revues. »

« Un des critères essentiels de ces dons est de conserver des preuves d’une avancée technique, d’une avancée sur le tirage, sur la permanence de ces tirages, une technique de développement du négatif, une technique afférent aux objectifs ou aux appareils photographiques. Chaque élément déposé à la SFP est une sorte d’exemple, de preuve d’une avancée technique voire d’une avancée esthétique puisqu’il y a aussi beaucoup de débats sur l’esthétique de la photographie au 19e siècle. »

Si la collection est majoritairement constituée dans les années 1850, les pièces peuvent également être récupérées rétroactivement comme c’est le cas par exemple des pièces de Nièpce, reconnu comme l’inventeur de la photographie appelée alors « procédé héliographique ». Si les membres de la SFP sont des photographes jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, ce sont ensuite des historiens, conservateurs et archivistes qui prennent le relais pour se servir de ces archives et écrire l’histoire de la photographie.

Diffuser ces photographies au public

Détenir ce fonds photographique, qui est soigneusement conservé avec un réglage millimétré des températures et un emballage permettant de les préserver de la lumière ou de la détérioration, permet aujourd’hui de fournir les expositions et de diffuser ces photographies d’époque au public, en France et à l’International.

Exposition Rencontres d’Arles en 2012 © SFP

Tâches et Traces, exposition aux Photaumnales 2015 © SFP

« Nous avons reçu plus tard, notamment au début des années 2000 des fonds d’autres collections. Le dernier gros fond que nous avons reçu était celui d’une association, le Club des 30×40, qui est un photo-club d’amateurs qui a énormément sollicité des photographes professionnels et de grands photographes du 20e siècle, français et étrangers, pour venir dialoguer. Ce photo-club était organisé sur une structure presque politique de militantisme de photographie. Lorsque ce club s’est éteint à la toute fin des années 90, il a cherché un fond pour réceptionner, héberger ses collections. Ils ont trouvé la SFP qui a réceptionné leurs archives, une partie de leurs collections notamment constituées par des expositions produites en mai 1968. Ces archives de mai 68 vont être exposées prochainement à la Bibliothèque Nationale de France (BNF).

Nous sommes détenteurs des droits d’auteur et les gérons jusqu’à 70 ans après la mort du photographe. Ensuite pour la diffusion des images, notamment pour celles de mai 68 il faut aller voir chaque auteur et chaque ayant droit pour négocier. Jusqu’aux photographes décédés dans les années 1947, nous sommes détenteurs du droit moral et du droit d’auteur sur les images que nous conservons. »

La SFP présente à l’international

« La SFP est beaucoup visitée par des conservateurs étrangers qui sollicitent ses archives comme les conservateurs français, mais aussi des étudiants. Elle est reconnue à l’international comme étant l’un des lieux de conservation du patrimoine photographique. Cela dit, c’est une action compliquée, nous restons une association privée et c’est une fierté d’être toujours vivant aujourd’hui alors qu’il y a des associations qui depuis très longtemps, notamment en Angleterre, se sont dessaisies de leurs collections puisqu’ils n’avaient plus les moyens de les conserver.

Aujourd’hui à l’international, la SFP est peut-être moins présente qu’elle n’a pu l’être au 19e siècle avec cette nécessité d’échange, de publication. Le rôle d’Académie de la photographie qu’avait la SFP au 19e siècle jusqu’à l’entre-deux-guerres a été aussi un rôle très connecté avec d’autres sociétés en Allemagne, aux États-Unis et en Angleterre. Il y avait une sorte de réseau de ces académies de photographie sur l’échange d’informations. Aujourd’hui il est autre, c’est un rôle de conservation et de mise à disposition d’oeuvres qui sont prêtées, représentées dans des catalogues ou mises à la disposition des chercheurs. »

Une réflexion sur la dématérialisation de l’image

Aujourd’hui l’image est dématérialisée et les photographies peuvent être stockées numériquement. Cela implique des changements dans l’archivage et la conservation des photos, et pose quelques questions sur la pérennité de ce moyen.

« Nous avons changé d’ère, mais ça ne date pas d’hier. En explorant un peu l’Histoire de la photographie on se rend compte que chaque révolution technique que ce soit celle du Kodak, à la fin du 19e siècle, mais même avant avec l’apparition du daguerréotype, l’apparition du calotype, l’apparition de chaque technique produit des débats sur le changement de matérialité de la photographie. Aujourd’hui c’est une industrie, elle a fait le pari et c’est normal, du numérique, pas tant en termes de médium qu’en termes de facilité de diffusion de l’image.

On peut se poser des questions sur la conservation des exemples qui apparaissent aujourd’hui comme étant quelque chose de relativement courant, mais qui à terme seront les archives de demain. En termes de lisibilité de support : qu’est-ce qui nous permettra demain de lire nos archives photographiques ? Que peut-on conserver ? A-t-on la place de conserver tout ça et quels seront les supports, les médiums qui permettront de lire demain les images que l’on produit aujourd’hui ? En termes strictement photographiques, il est encore possible aujourd’hui de faire des tirages de négatifs qui ont été produits dans les années 1840, nous avons les négatifs papiers et encore la chimie pour le faire. On peut révéler, produire des images à partir de ces négatifs. Je ne suis pas certain que dans 150 ans on puisse encore lire les fichiers numériques qui sont produits aujourd’hui. »

Le devoir de mémoire et de transmission de la photographie

Depuis la révolution du numérique, la photographie a subi des évolutions techniques tant en termes de prise de vue que de tirage, qui l’ont rendue accessible à tous et d’usage courant. Néanmoins la photographie a été difficile à mettre en place, elle est le fruit de longues recherches sur l’impression de la lumière ainsi que sur les supports. Permettre à des institutions comme la SFP de subsister, c’est conserver des photographies témoin de l’Histoire de la photo à la portée de tous.

« Cultiver et conserver le patrimoine de la photographie c’est surtout cultiver une certaine idée de l’Histoire de la photographie et pouvoir avoir des exemples pour diffuser auprès du public l’histoire de cette image. »

« Conserver et diffuser ces premiers exemples de la photographie c’est susciter de la recherche, mais aussi produire une culture autour de l’image photographique. » Si Paul-Louis Roubert constate un retour à l’argentique dans les générations d’aujourd’hui, comme une mode, ce qu’il peut entre autres observer à l’université Paris VIII où il enseigne, c’est selon lui également une nécessité de s’intéresser à l’histoire de l’image.

« Cela veut dire s’intéresser à la façon dont une image a été produite, mais c’est également une manière de rester conscient que la photographie n’a pas toujours existé, qu’elle possède une constitution et une histoire bien à elle. On oublie trop souvent que c’est une image qu’il a été compliqué de diffuser dans le public alors qu’elle avait une vocation démocratique dès le début. Dès 1839, Daguerre conçoit la photographie comme étant une image démocratique, et surtout Arago qui va faire la publicité politiquement de cette image utilisable et lisible par tous. »

Merci à Paul-Louis Roubert d’avoir répondu à nos questions.

Infos pratiques
Société française de photographie (SFP)
71, rue de Richelieu
75002 Paris
Ouvert au public les lundis & jeudis de 14h à 18h30 sur rendez-vous

Vous pouvez consulter les collections et les photographies numérisées sur le site de la SFP. Vous pouvez adhérer à la SFP pour bénéficier d’un accès aux collections et à la bibliothèque.