Coup de tonnerre dans le petit monde des logiciels photo : Adobe vient d’annoncer le rachat de Topaz Labs. Le géant californien met ainsi la main sur les logiciels photo et vidéo de Topaz et sur ses modèles d’IA, sans oublier une technologie très prometteuse, qui réduit drastiquement la mémoire vidéo consommée par les systèmes d’intelligence artificielle. Décryptage.

Dallas, ton univers impitoyable…
Fondé en 2005 et installé à Dallas, au Texas, Topaz Labs a fait figure de pionnier dans les logiciels IA pour la photo. Le principe : utiliser l’intelligence artificielle et le Deep Learning pour supprimer les défauts jusqu’ici rédhibitoires sur les images : bruit numérique, manque de détails, faible définition, etc. Sur Phototrend, notre premier article traitant de l’une des solutions de Topaz remonte à 2016, avec un test de DeNoise 6.

Plus récemment, la firme s’était fait remarquer avec ses logiciels tout-en-un, Topaz Photo (lire notre test) et Topaz Video avec notamment des algorithmes d’upscaling prometteurs. Parallèlement, elle propose un certain nombre d’outils web, qui peuvent être intégrés au sein d’autres solutions via un jeu d’APIs afin de pouvoir manipuler et améliorer ses fichiers dans un flux de travail moderne.
C’est donc un vaste écosystème logiciel qu’Adobe vient racheter. L’annonce est intervenue le 25 juin dernier. Coïncidence du calendrier, Adobe annonçait quelques jours auparavant les mises à jour de Lightroom qui incluaient plusieurs fonctionnalités développées par Topaz.

La transaction, dont le montant n’a pas été communiqué, devrait être effective au cours du second semestre 2026, après approbation par les régulateurs américains. Elle suit de près le rachat par Adobe de Semrush (novembre 2025), l’un des outils de référence dans le SEO, pour 1,9 milliard de dollars. On se souvient aussi de sa tentative de rachat de Figma (septembre 2022), la solution bien connue des designers web, pour 20 milliards de dollars, finalement abandonnée fin 2023.

Topaz : des outils pour les studios aux solutions d’IA les plus avancées
Au-delà des logiciels destinés au grand public, Topaz Labs s’est construit une solide réputation auprès des studios de production TV et cinéma. En effet, l’entreprise propose depuis plusieurs années des solutions pour l’amélioration de la qualité des rushs vidéo.

Ceci concerne la restauration de pellicules anciennes, mais également de séquences numériques faiblement définies (480 ou 720p). Topaz avait d’ailleurs été récompensé, en décembre 2025, d’un Emmy Award for Image & Video Technology, pour la « restauration en haute qualité de catalogues pour la télévision ».
Ce rachat permet aussi à Adobe d’acquérir plusieurs modèles d’IA générative développés par Topaz : Starlight Precise, Wonder 3, ou encore Astra 2. Adobe met également (et surtout) la main sur la technologie NeuroStream de Topaz, développée avec Nvidia. Ce système d’optimisation de la mémoire vidéo (VRAM) doit permettre d’exécuter localement des modèles d’IA très gourmands sur des cartes graphiques grand public.

À la clé : de substantiels gains en matière de maîtrise des coûts et de confidentialité des données. Topaz promettait de réduire jusqu’à 95 % la quantité de mémoire utilisée, une prouesse jusqu’ici impensable. De quoi constituer un atout stratégique de poids pour Adobe dans la course à l’IA locale.
Adobe : doper les capacités de Firefly à moindre frais
Derrière cette « concentration horizontale », l’objectif d’Adobe est donc clair. Le géant californien absorbe l’un de ses rivaux les plus avancés en matière d’IA générative pour la vidéo professionnelle, et en profite pour doper les capacités de Firefly, son écosystème maison.
On notera d’ailleurs qu’Adobe n’a pas attendu ce rachat pour « s’ouvrir » aux solutions concurrentes. En vidéo, on peut ainsi avoir recours aux moteurs Veo (Google), Runway ou Kling depuis l’interface de Firefly.

« Les créateurs produisent de plus en plus de contenu en combinant des images et des vidéos capturées et générées [par IA, NDLR]. Grâce à Topaz Labs, nous offrirons à chaque créateur la qualité et le contrôle nécessaires pour produire facilement ce contenu avec une qualité et une définition supérieures », indique David Wadhwani, président de la division Créativité et Productivité d’Adobe.
Néanmoins, l’annonce de ce rachat plonge les utilisateurs historiques des logiciels de Topaz Labs dans l’inconnu. En effet, bon nombre de studios de production utilisent les solutions de Topaz en parallèle de logiciels comme Avid Media Composer ou DaVinci Resolve.

Pour l’heure, Adobe se montre rassurant et indique que les logiciels de Topaz resteront accessibles indépendamment de ses propres solutions (Firefly ou Creative Cloud). Mais il est fort à parier que le californien opérera un rapprochement stratégique entre ses différents produits, amenant les utilisateurs « historiques » de Topaz à passer par Adobe.
Omniprésent dans de nombreux domaines (photo, PAO, CAO, etc.), Adobe fait aussi l’objet de nombreuses critiques, notamment en raison de la fiabilité parfois aléatoire de ses logiciels sur certaines configurations matérielles, mais aussi pour sa politique tarifaire.
Plus que jamais, le géant californien cherche à se rendre incontournable dans les écosystèmes de la photo et de la vidéo professionnelles, et à ne pas rater le grand virage de l’intelligence artificielle.



