Sony s’allie à TSMC pour produire la prochaine génération de capteurs photo

La seule alternative face à la crise ?

Sony Semiconductor Solutions et TSMC ont annoncé le 8 mai 2026 la signature d’un protocole d’accord non contraignant. Ensemble, les deux entreprises visent à créer une joint-venture dédiée à la conception et à la fabrication de capteurs de nouvelle génération.

Sony alliance TSMC

Un rapprochement de géants

Sony Semiconductor Solutions (la branche dédiée aux capteurs) et la firme taïwanaise TSMC posent les bases d’une coentreprise dédiée au développement de futurs capteurs photo. Sony en serait l’actionnaire majoritaire et contrôlerait la structure. La production serait installée dans la nouvelle usine Sony située à Koshi, au Japon.

Côté technique, la répartition des rôles serait assez limpide. Sony apporterait son expertise dans l’architecture des capteurs CMOS empilés (Exmor RS) ou à global shutter, tandis que TSMC injecterait notamment son savoir-faire en termes de gravure fine.

Une logique de réduction de coûts

Les deux groupes affichent l’ambition d’aller plus loin sur la performance brute, c’est-à-dire la vitesse de lecture, la dynamique et la sensibilité. Ils ciblent également des marchés adjacents comme l’imagerie automobile, la robotique et ce que Sony nomme désormais les « applications physiques de l’IA ».

Sony alliance TSMC

Pour Sony, il s’agit surtout d’un virage stratégique. D’après des propos rapportés par Bloomberg, Hiroki Totoki, directeur général du groupe, parle d’un « premier pas vers un modèle fab-lite », c’est-à-dire une organisation où Sony conserverait la R&D et la propriété intellectuelle sans assumer seul l’intégralité de la production. Une logique déjà appliquée à la branche des téléviseurs Bravia avec TCL, et qui répond aux contraintes croissantes liées à la fabrication de produits de haute technologie en grandes quantités.

Sony : un leadership à consolider

Sur le marché des capteurs d’image, Sony domine très largement, avec plus de 50 % de parts de marché sur le secteur de la téléphonie mobile, ainsi que la majorité des capteurs équipant les hybrides, compacts et caméras actuels, qu’ils soient signés Leica, Panasonic, Blackmagic, Nikon ou encore Fujifilm.

Toutefois, la marque est confrontée à ses propres limites. Historiquement, Sony excelle dans l’architecture des capteurs (empilage, pixels rétroéclairés, global shutter). Mais le géant japonais n’aurait pas la capacité de fabriquer en interne des circuits électroniques nécessitant une gravure ultra-fine (moins de 5 nm). L’idée est donc de faire appel à TSMC, véritable spécialiste de ces procédés.

En outre, cette joint venture permettrait à Sony de rester compétitif face à Samsung, qui détient la capacité de produire l’intégralité du capteur en interne (intégration verticale). Un point illustré par les rumeurs autour d’Apple, qui se tournerait vers Samsung pour la fabrication de capteurs empilés à trois couches (avec mémoire embarquée) pour ses iPhone, au détriment de Sony, justement.

L’architecture de capteur à 3 couches, telle que présentée par Sony en 2021

Ensemble, les deux entreprises pourraient également œuvrer à la conception de capteurs plus ambitieux. Parmi les défis que Sony entend relever, mentionnons la montée en définition sans pénalité sur la vitesse de lecture, ou encore la conception d’un capteur global shutter à un coût enfin compatible avec un boîtier grand public.

Pour TSMC, cette future alliance serait aussi un nouveau levier de développement. Le géant taïwanais du silicium s’offrirait un client supplémentaire, permettant ainsi de mutualiser les coûts de développement considérables de ses fonderies. De plus, TSMC pourrait ainsi consolider sa présence au Japon (où l’entreprise possède déjà une usine, à Kikuyo, via sa filiale JASM), en parallèle de son développement aux États-Unis et en Allemagne. Soit une manière de sécuriser son avenir face au risque d’invasion chinoise de Taïwan.

Enfin, à plus long terme, une plus grande capacité de production signifie moins de tensions sur l’approvisionnement (comme celles que Sony avait connues en 2019 et 2020 du fait du Covid). Et l’on sait que la conjoncture actuelle pèse fortement sur de nombreux secteurs : Sony a d’ailleurs dû cesser la production de ses cartes mémoire.

Plusieurs inconnues

Reste que le calendrier demeure flou. L’accord est encore non contraignant et les investissements seront engagés par paliers, selon la demande. La signature ferme est attendue dans les mois qui viennent.

Coûts d’usine astronomiques, tensions géopolitiques autour des semi-conducteurs, marges en érosion : entre cet accord et le rapprochement avec TCL pour les téléviseurs, Sony bascule vers des logiques d’alliances qui peuvent parfois surprendre.