Nikon avait revendu MRMC à un fonds britannique, la filiale entre déjà en liquidation

Spécialiste mondial de la robotique de prise de vue, Mark Roberts Motion Control (MRMC) appartenait à Nikon depuis 2016. En mars 2026, le groupe japonais annonçait sa revente à un fonds d’investissement britannique. À peine deux mois plus tard, la société est entrée en liquidation. Une issue rapide qui interroge sur les conditions réelles de cette cession.

MRMC, 60 ans de robotique de prise de vue

Fondée en 1966 par l’ingénieur Mark Roberts, MRMC s’est imposée comme une référence du « motion control », ces systèmes robotisés qui permettent des mouvements de caméra automatisés, précis et parfaitement répétables. Basée à Blindley Heath, dans le Surrey, l’entreprise conçoit, fabrique, vend et loue ses solutions au Royaume-Uni.

Sa technologie a été utilisée sur plus de 300 films, des productions qui ont cumulé des milliards de dollars au box-office. Côté catalogue, MRMC est notamment connue pour son bras haute vitesse Bolt, pour le système Milo et, plus récemment, pour sa gamme Cinebot (Nano, Mini et Max).

Au-delà du cinéma et de la publicité, la société s’était diversifiée dans la robotique broadcast, l’automatisation de studio et la captation immersive. Parmi ses installations de référence : le studio de production virtuelle Catalyst Stage d’ESPN aux États-Unis, le studio d’information d’Al Jazeera, ou encore des dispositifs de captation pour de grands événements sportifs. L’entreprise célébrait justement ses 60 ans en 2026 et préparait le salon NAB avec le lancement du Cinebot Nano. Elle employait alors plus de 100 personnes.

MRMC: 60 Years In Motion

Pourquoi Nikon avait racheté MRMC en 2016

Nikon avait annoncé l’acquisition de la totalité des parts de MRMC le 19 septembre 2016, pour une finalisation en octobre de la même année. À l’époque, la société comptait une cinquantaine de salariés et était dirigée par Assaff Rawner, un membre fondateur.

L’objectif affiché par Nikon était clair : se positionner sur un marché en pleine expansion. Le groupe évoquait alors « une demande croissante de solutions automatisées dans l’industrie de l’image ». L’idée était de croiser la robotique de MRMC avec les technologies d’imagerie de Nikon et son réseau de distribution, pour étendre l’activité du groupe vers de nouveaux secteurs.

Une revente à un fonds d’investissement britannique

Le 26 mars 2026, Nikon a annoncé la cession de l’intégralité de ses parts dans MRMC à MRMC Bidco Limited, une entité créée par le fonds d’investissement britannique Blandford Capital LLP, basé à Poole (Dorset).

Pour justifier la décision, Nikon est resté évasif, expliquant simplement avoir « réexaminé son portefeuille d’activités ». Le contexte général de l’opération est néanmoins notable. Nikon se sépare de MRMC alors que le groupe accentue au contraire ses investissements dans la vidéo cinéma, après le rachat de RED en 2024 et le lancement de sa gamme Cinéma avec la Nikon ZR.

Dès l’annonce, certains observateurs s’interrogeaient sur la nature de l’opération. Nos confrères de chez CineD posaient la question directement : l’enjeu était de savoir si Blandford Capital allait investir pour accélérer la croissance, ou s’il s’agissait « avant tout d’une opération de restructuration financière ».

Une liquidation deux mois après la vente

La réponse n’a pas tardé. Le 22 mai 2026, soit moins de deux mois après l’annonce de la vente, Mark Roberts Motion Control Ltd a été mis en liquidation. L’information est confirmée sur le site de MRMC. Lee Manning et James Thompson, du cabinet S&W Partners, ont été nommés liquidateurs conjoints et contrôlent désormais les actifs et les affaires de la société.

Une précision s’impose sur les termes employés. Il ne s’agit pas d’une « faillite » au sens américain, mais d’une procédure de liquidation de droit britannique, encadrée par l’Insolvency Act de 1986. Concrètement, des liquidateurs prennent la main sur l’entreprise pour gérer ses actifs et ses dettes.

Ce qu’il faut en retenir

À ce stade, ni Nikon ni Blandford Capital n’ont communiqué sur les raisons précises de cette liquidation éclair. La séquence reste toutefois troublante : une entreprise de 60 ans, encore présente sur les salons et porteuse de lancements produits, disparaît en tant qu’entité quelques semaines après son rachat par un fonds.

Le scénario rappelle une mécanique connue, où un véhicule d’investissement rachète une société avant qu’elle ne soit rapidement liquidée ou restructurée. C’est précisément le risque qu’avaient pointé certains observateurs dès l’annonce de la vente. Reste à savoir ce qu’il adviendra de la marque, des technologies et des salariés de MRMC, un point sur lequel les liquidateurs n’ont pas encore communiqué.