Un nouveau regard sur le cosmos et le Mont Saint-Michel. Au petit matin du 1er novembre 2021, quelques jours avant le retour sur Terre de Thomas Pesquet, le photographe normand Maxime Oudoux a réussi l’exploit de capturer le passage de l’ISS à la verticale de la Merveille. Une superbe photographie qui a nécessité une longue phase de planification, comme nous l’explique son auteur.

L’éphémère passage de Thomas Pesquet au-dessus du Mont Saint-Michel, quelques jours avant son retour sur Terre

Depuis la Station Spatiale Internationale, l’astronaute français Thomas Pesquet nous a livré de splendides clichés de la Terre. Parmi les nombreux monuments photographiés, le Mont Saint-Michel n’a pas été oublié, ayant été survolé et photographié à plusieurs reprises.

Mais ici, les rôles sont inversés ! « Pour une fois, les places sont échangées (entre 2 photographes Normands d’origine, de surcroît) », note le photographe Maxime Oudoux, non sans une pointe d’humour.

Quelques jours avant le retour de l’astronaute sur Terre, ce photographe professionnel de 31 ans a décidé d’immortaliser le passage de l’ISS dans le ciel normand, à la verticale du Mont Saint-Michel.

© Maxime Oudoux

 » Il était 6h13 lorsqu’un point très brillant a émergé de la nuit, pour se déplacer rapidement sans un bruit au-dessus de l’Abbaye, puis « redescendre » vers l’horizon Est (à droite), là où l’aube commençait à poindre (d’où le ciel plus clair avec des couleurs bleutées et magenta plus prononcées) », indique Maxime Oudoux.

« Pour l’équipage de l’ISS, à plus de 350 km d’altitude, le soleil s’est levé, tandis qu’au niveau du Mont, la nuit était encore bien présente. 4 minutes plus tard, l’ISS plonge vers l’horizon et s’évanouit dans les toutes premières lueurs du jour, à plus de 28 000 km/h ».

Il en résulte un cliché d’une grande beauté. Se détachant d’un ciel bleu outre-mer, le Mont Saint-Michel projette sa silhouette illuminée par les projecteurs. Juste au-dessus, l’ISS dessine une superbe parabole, trace éphémère du passage de la station spatiale – et de la présence humaine au-delà des frontières de notre planète bleue.

© Maxime Oudoux

Et, comme le rappelle son auteur, cette image est unique en son genre : « il s’agit de la première et seule représentation de la Station Spatiale Internationale au-dessus du Mont Saint-Michel, avec son transit quasiment complet et correctement orienté », indique Maxime Oudoux.

Loin d’être un travail isolé, cette photographie s’inscrit dans sa série « Les couleurs de la nuit », qui vise à mettre en exergue toute la richesse des couleurs, des lumières et des nuances des ciels nocturnes. Une série qui a déjà fait l’objet de plusieurs expositions.

Enfin, on ne pourra s’empêcher de noter une petite ressemblance avec le château du générique des films Disney !

Une intense planification

Au-delà de son attrait esthétique indéniable, ce cliché témoigne d’une grande maîtrise technique. Il a demandé une grande préparation, ne laissant rien au hasard. Maxime Oudoux nous livre plusieurs explications très intéressantes

« Cette image, composée de 40 photos (formant un grand panoramique), était planifiée depuis plus d’un mois. En effet, les passages de la station spatiale sont connus et il est possible de savoir quand et où se placer pour capturer sa traversée dans le ciel selon notre position sur Terre », précise-t-il.

© Maxime Oudoux

 » L’ISS n’est pas visible toutes les nuits et ne passe pas forcément où on le souhaiterait : elle passe parfois vers le sud, ou bien elle n’est éclairée que sur une petite portion de son passage dans le ciel. Il faut donc sélectionner les bons moments permettant d’obtenir cette belle trajectoire visible, ample et généreuse, et dans la direction souhaitée », indique le photographe.

« Pour cette image, trois créneaux successifs étaient possibles : le samedi 30 et 31 octobre ainsi que le 1er novembre, tous au petit matin. Trois tentatives qui n’étaient pas de trop… Il a fallu composer avec une météo automnale exécrable, qui a ruiné les 2 premiers passages de l’ISS samedi et dimanche matin. Heureusement, la 3ème et dernière tentative fut la bonne », explique Maxime Oudoux.

« Lors de la prise de vue, j’étais à la fois anxieux et émerveillé de voir cette scène se produire pour de vrai, elle qui n’était que conceptualisée dans ma tête, sur des cartes du ciel et soumise au bon vouloir de la météo. Je vous avoue avoir poussé un long soupir de soulagement une fois que l’ISS a disparu à l’Est ! », ajoute-t-il.

Quel matériel Maxime Oudoux a-t-il utilisé pour cette photo ?

Pour capturer ce cliché, le photographe a employé un reflex Nikon D750, dont le capteur a été « défiltré ». Ce procédé consiste à retirer le filtre anti-infrarouge d’origine. Il est remplacé par un filtre Astrodon. Ainsi paré, l’appareil n’est plus limité à la capture des longueurs d’ondes visibles à l’œil nu. Il peut ainsi capturer tous les objets célestes du ciel profond – ce qui représente un avantage considérable pour l’astrophotographie, comme vous vous en doutez.

© Maxime Oudoux

Sur ce boîtier, Maxime Oudoux a utilisé un objectif Samyang 35 mm f,4 AS UMC. Une focale fixe manuelle et ultra-lumineuse. Côté trépied, le photographe a employé un Benro Tortoise TTOR34C, couplé à une tête panoramique Nodal Ninja VI RD-16. Cette dernière était couplée à l’accessoire EZ Leveller II, qui facilite la capture d’images panoramiques.

L’image finale se compose d’un assemblage panoramique de 40 photos (avec déplacement du boîtier), avec un suivi de la trajectoire quasi-intégrale de l’ISS sur 17 photos. Pour le post-traitement, l’artiste utile le logiciel AutoPano Giga (pour réaliser le panorama d’ensemble), ainsi que sur Photoshop et DxO PhotoLab.

Il ne nous reste donc plus qu’à féliciter Maxime Oudoux pour ce superbe cliché, ainsi que pour son impeccable maîtrise de l’astrophoto… et du sens de l’à-propos !

Retrouvez le travail de Maxime Oudoux sur son site Internet, sur Facebook et sur Instagram. Des tirages de ses photos sont disponibles.