Présenté en septembre 2018, Le Canon EOS R fête ses 3 ans en cette rentrée. Cette première proposition hybride plein format de Canon a assurément fait parler d’elle, ravi certains, déçu d’autres, mais a été le premier pas vers la gamme très étoffée que l’on connait désormais avec les R, RP, R6, R5 et R3. Que peut-on en dire 3 ans plus tard ? Voici mon retour personnel sur l’EOS R après 3 années d’utilisation.

Introduction

Une fois n’est pas coutume, cet article sera très diffèrent de nos publications habituelles. Il sera plus personnel. Chez Phototrend, nous avons la chance de tester ce qui se fait de mieux en matériel photo. Nous nous attachons à vous faire des remontées terrain, allant plus loin que la simple lecture d’une fiche de spécifications techniques. Nous avons également pu constater comment les avis peuvent être tranchés dans la communauté des photographes, comment le marketing de certaines marques peut faire passer des produits pour plus qu’ils ne sont ou comment certains défauts peuvent être magnifiés plus que nécessaire sur le web.

Il n’existe pas de boitier parfait… ou du moins, pas encore. Nous avons tous différentes sensibilités, différents cas d’usage et différents besoins. Avant de poursuivre, il est important de préciser que les lignes qui vont suivre décriront mon expérience, celle d’une pratique photo professionnelle en voyage, en mariage et un chouïa de portraits en studio. Cette expérience n’est pas nécessairement transposable pour celle/celui qui a une pratique animalière, sportive ou s’intéresse de près à la production vidéo.

EOS R + RF 24-70mm f/2.8 L IS USM

Mes collègues de la rédaction considèrent ce post comme ma déclaration d’amour au Canon EOS R. A bien y réfléchir, comme avec une bonne épouse, nous avons eu nos hauts et nos bas mais après avoir appris à la connaitre, je sais que je peux compter sur elle. J’ai acheté mon premier EOS R en novembre 2018. Comme beaucoup de photographes équipés de plein format à ce moment-là, j’étais désireux de voir maigrir mon kit et je confesse que je contemplais un passage chez Sony faute de proposition crédible chez Canon. L’EOS R est tombé à point nommé. Bonus : il me laissait conserver tous mes objectifs de l’époque.

Test Sigma 50mm f/1,4 DG HSM Art monture EF : encore plus séduisant sur hybride plein format Canon EOS R

Les points de l’EOS R qui m’ont séduit

Perte de poids

Mon kit voyage de prédilection se composait d’un Canon 5D Mark III, d’un Sigma 24-105 mm f/4 et d’un Sigma 35 mm f/1,4 ART pour un total de 2,5 kg. L’adoption d’un EOS R, d’un Canon RF 24-105 mm f/4 L USM et du Canon RF 35 mm f/1.8 Macro faisait passer l’ensemble à 1,6 kg. En voyage ou randonnée, cette différence de 900 g est énorme.

Gain de multiples fonctionnalités


Les arguments au bénéfice de l’hybride en comparaison au reflex sont déjà bien connus et l’EOS R ne manque pas d’atouts. Un outil aussi simple qu’un écran orientable sur rotule – dont ne dispose pas les Canon EOS 5D – offre d’incroyables avantages pratiques pour shooter au-dessus des foules ou à ras du sol. Utiliser un trépied d’une hauteur de 1 m 40 avec un écran orientable, plutôt qu’un trépied de 1 m 80 lorsque l’on compose via le viseur, peut faire économiser jusque 500 grammes sur le poids de son kit. Il n’est pas étonnant de voir reconduire cet écran sur les Canon R6, R5 et R3 : il est une véritable force.

Les nouvelles fonctionnalités proposées ne s’arrêtent pas là. On peut aussi penser à la détection de l’œil, les points autofocus répartis sur l’intégralité du capteur plutôt que dans le centre, la possibilité de contrôler son exposition en réel ou le focus peaking qui ressuscite nos objectifs 100% manuels.

Format CRAW pour des fichiers RAW allégés

Les services cloud comme les disques durs de sauvegarde finissent vite par représenter un certain budget lorsque l’on est professionnel. Le format CRAW (RAW compressé) me fait gagner de l’argent.

Une carte de 64 Go qui normalement aurait accueilli 800 photos en option JPEG+RAW peut désormais enregistrer 1800 photos avec le CRAW. 3 ans plus tard, je n’ai toujours pas constaté de pertes visibles de qualité lorsque j’ai besoin de faire des corrections d’exposition de 2IL sur un contre-jour.

Bague d’adaptation hyper fiable

Avec la bague d’adaptation EF/RF, les performances des objectifs EF sont améliorées. Les Sigma Art, célèbres pour leurs tendances au back/front focus, deviennent hyper fiables. Les très chers cailloux série L ouvrant à f/1,2 qui demandaient même aux plus aguerris d’entre nous de faire de multiples tentatives pour s’assurer un cliché réussi trouvent ici une jeunesse et une fiabilité qu’on ne leur connaissait pas.

La bague EF/RF est surtout l’assurance de bénéficier d’un parc impressionnant d’objectifs transférables sur la nouvelle monture RF.

Quelques nouveaux objectifs très spéciaux

La monture RF a ramené son lot de pépites. On peut évoquer l’excellent 50 mm f/1,2, le RF 28-70 mm ouvrant à f/2 ou le RF 70-200 mm f/2,8 dont les dimensions sont révolutionnaires, mais ces objectifs s’affichent à des tarifs un peu déraisonnables.

Test du Canon RF 50 mm f/1,2 L USM : premier de la classe

Un objectif beaucoup plus banal, plus accessible mais lui aussi révolutionnaire est le RF 24-105 mm f/4. Il est compact et léger, sa stabilisation 5 IL est infaillible et il ne concède, selon moi, pas énormément de performance optique à son ainé RF 24-70 mm f/2,8.

A l’époque des reflex, il était coutume d’avoir des équivalents f/4 moins coûteux que les variantes f/2,8 mais ceci se faisait toujours au prix d’une baisse de qualité au chapitre du piqué ou de la résistance au flare. On peut désormais dire qu’à l’exception de l’ouverture maximum, il est difficile de distinguer ces 2 objectifs. Ce constat se vérifie aussi avec les 2 objectifs 70-200 mm.

Cette liste n’est pas exhaustive, on peut ajouter d’autres points comme le très bon capteur de 30 Mpx repris du Canon EOS 5D Mark IV dont la dynamique et la montée en ISO sont impeccables, un excellent viseur électronique, le Dual Pixel autofocus et une ergonomie toujours aussi bien pensée.

Depuis 2018, Canon a proposé pas moins de 8 mises à jour firmware pour améliorer diverses fonctionnalités, les plus notables étant le suivi autofocus et la détection de l’œil. A l’usage, ce boitier est désormais très différent de celui que j’ai acheté, beaucoup plus performant, un plaisir à utiliser… mais il n’est pas parfait.

Détection de l’oeil

Mes quelques griefs avec le Canon EOS R

On ne va pas se mentir, ce boitier vient avec de nombreuses curiosités. Certaines sont anecdotiques et pas vraiment pénalisantes, d’autres peuvent être un frein pour un certains photographes.

La première est certainement l’absence d’un second emplacement pour carte mémoire. Sur un mariage, je n’aime pas l’idée que je puisse avoir une carte corrompue et soit dans l’incapacité de livrer ma prestation.

Il se trouve que mon style implique l’usage simultanée de 2 boitiers, un avec une focale large (généralement 24 mm) et un autre avec une focale serrée entre 50 mm et 85 mm. Je choisis seulement en post-traitement les photos ou le look que je souhaite livrer. Parce que je crée mon backup sur le terrain, je ne suis pas embêté par cette absence de redondance dans le boitier mais pour un produit lancé à 2500 €, il aurait dû proposer un 2e emplacement mémoire.

L’absence de stabilisation du capteur est aussi une déception. D’abord parce que tous les concurrents le proposent. Ensuite parce que même en photo, il peut y avoir un intérêt pratique à stabiliser une focale fixe pour gagner en ISO ou en profondeur de champ. Fort heureusement, les zooms de la marque sont excellents dans le domaine de la stabilisation.

L’absence d’intervallomètre en photo est une de ces curiosités purement marketing dont Canon a le secret. Le 5D Mark IV en est pourvu, le 6D Mark II et les EOS RP, R5 et R6 aussi. On peut faire un time-lapse vidéo mais impossible de programmer une série de photos pour les éditer manuellement ou n’en choisir qu’une.

L’absence de joystick était une crainte que j’ai rapidement surmontée. On peut piloter son collimateur via une caresse de l’écran et ceci fonctionne bien mieux que le joystick traditionnel.

C’est plus réactif, plus précis et bien plus rapide pour se rendre d’une extrémité à l’autre. Désormais sur mes boitiers Fujifilm, je me repose sur cette technique et n’utilise plus les joysticks. Je me sens quand même obligé de préciser que si vous vivez dans une région polaire et portez des gants, l’écran tactile ne marche plus très bien. Si vous utilisez une housse étanche pour de la plongée sous-marine, il devient impossible de piloter l’autofocus via l’écran.

Enfin la dernière limitation qui me vient à l’esprit est que le viseur électronique n’est pas adapté à l’animalier ou au sport. Avec 3,69 millions de points, la résolution est excellente mais si vous suivez un oiseau en vol pour effectuer une rafale et que celui-ci a des mouvements erratiques, l’image dans le viseur en rafale est en léger décalage avec la réalité et rend difficile le suivi. C’est très faible et ça ne se remarque pas dans un usage plus courant mais dans ces cas un peu extrêmes, la rafale et le rafraîchissement du viseur ne sont pas assez rapides.

Si le boitier n’est pas idéal pour cette pratique, des clichés animaliers restent possibles

La concurrence et l’arrivée des Canon EOS R5 & R6

Avec les quelques griefs évoqués plus hauts mais une satisfaction globale devant les performances de l’EOS R, j’attendais impatiemment l’arrivée des boitiers qualifiés de « pro » sur cette monture. Quand les R5 et R6 ont été officiellement annoncés, j’ai choisi d’investir dans des objectifs RF et de conserver mes EOS R.

Exemple de l’excellent Canon RF 15-35mm f/2.8 L IS USM stabilisé, compatible avec des filtres standard et très compétent en paysage comme en astrophotographie

L’astrophotographie avec le Canon RF 15-35mm f/2.8 L IS USM

Test Canon RF 15-35 mm f/2,8 L IS USM : le zoom ultra grand angle sans faute (ou presque)

 

Comme tout boitier, l’EOS R a ses forces et ses faiblesses mais il doit avant tout s’apprécier en rapport avec son tarif. Désormais disponible neuf à 1800 €, c’est une proposition très attractive et je dirais même l’un des boîtiers au rapport qualité/prix le plus intéressant sur le marché. 1799 € c’est 400 € moins cher qu’un Sony A7 III (hors promo), certes stabilisé mais avec un viseur un peu limite à 2,3 millions de points et dont l’ergonomie ne fait pas l’unanimité. 1799 € n’est que 100 € de plus qu’un Fujifilm X-T4, très bien doté mais dont la technologie autofocus et la montée en ISO restent en retrait face à l’EOS R.

La pénalité de taille du plein format n’est plus ce qu’elle était

Dans l’écosystème Canon, l’EOS 5D Mark IV est encore proposé à 2599 €. Outre le 2e emplacement mémoire et le joystick, il n’offre pas beaucoup plus. Il restera le préféré de ceux qui souhaitent conserver leur viseur optique ou jouir de l’autonomie des batteries XXL des reflex, mais au seul chapitre de la qualité d’image, il apparait cher pour ce qu’il offre en 2021.

EOS R6 : Le retour du bon vieux joystick

Les Canon R5 et R6 sont assurément de belles réalisations. Le retour d’un joystick traditionnel et un 2e emplacement mémoire répondent à ceux qui ne souhaitent pas s’en passer. Le capteur stabilisé est aussi un beau bonus. Toutefois, Canon facture au prix fort ce qu’il présente comme des nouveautés qui sont pourtant disponibles chez la concurrence depuis de nombreuses années et à des tarifs bien plus raisonnables. Parlons un instant de ce qu’ils apportent.

Lancé à 2689 €, l’EOS R6 est encore plus cher que n’était l’EOS R à sa sortie. Le capteur est désormais stabilisé, la possibilité de créer une copie de sa sauvegarde et une rafale jusqu’à 20 i/s réclament 50% de surcoût. Ce boitier souffre selon moi d’une double personnalité. D’un côté, pour ceux qui ont besoin de cette rafale pour des scénarios d’action, sport ou animalier, le Canon R6 est assez bon marché. Mais de l’autre, en occultant l’argument vitesse, 20 Mpx n’est pas un chiffre très impressionnant en 2021 et Sony, Nikon ou Panasonic proposent des boitiers plus définis et bien plus attractifs au niveau prix.

En mariage ou en voyage, je n’utilise que rarement les 8 i/s de l’EOS R et me limite généralement à 5 i/s : il est rare d’avoir des mariés qui courent dans l’église. Du coup, j’ai beaucoup de mal à justifier un tarif aussi élevé pour gagner une seconde carte mémoire, sachant que le sacrifice en résolution nuira à ma capacité à redimensionner mes images en post-traitement. Cela reste possible avec un R6, ce serait juste moins confortable.

Un 24mm transformé en 35mm via une découpe au couteau

D’un point de vue strictement photo, le Canon EOS R5 est identique au R6, à la résolution près. La possibilité d’enregistrer 20 i/s de 45 Mpx chacune est inédite et si ce gain de résolution serait bienvenu, à 4499 €, on peut s’offrir 2 EOS R et l’excellent RF 24-105 mm f/4 L IS USM.

Très peu d’entre nous ont besoin de 45 Mpx. Il s’agit davantage de gagner en flexibilité en post-traitement et s’offrir des capacités de redimensionnement lorsque l’on n’est pas idéalement placé. Il appartiendra à chacun de décider si le surcoût de 2700 € est justifié par rapport à un EOS R pour son cas d’usage. On ne va pas se mentir, le R5 est très désirable… mais 30 Mpx, c’est déjà pas mal 🙂

EOS R, un boîtier « canon », petit, léger, bon marché et performant

Après m’être attardé sur tous les paramètres de cette équation, pour mon cas d’usage, l’EOS R est un boitier canon (sans jeu de mots), petit, léger, bon marché et performant. Si le geek en moi rêve d’acquérir un EOS R5, j’ai du mal à le justifier d’un point de vue purement professionnel. Une fois de plus, tous les cas d’usage ne sont pas identiques et mon équation n‘intègre pas de considérations en vidéo car là… c’est une tout autre histoire.

Avant de vous laisser, voici quelques photos que j’ai pu réaliser avec l’EOS R, un boîtier que je ne suis pas prêt de quitter.