Lancé en 2017 via Kickstarter, le projet d’appareil photo argentique Reflex semble avoir du plomb dans l’aile. Cet ambitieux concept, qui renouait avec l’ère des boîtiers argentiques manuels – tout en apportant plusieurs innovations bienvenues – rencontre d’importantes difficultés. Un exemple qui vient hélas rappeler les aléas des campagnes de financement participatif.

Reflex : un projet trop ambitieux ?

Créer de toute pièce un boîtier argentique à la fois moderne et modulaire : tel étant le défi que s’est lancée l’équipe de Reflex. Fin 2017, le projet était lancé sur Kickstarter. Quelques 464 contributeurs étaient venus le soutenir, apportant plus de 150 000 €. Une somme montrant le réel engouement suscité par l’argentique, alors même que le numérique (hybrides et smartphones) sont omniprésents.

Il faut dire que le concept de Reflex était plutôt alléchant. Reprenant le design des boîtiers 35 mm d’antan, le boîtier devait ressembler à s’y méprendre aux mythiques boîtiers manuels de Minolta, Pentax, Nikon ou Canon.

Toutefois, il promettait de se distinguer par un certain nombre d’ajouts très pertinents : un dos interchangeable permettant de changer rapidement de pellicule en milieu de shooting, une monture « I-Plate » compatible avec les objectifs Nikon F, Olympus OM, Canon FD et Pentax PK. Sans oublier une cellule et un flash intégrés, une LED, un module Bluetooth Low Energy et une batterie rechargeable en USB-C.

Reflex : un reflex argentique 35mm à l’ère de la modernité

Le développement suspendu pour une durée indéterminée

Les livraisons des premiers exemplaires devaient intervenir moins d’un an plus tard, en août 2018. Mais ce délai s’est avéré intenable, en raison des nombreuses difficultés rencontrées par la startup Reflex. Réclamé par les nombreux contributeurs de la campagne Kickstarter, une réunion Zoom et un Live Instagram animé par le fondateur de Reflex, Laurence Von Thomas, confirme que le projet est bel et bien suspendu jusqu’à une date indéterminée.

Après avoir déménagé à Shenzhen, en Chine, en novembre 2018, afin de superviser le développement du boîtier, l’équipe de R&D s’est retrouvée face à plusieurs obstacles de taille. Ainsi, le boîtier devait utiliser un obturateur mécanique Sony ; toutefois, le modèle ayant cessé d’être fabriqué, l’équipe de Reflex s’est retrouvée sans solution.

L’équipe ne comptant pas d’ingénieurs disposant de connaissances suffisantes, la startup n’était pas en mesure de concevoir son propre obturateur. Depuis, la jeune entreprise a cherché à trouver d’autres solutions pour pouvoir livrer un premier prototype, mais en vain. Enfin, le retard pris par le projet est venu grever les finances de la startup, rendant impossible la finalisation du boîtier.

D’après les informations livrées par Laurence Von Thomas, 80 % du travail a déjà été effectué. Le projet n’ayant pu être finalisé, Kickstarter n’autorise pas le lancement d’une nouvelle campagne. Aussi, la startup cherche à s’allier avec une autre entreprise et à séduire de nouveaux investisseurs privés. Mais d’ici là, l’avenir de ce séduisant boîtier semble plutôt incertain.

Les campagnes de financement participatif, un tremplin assuré vers le succès ? Oui, mais pas toujours

Les mésaventures de ce projet viennent rappeler les incertitudes autour des projets lancés via Kickstarter (et les autres plateformes de financement participatif). Même en versant une généreuse contribution, le risque que le projet ne voie jamais le jour n’est jamais nul.

Cependant, les campagnes de financement participatif ont permis à de nombreuses initiatives de voir le jour. On pense ainsi aux sacs et aux trépieds de Peak Design, qui avaient fait leurs débuts via Kickstarter, au jeu de cartes The Photo Editing Deck ou encore aux hubs Hyperdrive pour Mac et iPad.

The Photo Editing Deck : un jeu de cartes rempli de conseils pour la retouche photo

Aussi, les campagnes de financement participatif peuvent s’avérer très intéressantes dans certains cas. En versant une contribution, vous pouvez recevoir le produit en avant-première. Et ce, moyennant une somme inférieure à celle réclamée une fois l’objet vendu dans le commerce.

Cependant, la réussite des projets dépend de multiples facteurs – dont le niveau d’avancement du produit lors du lancement de la campagne… mais aussi une certaine dose de chance.

Verser une contribution, c’est donc parier sur la réussite du projet. Et comme pour n’importe quel pari, il est difficile de gagner à tous les coups.