A l’occasion de sa rétrospective organisée dans le cadre du festival « Photographie Mon Amour » à Metz, nous nous sommes entretenus avec Le Turk, photographe de mises en scènes baroques et burlesques, qui réalise lui-même l’intégralité de ses décors de studio. Vous avez déjà pu apercevoir Le Turk sur Phototrend avec notre Rencontre Club et la revue de son livre photo Opera Mundi. Place à l’interview.


Que faisiez-vous avant de vous lancer dans la photographie ? Pourquoi ce tournant ?

Au départ, j’étais passionné de musique et de dessin. J’ai découvert la photo en dirigeant un centre culturel, et je me suis aperçu que la photographie avait le pouvoir de raconter des histoires. J’ai alors transféré mon travail d’images de BD et dessins vers le medium photographique lorsque j’ai vu les possibilités qu’il offrait. Cependant, la photographie reste pour moi un point de passage, un tronc duquel se ramifient plusieurs branches, elle n’est pas une finalité en soi.

Vos photographies présentent un mélange incroyable de plusieurs styles et influences : théâtre burlesque, bande dessinées comics, peinture romantique, etc… Travaillez-vous consciemment sur ces références ? Pourquoi utiliser la photographie comme medium pour vos mises en scènes  ?

A vrai dire, je ne travaille pas vraiment consciemment sur les références, sauf lorsqu’il s’agit de références précises comme par exemple pour la recherche d’un costume. On vit tous avec une espèce de tambouille intérieure, de fond de marmite, comme une bibliothèque d’images et de films qui finissent par réapparaitre. Je tente d’en faire une synthèse, où tout ressort pêle-mêle. Et comme medium pour effectuer cette synthèse j’ai choisi la photo, parce qu’il me semble que ce dernier est intéressant dans le sens où il sous-entend que la scène représentée a existé, qu’il s’agit d’un instant bien réel que l’on a capturé. C’est ce décalage entre la mise en scène et l’instantanéité du regard photographique qui m’intéresse.

© Le Turk

Pouvez-vous me parler de vos inspirations ?

On a tous des artistes qui nous « hantent »  ; me concernant je peux citer Bruegel, Jerôme Bosch, Ottö Dix, la peinture flamande, l’école viennoise et son symbolisme, Delacroix bien évidemment, et puis Rubens ou Rembrandt, le top du top pour moi. J’avoue que l’abstrait en revanche ne me parle pas du tout.

Qu’est-ce qui vous pousse à réaliser vous-même vos propres décors ? Quand et comment avez-vous réalisé votre premier décor ?

En fait je ne me suis jamais réveillé un jour en me disant « tiens et si je réalisais mes propres décors ? » C’est le résultat d’un long processus qu’on gravit marche par marche : j’ai commencé par faire les brocantes, Emmaüs, par monter deux ou trois petits accessoires comme une colonne, et au fur et à mesure on apprend à devenir débrouillard, bricoleur, et on a de moins en moins de limites…jusqu’à fabriquer son propre faux sous-marin !

Quant au fait que je réalise moi-même mes propres décors plutôt que les déléguer la raison est simple : je préfère qu’ils soient mal faits par moi que bien par d’autres. Le décor est imbriqué dans la photo, il en est une part entière, je ne peux pas me permettre de déléguer ce qui représente la majorité du résultat final.

© Le Turk

Quelle est la logistique et combien de temps mettez-vous environ pour réaliser une photo ? Avez-vous une équipe pour vous aider dans la préparation et la mise en place ?

Jusqu’à présent j’ai toujours réalisé mes photos en solitaire, mais à Metz, au vu de l’ampleur du travail, j’ai un assistant ainsi que deux ou trois stagiaires pour m’aider dans le montage.

Quel est votre processus de création et de retouche ? Sur quel aspect travaillez vous le plus : éclairage, maquillage ou plus post-production ?

Auparavant, je retouchais beaucoup mes photos, sans doute parce que j’avais soif de surnaturel. Mais aujourd’hui pour la fresque que je réalise à Metz, je fais peu de retouches post-prod, je préfère me concentrer sur les lumières, le maquillage et le décor pour que la photo soit la plus proche possible de mes attentes, qu’elle me plaise telle qu’elle est. En revanche, sachant que je shoote mes mises en scènes en plusieurs morceaux, il y a forcément une partie de montage, où j’assemble les différentes prises de vues comme un puzzle pour réaliser une seule image.

Spécialiste de la mise en scène et de la photo de studio, vous n’avez jamais eu envie de créer des photos en extérieur ?

Non ça ne m’intéresse absolument pas. Je n’ai jamais été pris de l’envie de prendre mon appareil photo pour me balader dans les rues, je laisse ça à d’autres photographes qui s’en chargent bien mieux que moi. Je préfère la photo de studio où la mise en scène est cruciale, c’est ma manière de procéder.

© Le Turk

Vous allez bientôt être exposé au festival « Photographie mon amour » à Metz et êtes en train de réaliser une gigantesque fresque pour la Basilique Saint-Vincent, y a-t-il une raison à ce travail de titan réalisé en exclusivité pour la ville et son festival ?

Il y a quelques années j’avais soumis l’idée à Metz d’une grande oeuvre que je réaliserais sur place. Tout simplement parce que j’aimais beaucoup cette ville et qu’elle me semblait un endroit idéal pour m’atteler à un projet d’envergure. Alors quand ils ont lancé le festival « Photographie Mon Amour » j’ai répondu présent.

Festival photo à Metz : Photographie mon amour d’avril à juin 2019

Des projets pour plus tard ?

La prochaine étape pour moi sera de donner vie à mes images. Je ne sais pas encore quelle forme ça prendra ; film, images animées, etc…

Retrouvez le travail baroque et burlesque de Le Turk au festival « Photographie Mon Amour » à Metz et sur son site internet. Vous pouvez aussi vous procurer son livre photo