La mise au point en photographie, c’est toute une histoire en photographie et en vidéo. Si les appareils sont de plus en plus rapides et précis avec l’autofocus, il y a des moments où la mise au point manuelle est nécessaire et souhaitable. C’est le cas en faible lumière, mais aussi et surtout en utilisant des objectifs à mise au point manuelle (anciens ou récents, comme chez Samyang).

Pour aider le photographe dans cette tache, une fonction très utile a fait son apparition depuis les viseurs électroniques et les appareils hybrides : l’intensification de la mise au point, plus couramment appelée « focus peaking ».

En rouge, le focus peaking qui indique la zone de mise au point

Qu’est-ce que le focus peaking et à quoi sert-il ? C’est ce que nous allons voir dans ce Mercredi Pratique.

Une fonction inspirée du monde de la vidéo

Le focus peaking vient de la vidéo. Utilisée en premier sur les caméras afin d’aider les opérateurs à réaliser une bonne mise au point, cette fonction a progressivement dérivé vers le monde de la photographie, notamment grâce à Sony – fabricant de nombreuses caméras professionnelles – et sa gamme d’hybrides NEX. C’est sur le NEX-C3, sorti en 2011, que le focus peaking a fait son apparition dans le monde de la photographie, offrant une aide précieuse pour effectuer la mise au point.

Cette fonction a mis du temps à apparaître sur nos appareils photo pour deux raisons :

  • l’appareil devait nécessiter d’une puissance de calcul suffisamment importante pour analyser le signal en temps réel et l’afficher à l’écran
  • la majorité des appareils photo professionnels ou avancés étaient des reflex, avec un prisme et un viseur optique, sans possibilité d’afficher l’information dans le viseur. Il était tout à fait possible de l’afficher en Live View, mais cela ne s’est fait que tardivement, et pas sur tous les reflex.

Le focus peaking s’est ainsi démocratisé grâce à l’arrivée d’hybrides performants dotés de processeurs capables de traiter cette information tout en la retransmettant directement à travers le viseur électronique.

Mais au fait, qu’est-ce que le focus peaking ?

Le focus peaking fonctionne de la manière suivante : le capteur, exposé à la lumière de façon continue, analyse l’image en temps réel. En utilisant la même technique que l’autofocus à détection de contraste, le capteur détecte les bords les plus contrastés. Pour le capteur, ces bords à fort contraste correspondent aux zones nettes de l’image. Le processeur de l’appareil traite cette information et ajoute en superposition dans le viseur électronique une couleur sur ces bords contrastés. Une couleur claire et flashy, comme le rouge, le blanc, le bleu ou le jaune, sont ainsi affichés à l’écran et affichez les zones où la photo est nette, soit la profondeur de champ de la photographie.

En jaune, non ce n’est pas la plante, c’est le focus peaking

Pour mieux comprendre, voici une photo de l’écran en utilisant la fonction de focus peaking du Sony A7. On retrouve la même chose à l’écran, ce qui permet de garder l’oeil dans le viseur tout en ajustant la mise au point à l’aide de la bague de mise au point de l’objectif.

A f/13, la profondeur de champ est grande, le focus peaking le confirme avec du rouge des pavés au premier plan à l’arrière-plan

Parmi les options disponibles, on peut choisir le degré d’intensification ainsi que la couleur de la surimpression : c’est notamment pratique selon la scène que vous photographiez. Si votre sujet est blanc, vous n’allez pas utiliser les contours blancs dans les réglages – sauf si votre appareil ne vous laisse pas le choix.

Rassurez-vous, cette couleur ne sera pas visible sur votre photo finale.

À noter que le focus peaking est parfois également accompagné d’une autre fonction de loupe : en tournant la bague de mise au point de l’objectif, la zone où se trouve le collimateur (ou par défaut le centre) est agrandie de manière numérique pour permettre de régler encore plus finement la mise au point.

A quoi sert le focus peaking ?

Mais pourquoi utiliser le focus peaking plutôt que l’autofocus ou la mise au point manuelle ? Si votre scène s’accommode bien de l’autofocus, il n’y a en effet aucune raison d’utiliser le focus peaking, qui n’est rien d’autre qu’un mode d’assistance de la mise au point manuelle.

Le focus peaking s’utilisera donc dans toutes les situations où vous devrez passer en mise au point manuelle :

  • en vidéo, pour ne pas utiliser l’autofocus, source de bruit et de mouvement de mise au point parasites ;
  • en conditions de faible lumière, où l’autofocus patine ;
  • avec de vieux objectifs qui ne sont pas motorisés.

Sur le terrain, le focus peaking a deux usages :

  • permettre au photographe de vérifier sa mise au point en surlignant à l’image les zones nettes
  • permettre également de connaître l’étendue de la profondeur de champ selon l’ouverture choisie, sans faire appel à l’hyperfocale

Cette fonctionnalité est particulièrement utile en photographie macro, où le moindre petit décalage de mise au point a de lourdes conséquences sur l’image : en mise au point manuelle et à l’aide du focus peaking, il est possible d’affiner précisement la zone de mise au point.

Pourquoi n’ai-je pas de focus peaking sur mon reflex ?

Si vous utilisez un boîtier reflex, il y a peu de chance que ce dernier soit équipé du focus peaking pour une raison purement physique. Pour que le focus peaking puisse fonctionner, il faut que la surface du capteur soit exposée au moment de la visée.

Avec un reflex à pentaprisme et visée optique, cela signifie que le miroir doit être levé pour laisser passer la lumière vers le capteur plutôt qu’à travers le pentaprisme. Il devient ainsi assez compliqué de viser (car le viseur optique est obstrué par le miroir levé). C’est pour cette raison que le focus peaking est uniquement utilisé en mode Live View, lorsque le miroir du boîtier est relevé.

Et encore, c’est au bon vouloir du constructeur. Chez Nikon, le focus peaking vient de faire son apparition en Live View avec le Nikon D850. Il y a fort à parier que si les constructeurs le voulaient vraiment, il sera possible d’ajouter la fonction par mise à jour logicielle sur de nombreux boîtiers reflex récents.

Focus peaking, profondeur de champ et petit capteur

Si vous avez découvert le focus peaking par mégarde, par exemple sur votre smartphone (Lightroom Mobile et d’autres applications offrent cette option), vous vous êtes peut-être rendu compte qu’une grande partie de votre photo était colorée, du premier plan à l’arrière-plan. Cet écran bigarré a pour cause la taille du capteur de l’appareil photo.

Le focus peaking sur mobile : à gauche, l’application Halide / à droite, l’application Lightroom CC

En effet, plus le capteur d’un appareil photo est petit, plus la profondeur de champ est grande – l’ensemble des éléments de la photo peuvent facilement être nets. En utilisant le focus peaking, cela rend difficile le choix de la zone où faire la netteté, car justement tout est net. On touche ici aux limites des appareils photo à petits capteurs, qui permettent de dissocier plus difficilement les plans d’une image.

Conclusion

Le focus peaking a de nombreux avantages : faire revivre de vieux objectifs sur des appareils récents à l’aide d’une bague adaptatrice, aider à faire la mise au point en conditions de lumière difficiles, mais aussi tout simplement permettre aux personnes à la mauvaise vue d’y voir plus clair et d’en finir avec les photos floues.

Et vous, utilisez-vous le focus peaking sur votre appareil photo ?