Vincent Montibus a fait de la photographie son hobby, qu’il partage également avec sa femme Céline. Connu pour son travail essentiellement à l’argentique, il se consacre depuis quelque temps à la photographie de rue et alterne désormais entre la pellicule et le numérique.

Voici son interview.


Pour commencer, présente-toi en quelques lignes 

Bonjour à tous, je suis Vincent Montibus et j’ai 38 ans. Après avoir couvert des mariages et réalisé des séances photo comme professionnel, je me suis orienté vers la photo de rue. Le plus souvent dans les rues de Paris, j’ai toujours un appareil photo numérique ou argentique à la main. Toujours prêt à dégainer pour saisir LE moment.

© Leica M Type 240 - Leica Summicron 35mm Type IV - Flash SF20, Vincent Montibus

© Leica M Type 240 – Leica Summicron 35mm Type IV – Flash SF20, Vincent Montibus

Comment est-ce que tu t’es mis à la photo et quelles ont été les étapes importantes dans ton apprentissage ?

J’ai appris les bases de la photo (prise de vue, développement et tirage) au collège il y a un peu plus de 25 ans. Après une longue période sans vraiment faire de photos, je m’y suis remis au contact de ma femme qui elle aussi a le virus. Nous avons créé « Un nuage en bouteille » afin de proposer nos services en tant que photographes de mariage, grossesse, bébé et lifestyle. En parallèle de cette activité, j’ai continué à explorer d’autres domaines divers et variés de la photographie. Il y a environ 5 ans, j’ai eu envie de regoûter aux plaisirs des sels d’argent et je me suis remis à prendre des photos avec un appareil argentique. Depuis, j’ai toujours un appareil photo autour du cou et j’essaye de faire des photos tous les jours que ce soit en argentique ou en numérique.

© Vincent Montibus

© Vincent Montibus

Tes dernières séries de photos ont été prises à Londres et à Paris, pourquoi le choix de ces deux capitales ?

Les villes comme Paris, Londres, ou n’importe quelle capitale sont vivantes et la proximité des gens fait qu’il s’y passe toujours quelque chose. Ce sont donc d’excellents terrains pour pratiquer la « street ».

Le choix de Paris est très simple, je suis Parisien et j’y suis tous les jours pour mon travail. J’ai donc l’occasion de prendre des photos tous les jours et je ne m’en prive pas ! Pour Londres, j’ai eu la chance de pouvoir y aller 2 fois en moins d’un an, et j’ai beaucoup aimé l’effervescence de la rue là-bas. Je suis également très inspiré par des « street photographes » anglais, comme Matt Stuart, Paul Russel, Nick Turpin, Dougie Wallace…

Tu photographies principalement des passants, qu’est-ce que tu recherches dans la photo de rue ? Quels sont les instants que tu essayes de capturer ?

J’essaye de trouver un peu d’extraordinaire dans l’ordinaire. Lorsque je photographie, je me focalise sur des personnes qui vont ressortir de la foule à cause d’une gestuelle, d’un vêtement, d’une attitude, d’une situation ou de la lumière. J’aime également capturer les échanges entre les gens, en me basant toujours sur des gestes ou des attitudes.

© Vincent Montibus

© Vincent Montibus

© Vincent Montibus

© Vincent Montibus

À quel moment te dis-tu que c’est la photo à prendre ?

Le déclenchement se fait beaucoup à l’instinct. Je suis très loin de Cartier Bresson qui trouvait son cadre, peaufinait sa composition et attendait le bon moment, son fameux « instant décisif » pour déclencher. À force d’étudier les photos de grands photographes, on éduque son « œil » (son cerveau) à noter des détails, des répétitions, des motifs et à être sensible à d’autres règles de composition que les tiers.

As-tu une anecdote à raconter sur ta pratique de la photo de rue ? Un souvenir qui a fait d’une photo un moment unique ?

C’est plus une anecdote sur un portrait de rue, mais c’est une histoire qui me touche beaucoup.

Je passe souvent au niveau du Jardin du Luxembourg et pendant longtemps j’ai vu une dame qui y vendait des glaces l’été et des marrons et crêpes l’hiver. Un jour, je l’ai abordé pour lui demander si je pouvais faire un portrait d’elle. Après avoir développé le film, j’ai réalisé un tirage de la photo pour lui offrir. Mireille était ravie et a affiché ma photo sur son stand. Un jour j’ai cessé de la voir. Quelque temps après, j’ai reçu un mail via mon Flickr de sa petite fille qui m’annonçait que sa grand-mère était décédée. Elle me demandait si je pouvais lui envoyer la photo par mail, car celle-ci représentait bien sa grand-mère.

© Mireille, Vincent Montibus

© Mireille, Vincent Montibus

Est-ce qu’aujourd’hui tu vis de la photographie ?

Non, j’exerce en parallèle un métier dans un domaine totalement différent. Je pense qu’il est vraiment difficile d’en vivre, surtout de la « street photography ». Je préfère aborder la photographie comme un loisir, sans avoir d’obligation de résultat. Après je suis toujours ravi de vendre un tirage. (Rires)

Tu travailles également avec un argentique, quel est ton matériel ? Est-ce qu’il y a un appareil ou un objectif que tu préfères utiliser selon l’atmosphère que tu souhaites donner à ta photo ?

Pour tout ce qui est « street », je travaille à la fois en argentique et en numérique et quasi exclusivement au Leica (M6 ou M type 240). J’ai pendant plusieurs années photographié uniquement au 35mm, mais depuis quelques mois, je suis passé au 28mm et j’avoue que j’aime de plus en plus cette focale même si elle est assez contraignante et qu’elle oblige à être encore plus près des sujets photographiés.

Il m’arrive aussi d’utiliser de petits compacts argentiques par exemple, le Ricoh GR1v pour son côté, petit, discret, mais terriblement efficace en mode snap (pas de mise au point, le focus est fixe à une distance déterminée).

Mais il est vrai que le choix d’un appareil ou plus de la focale va influencer le rendu final de l’image, tout comme le film utilisé. Depuis 2 ans environ, j’essaye de faire exclusivement des photos en couleur. Mon M6 est donc quasiment tout le temps chargé avec de la Fujifilm Superia 400. C’est un film dont j’apprécie le rendu et la latitude pour un prix (pour l’instant) encore correct.

En noir et blanc, après avoir beaucoup utilisé de Kodak TriX, mon choix se porte plus sur de la Kodak T-Max ou la FOMAPAN 400 Action.

Après j’aime bien de temps en temps utiliser des appareils plus gros, un moyen format ou une chambre 4×5 pouces pour faire du portrait ou du paysage.

© Leica M6 TTL - Summicron 35mm type IV - Kodak TriX 400 - Ilford LC29 - Epson V700, Vincent Montibus

© Leica M6 TTL – Summicron 35mm type IV – Kodak TriX 400 – Ilford LC29 – Epson V700, Vincent Montibus

Peux-tu expliquer ton choix de continuer à photographier avec un argentique et que penses-tu de la photographie numérique de nos jours ?

Je fais de la photographie par plaisir et ce qui compte pour moi à la fin c’est l’image, peu importe comment ou avec quoi elle a été faite.
J’aime faire de la photographie argentique pour maîtriser mon process de A à Z ou du chargement du boitier au tirage. J’apprécie aussi la contrainte du temps, le processus n’est pas immédiat (je fais peu/pas de polaroid), il faut du temps et du travail pour finalement voir le résultat de la prise de vue. Je trouve que cette attente permet de redécouvrir ses photos et coupe la sorte de lien émotionnel qu’il peut y avoir entre le moment de la prise de vue et l’éditing d’une image.

Pratiquer la photographie en argentique peut être plus « contraignant ». Il faut faire travailler son esprit pour imaginer le rendu final et prendre les bons choix au déclenchement. Je ne dis pas que l’on ne le fait pas en photographie numérique, mais en argentique, on n’a pas le choix.

Le dernier point qui me fait aimer la photographie argentique c’est le côté objet. Les appareils sont souvent beaux, à la fois extérieurement, mais aussi au niveau de la mécanique interne. L’ensemble du process est lié à l’objet et au réel, du boitier en passant par le film, les spires de développement, l’agrandisseur et le tirage.

Concernant la photographie numérique, je n’en pense que du bien. L’ère numérique a permis de démocratiser la photographie. Les marchés étant plus importants, les constructeurs sont obligés d’innover encore et toujours. Les derniers boitiers numériques sortis sont tous bluffants en termes de qualité d’image et de fonctionnalités. Mais depuis que je refais de la photo argentique, j’ai une grosse préférence pour des boitiers simples. C’est certainement pour cela que j’utilise un Leica M.

Quels seraient tes conseils pour quelqu’un qui débute en photo par rapport à la photo de rue ? Quel matériel conseillerais-tu (argentique ou numérique) pour pratiquer cet art ?

Mon premier conseil serait d’investir dans une bonne paire de chaussures.

Ensuite je lui dirais d’étudier plusieurs grands noms de la photographie en général et de rue en particulier que ce soit des photographes humanistes (Doisneau, HCB, Winogrand, Arbus…) ou des « street photographes » (Meyerowitz, Davidson, Mermeilstein…) en fonction de ses goûts.

Les réseaux sociaux (Instagram, Facebook) et les sites de collectifs comme In Public, Burn my eye, strange.rs, Vivo ou Fragments sont également de bons endroits pour découvrir de belles images et aiguiser son œil.

Ensuite au niveau du matériel, je pense que n’importe quel appareil peut servir même si certains sont plus adaptés que d’autres. On peut faire de la photo de rue avec un 1Dx, aucun doute là-dessus, mais ce n’est pas forcément le plus discret. Le principal est de maîtriser son appareil, que ce soit un smartphone, un compact, un télémétrique ou un reflex. La maîtrise de l’appareil et des bases de la photographie est primordiale pour pouvoir en faire abstraction et se concentrer sur son sujet et son cadre.

Au début, un compact ou un hybride équipé d’un zoom transtandard (équivalent 24-70mm) est une bonne option qui permet d’essayer plusieurs longueurs focales avant de s’orienter vers une fixe (28mm, 35mm, 50mm) tout en ayant un appareil petit, léger et discret. Avec le temps, on finit toujours par trouver l’appareil et la focale qui nous conviennent.

© Vincent Montibus

© Vincent Montibus

Quels sont tes futurs projets photo ?

Mon projet est simple, je compte continuer à arpenter les rues de Paris et d’autres villes afin de shooter encore et encore. Et peut-être, un jour j’aurais un fonds photographique suffisamment important pour tenter l’aventure de l’édition d’un livre.

En parallèle, j’aimerais continuer à voyager, à découvrir ou redécouvrir certaines grandes villes. J’avoue que je retournerai bien à New York pour y faire des photos.

Quel photographe aimerais-tu que l’on interviewe ?

Difficile comme question, tant il y a de bons photographes. Je préfère que vous me fassiez découvrir de nouveaux photographes au travers de vos interviews.

Le mot de la fin ?

Merci à Phototrend.fr pour cette interview. Sortez, prenez des photos et faites-vous plaisir !

Où peut-on te retrouver ? 

FacebookTwitter et Instagram, et deux autres sur le photo de rue, « Street In Color » sur Instagram et Tumblr.