Le photographe franco-suisse Bruno Barbey nous a quittés le 9 novembre 2020, à l’âge de 79 ans. La photographie est en deuil et perd l’un de ses grands photoreporters.

Né au Maroc en 1941, Bruno Barbey assouvit sa soif d’aventures peu après son arrivée à Paris en sillonnant l’Italie de 1961 à 1964, équipé de son Leica. Les images théâtrales de ce photoreportage de jeunesses, inspirées du cinéma néo-réaliste italien, ne seront publiées qu’en 2002 (Les Italiens, aux éditions La Martinière).

Bruno Barbey

© Bruno Barbey, Magnum Photos

L’influence du cinéma

Continuellement nourri par le cinéma, passant son adolescence à la cinémathèque française, il s’associe à Jean-Luc Godard à l’occasion d’un film sur les grèves de 1968. Jamais nostalgiques, ses images sont très tôt réalisées en couleurs. Durant toute sa carrière, ses clichés recèleront toujours une dimension cinégénique incontestable. Sa femme, cinéaste et documentariste donnera vie à ses projets cinématographiques.

© Bruno Barbey, Magnum Photos

Une reconnaissance internationale

Bruno Barbey intègre l’agence Magnum à 25 ans en 1966, il en deviendra vice-président avant de devenir président de Magnum International de 1992 à 1995. Son talent n’est pas seulement reconnu des photographes : il est invité à rejoindre l’Académie des Beaux-Arts en 2016.

Jean-Gaumy, Academie-Beaux-Arts, crédit Académie des Beaux-Arts, Juliette Agnel

Au sein de l’agence, il enchaîne les séjours et les photoreportages en Europe, en Afrique puis en Asie. La guerre des Six Jours, le Vietnam, l’opération Tempête du désert de 1991 : l’actualité ne lui résiste pas. En 2015, la Maison Européenne de la Photographie lui dédie une rétrospective.

Bruno Barbey

© Bruno Barbey, Magnum Photos

Prendre le temps de saisir toutes les facettes d’un pays

C’est toutefois en Chine, en Pologne et sur sa terre natale, au Maroc, qu’il s’attarde lors de photoreportages au long cours. Ses projets personnels lui permettent de sortir du photoreportage de guerre pour mettre en lumière la rencontre entre la modernité et l’héritage culturel d’une région, un exercice qui l’absorbera de 1973 à 2013 pour capturer la Chine de Mao jusqu’à aujourd’hui. Voulant saisir la mémoire marocaine avant son effacement, il publiera plusieurs ouvrages, et mariera ses photographies aux mots de J.M.G Le Clézio.

La Chine de Mao photographiée par Bruno Barbey

Bruno Barbey nous a quittés le 9 novembre à Oran, entouré de la lumière marocaine qu’il a tant su sublimer, à l’âge de 79 ans. Le photographe nous lègue une trentaine de livres, dont Colors of China ou Passages, ainsi que de superbes images célébrées à l’occasion de nombreuses expositions de Paris jusqu’au Brésil. Sont travail est à découvrir ou à redécouvrir sur son site.