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Mercredi pratique 21

MP #139 : comment couvrir et photographier une manifestation

Couvrir une manifestation est difficile à bien des égards pour un photographe. Cette pratique mettra à rude épreuve vos capacités d’observation ainsi que votre réactivité, sachant que bien souvent les sujets photographiés peuvent être hostiles. Cependant, c’est aussi une très bonne école qui ne pourra vous rendre que meilleur, notamment en vous permettant de travailler votre regard et votre positionnement par rapport à l’action.

Ce Mercredi Pratique va vous donner les premières pistes pour couvrir et photographier une manifestation dans les meilleures conditions.

Le matériel à emporter

Le plus important est d’avoir l’équipement le plus lumineux possible afin d’obtenir une haute vitesse d’obturation pour figer l’action et obtenir des photos nettes. Il ne faut surtout pas avoir peur de monter dans les ISO. Évidemment un reflex plein format aura un avantage sur un appareil  APS-C avec une meilleure gestion du bruit, même si les boîtiers APS-C deviennent de plus en plus performants.

Pour les objectifs, le même conseil s’applique : un 50mm f/1.8 sera au final beaucoup plus pratique qu’un 18-200mm f/3.5-5.6.

Dans la situation idéale, le photographe sera plus versatile avec deux boitiers : sur l’un un grand-angle de type 16-35mm ou un 24-70mm et sur l’autre un 70-200mm. Cela étant dit, un seul boitier avec une focale fixe 35mm ou 50mm fera aussi très bien l’affaire, mais vous manquerez quelques photos à cause du manque de portée. Vous serez cependant beaucoup plus discret et mobile. Si vous possédez un pare-soleil, mettez le sur votre objectif afin de le protéger.

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Canon 5d mark II + 16-35mm f/2.8 L et Canon 7d + 70-200mm f/4L

Les accessoires

En plus du matériel photographique, il y a quelques petits accessoires qui vont vous rendre la vie plus facile.

  1. La carte de presse

Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir une carte de presse, mais en posséder une va vous aider en cas de cas de problème avec la police. Le fait d’être identifié en tant que média peut faire la différence entre une arrestation ou non.

  1. Le masque anti-grippe

Robert Capa disait « Si la photo n’est pas bonne, c’est que vous n’êtes pas assez proche. » Ce conseil est très pertinent. Seulement dans le cas d’une manifestation, vous risquez d’être pris dans les affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre. Or, le moyen de dissuasion le plus employé par ces derniers est le gaz lacrymogène. Le masque anti-grippe (comme celui-ci) permettra d’atténuer les effets.

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Les risques

Couvrir une manifestation représente certains risques à la fois pour le photographe et son matériel. Il est important de savoir se fixer ses limites et ne pas se mettre en danger inutilement. Les moments critiques sont souvent ceux où l’on se retrouve pris entre les forces de l’ordre et les manifestants et quand l’un des deux groupes charge l’autre. Observez le comportement des autres médias et jugez quand il est important de se reculer.

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La manifestation

Il est temps de se rendre à la manifestation. Arriver au moins 30 minutes en avance est préférable. Cela permet de voir l’ambiance, parler aux autres photographes, aux journalistes et aux manifestants. Il faut voir cette période comme un échauffement. C’est à ce moment que vous vérifiez votre matériel et faites vos derniers ajustements. Vous n’aurez pas ce luxe dans le feu de l’action.

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Cette arrestation s’est déroulée peu de temps avant le début de la manifestation

Une manifestation peut se diviser en deux temps : la manifestation et « l’affrontement ». Chaque moment produira des photos bien distinctes.

La première partie est toujours plus calme. C’est pendant la manifestation que l’on prend des vues d’ensemble pour montrer l’ampleur du mouvement. C’est aussi le moment idéal pour capter des expressions et faire des portraits serrés. Le seul piège dans lequel il ne faut pas tomber est celui de faire de la promotion pour les manifestants. Le but du photojournaliste est de témoigner des évènements et non de faire passer le message de ses sujets.

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C’est généralement à la fin de la manifestation que toute la tension emmagasinée finit par exploser. C’est ce moment qui est le plus intéressant en matière de photos, mais aussi le plus dangereux. Les photos doivent montrer les deux acteurs et leurs interactions. Ce ne sera d’ailleurs pas forcément de la violence.

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La postproduction

Une fois la manifestation terminée vient le moment de travailler vos images. La période de postproduction est sûrement la plus simple mais elle peut devenir très facilement pénible pour le photographe si les bons outils ne sont pas utilisés.

La première étape cruciale est d’utiliser un logiciel afin de visionner et trier les fichiers numériques (inutile de préciser que ceux-ci doivent être des Raws). Lightroom / Photoshop arriveront plus tard dans le processus, quand il faudra les traiter.

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Pourquoi ne pas utiliser Lightroom pour trier mes photos ? Tout simplement parce que malgré sa rapidité d’utilisation, il n’arrive pas à la cheville de Photo Mechanic pour le tri. Grâce à ce logiciel, vous allez économiser plusieurs heures en évitant les temps de chargement des photos sur les logiciels de traitement. Ces une ou deux secondes par photo ne sont pas dérangeantes sur une petite série de photos. Mais dans le cas d’une manifestation, vous risquez facilement de vous retrouver avec plusieurs centaines d’images et il vous faut un outil afin de les trier rapidement.

Bien sûr, si vous ne disposez que de Lightroom, vous pouvez vous passer de Photo Mechanic, mais sachez que de nombreux photographes professionnels, notamment de sport ou de photojournalisme, utilisent Photo Mechanic car le temps de chargement est un luxe que l’on ne peut pas se permettre. A noter que tout le travail effectué dans Photo Mechanic comme le classement par étoiles est récupéré une fois que vous importez les images dans Lightroom.

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Il faut noter que Photo Mechanic n’est pas le seul logiciel de visionnage. Récemment, Perfect Browse a beaucoup fait parler de lui. Les avis sont partagés sur qui est le meilleur, mais il est clair que l’un de ces deux logiciels accélérera grandement votre productivité.

Une fois la sélection terminée et les photos importées, le plus gros du travail est fait. Essayez de garder le traitement aussi constant que possible entre les photos afin de rendre votre travail le plus cohérent possible.

Si vous désirez approcher un média, il est conseillé de garder les photos en couleurs et de ne pas mettre de watermark. En revanche, il ne faut pas envoyer ses photos en haute résolution lors du premier contact.

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Nous espérons que ces petites astuces vous aideront à couvrir de prochaines manifestations. Le plus important reste bien entendu votre sens de l’observation pour ne pas vous retrouver dans des situations compliquées.


J’ai couvert les manifestations du 1er mai à Montréal et je partage également mon expérience sur mon blog.

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  • arf

    Merci Adil pour tout ces conseils. Il y a quelques années j’ai pris quelques clichés du 1er Mai, celui de Paris.
    L’ambiance a été bon-enfant mais j’ai pu prendre quelques photos intéressantes. En fait, j’ai l’impression que quelques soit la manif, même la plus calme, le photographe trouvera toujours matière à faire.
    Je me trompe?

    • Exactement ! Ce n’est pas parce que la manifestation n’est pas violente qu’elle n’est pas intéressante. C’est l’occasion de faire des portraits pas mals et peut être même essayer des trucs. À mon sens, c’est aussi une bonne occasion de se débloquer à prendre des personnes dans la rue aussi.

  • Maintenant, on donne des conseils pour aller photographier des manifs en touriste, un peu comme on donne des conseils pour photographier des animaux en safari. Sans même rappeler que dans des manifs, on a des gens qui défendent des points de vues plus ou moins intéressants et que dans l’approche photographique la maîtrise du sujet compte autant que le résultat. À quand un sujet conseil pour aller se faire plaisir en photographiant des zones de conflit?

    • Mais voyons, as-tu lu le texte ? Je ne sais pas d’où tu sors qu’on y va en touriste quand je précise bien qu’il y a des risques. De même pour le message des manifestants.

      Je veux bien admettre que le texte ne soit pas 100% parfait et je suis ouvert aux critiques constructives, mais à un moment l’effort doit être fait dans les deux sens.

  • Manouello

    Je me disais bien que c’était les uniformes de la SPVM ! Très bon article, j’ai apprécié ces conseils 😉

    • Merci Manouello ! En effet, c’est bien le SPVM que l’on voit sur les photos. Pour plus de précisions : celles-ci ont été prises durant la manifestation anti-capitaliste du 1er mai.

  • Je vais faire un peu de hors sujet, mais je suis assez surpris de voir un accessoire que je n’avais jamais vu sur la photo du matériel. Le 16-35 monté sur le 5DII semble être équipé d’une housse! J’aimerai vraiment en savoir plus sur ce produit!

    • Salut Fred !

      Je sais pas si tu as lu la newsletter de Damien, mais il parlait de discretion vis-à-vis du matériel. On va approfondir le sujet très bientôt ! Mais pour pas que tu aies trop de suspens; ce que j’ai sur ma 16-35mm s’appelle un « Lens Coat ».

      https://lenscoat.com/

      Perso je l’avais commandé sur B&H (J’habite en Amérique du Nord). Comme dit plus haut, je m’attarderais un peu plus dessus dans un prochain article :).

    • Merci Adil. Hâte de voir ton prochain article et d’avoir un retour sur les avantages et inconvénients de ce produit

  • Le risque aussi et qui n’est pas mentionné , c’est de se faire piquer son matos par les manifestants en colère. Perso, j’irai jamais me mettre là dedans. Un méchant coup est vite reçu + le risque de voir son matos volé ou bien cassé. J’admire ceux qui ont le courage de le faire!

    • C’est clair que le vol et le bris de matériel sont des possibilités. Imagine le stress pour des personnes, comme moi, qui travaillent en tant qu’indépendant et qui n’ont pas de médias pour les couvrir les pertes.

      Ton commentaire est totalement justifié et j’aurais dû le préciser aussi. Cela étant dit, j’aimerais nuancer un peu tes propos. C’est vraiment une toute petite partie des « manifestants » qui présentent un danger pour le photographe. Dans ce genre de situation, il ne faut pas hésiter de se réfugier vers les forces de police. Bien sûr, c’est facile à dire par écrit, mais dans le feu de l’action, il ne faut surtout pas hésiter à aller se mettre en sécurité le plus rapidement possible.

  • alexandre

    Bonjour,
    merci pour cet article intéressant et instructif. Je voulais juste réagir par rapport à cette phrase :

    « Le seul piège dans lequel il ne faut pas tomber est celui de faire de la promotion pour les manifestants. »

    Pour vous, l’idée est-elle de faire une photo « neutre » ? Ou est-ce le point de vue des manifestants qui vous dérange ? Dans ce cas, faire de la promotion pour les forces de l’ordre vous paraîtra acceptable ?

    Je comprends l’idée, qu’il faut garder à l’esprit, de maîtriser son « point de vue », mais je dirais que c’est justement l’art de la photographie en général.
    Ensuite, on peut photographier une manif sans être journaliste mais admettons que cela sorte du sujet.
    Dans le cas du journalisme, chacun en aura sa conception , mais personnellement, je ne crois pas que l’engagement personnel dans ses sujets soit forcément un problème. Les plus grandes photos de conflits sont souvent « engagées ». Et je ne pense pas que l’on couvre de la même manière toutes les manifestations quel que soit le sujet, et quelles que soient ses opinions.
    On peut souhaiter garder de la distance par rapport à un sujet, mais ce n’est pas non plus la nécessité.

    • Bonjour Alexandre,

      « Pour vous, l’idée est-elle de faire une photo “neutre” ? Où est-ce le point de vue des manifestants qui vous dérange ? Dans ce cas, faire de la promotion pour les forces de l’ordre vous paraîtra acceptable ? »

      Je parlais en effet de neutralité dans la couverture d’évènement. Si vous lisez le texte sur mon blog (lien à la fin de ce MP), vous verrez que je ne parle pas en bien de la police qui, à cette manifestation, était très agressive à l’égard des journalistes et des manifestants.

      Je comprends en quoi cette phrase peut vous déranger. Je suis entièrement d’accord pour dire que chaque manifestation ne se traite pas de la même façon. Cela dit, il ne faut pas oublier que ce texte est un MP et que le but est de donner des astuces à ses lecteurs en étant bref et concis. Je n’ai pas couvert tous les types des manifestations, loin de là. Mais je pense que pour couvrir le sujet de manière complète on ne parle plus d’article sur le web, mais peut-être d’un livre.

      Enfin pour ne pas faire trop long : c’est sur qu’en écrivant ce texte j’ai fait passé ma vision qui peut paraître un peu conservatrice, je vous l’accorde. À mon sens, un photographe est un témoin privilégié des évènements qui se passent dans ce monde. Le fait de faire de la promotion pour une cause ou l’autre est un manque d’honnêteté intellectuelle. Si les policiers tabassent les manifestants, c’est clair qu’il faut le montrer. Si les policiers protègent les manifestants, il faut aussi le montrer. Je ne pense pas que c’est notre rôle de trop interpréter les évènements pour le public.

      J’espère avoir bien répondu à votre question :).

  • alexandre

    Merci Adil pour votre réponse. En fait je trouve cette question de la neutralité passionnante, surtout en photo. Car finalement, faire la promotion d’une cause sans mots, avec une seule image, c’est conférer un pouvoir à la photographie que, justement, elle a. Ce qui n’est pas forcément évident pour tout le monde.

    Mon propos est justement de souligner, comme vous le dites, que plusieurs points de vue sont possibles, et qu’on peut prendre de la distance par rapport à un sujet, mais rarement atteindre la neutralité. En journalisme, il y a plusieurs écoles, mais le journalisme engagé existe (critique, conservateur ou autre). On peut aller plus loin en disant que même la non-couverture d’un sujet n’est pas forcément neutre. Si l’on parle de photo-journalisme, c’est finalement un art (la photo), subjectif par nature, au service d’une volonté d’informer objective.

    Bref vaste débat… Merci encore pour votre billet.

  • Bonjour,

    Même en honnêteté absolue, complète je ne pense pas qu’on puisse faire de photo neutre lors d’une manif. C’est toujours soit d’un coté soit de l’autre. C’est d’ailleurs désolant comme constat. Mais à bien y réfléchir…..

    • Evan Forget

      Étant spécialisé dans ce type de photo depuis 2012 je vous affirme que si, il est tout à fait possible d’être neutre. Tout va dépendre de la personnalité du photographe et de son état d’esprit.

      J’ai toujours montré le meilleur et le pire des deux côtés, et jamais je changerais ça.

  • Louis

    Bonjour Adil, merci pour cet article instructif. Cependant, je ne suis pas d’accord avec cette phrase: « inutile de préciser que ceux-ci doivent être des Raws ». Aujourd’hui, j’ai l’impression de voir partout, que ce soit dans la presse spécialisé ou bien sur les blogs, que l’on préconise de shooter uniquement en RAW. Le RAW, c’est bien, mais le JPEG, ça fonctionne aussi très bien, et ça permet de faire plus attention a ce que l’on fait lors d’une prise de vue. Il suffit d’être rapide, de connaitre sa machine et savoir quel rendu on veut. Et je précise, parce qu’on va surement me dire: « oui, mais lors d’une manif… on n’as pas le temps de faire ça. FAUX, il est possible d’être en tout manuel (expo, WB, …) et d’être très rapide, ce n’est qu’une question de travail.
    Penser que le RAW est le format universel, c’est se laisser le choix de pouvoir faire n’importe quoi en prise de vue, et se dire qu’on corrigera plus tard. Donc, moins travailler ses photos.
    C’était juste pour la polémique, bonne journée 😀

    • Tu as en effet raison Louis, dans de nombreux cas où les photos doivent être envoyées rapidement à un service presse, le RAW n’est pas adapté et le format Jpeg est souvent privilégié pour sa légèreté et son côté « prêt à l’emploi », le traitement étant déjà appliqué dans l’appareil photo.

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