GoPro fragilisée : le pionnier de l’action cam doute de son futur et cherche un repreneur

Le signal est rare et lourd de sens. Dans ses derniers documents déposés auprès du gendarme boursier américain, la SEC, GoPro reconnaît qu’il existe un « doute substantiel » sur sa capacité à poursuivre son activité. En parallèle, la marque a lancé un processus pour évaluer son éventuel rachat.

GoPro en sérieux doute sur sa survie

Le 1er juin 2026, GoPro a redéposé ses comptes 2025 en y ajoutant une mention de « going concern », soit un doute sur sa capacité à rester en activité sur douze mois.

La formule de GoPro est sans ambiguïté : « il existe un doute substantiel sur la capacité de la société à poursuivre son exploitation ». Le constructeur ajoute que « sans financement supplémentaire ou opération stratégique », elle pourrait être contrainte de « réduire significativement son activité, de la restructurer, de cesser ses opérations ou de demander une protection au titre des lois sur les faillites ». Elle précise toutefois qu’aucun dépôt de bilan n’est engagé à ce stade.

Et ce n’est pas la première fois que la situation de GoPro est préoccupante.

Des comptes dégradés et une dette sous tension

L’alerte repose sur un premier trimestre 2026 difficile. Le chiffre d’affaires est tombé à 99,1 M$, contre 134,3 M$ un an plus tôt, soit un recul de 26,2 %. Le nombre de caméras expédiées a chuté de 385 000 à 267 000 unités, et la marque a perdu 57,2 M$ sur son activité.

Au 31 mars, GoPro ne disposait plus que de 40,7 M$ de trésorerie, pour près de 100 M$ de dettes et plus de 855 M$ de pertes accumulées depuis sa création. Surtout, elle prévient qu’elle ne pourra sans doute pas respecter les conditions imposées par ses prêteurs en échange de ses crédits. Ses banques ont déjà fermé les yeux à titre temporaire, mais un manquement sur un seul crédit pourrait pousser les autres créanciers à exiger eux aussi un remboursement immédiat. D’ici septembre 2026, GoPro devra par exemple conserver au moins 40 M$ de trésorerie, davantage que ce dont elle dispose aujourd’hui.

Licenciements et plan de redressement

Pour tenir, GoPro a engagé plusieurs mesures. La principale est sociale : un plan de restructuration annoncé en avril 2026 prévoit de réduire les effectifs mondiaux d’environ 23 %.

Le constructeur entend aussi contrôler ses coûts, revoir sa gamme et sa politique de prix, chercher de nouveaux financements par dette ou par augmentation de capital, et céder des actifs jugés non essentiels. Elle reconnaît toutefois que ces mesures ne suffisent pas, à ce stade, à lever le doute sur sa survie, car plusieurs dépendent de facteurs qu’elle ne maîtrise pas.

Un processus de vente lancé dès la mi-mai

Le 11 mai 2026, GoPro a annoncé avoir reçu des marques d’intérêt spontanées de plusieurs acheteurs potentiels, venus de la défense, du grand public et de la finance, et avoir ouvert un processus pour les étudier. Le 13 mai, elle a confié le dossier à Houlihan Lokey, une banque spécialisée dans ce type d’opérations.

« Nous pensons que GoPro recèle une valeur substantielle non reconnue, qui peut être révélée par une vente de la société ou une autre opération stratégique. Au vu des marques d’intérêt reçues depuis notre annonce, d’autres semblent partager ce point de vue », a justifié le fondateur et PDG Nicholas Woodman. Aucun repreneur n’est nommé à ce stade.

Mémoires, concurrence et nouveaux produits

Mais pourquoi GoPro a-t-elle émis une telle alerte ? Le déclencheur est principalement externe. GoPro pointe une envolée du prix des puces mémoire, sur fond de demande liée à l’IA. Pour un produit dont le coût dépend majoritairement de ces composants, une partie de l’activité devient déficitaire. S’ajoute une concurrence frontale de DJI et Insta360, qui ont capté une large part du marché de la caméra d’action.

Et tout le paradoxe est là. GoPro vient de lancer sa série Mission 1, sa nouvelle gamme de caméras orientée vidéo pro, animée par le processeur maison GP3 et un capteur 1 pouce capable de filmer en 8K. C’est l’une de ses propositions les plus ambitieuses depuis des années. Mais ces caméras viennent tout juste d’être annoncées, ne sont pas encore disponibles et ne pèsent pas encore dans les comptes.

Un sort cruel pour une entreprise pionnière

La situation a quelque chose d’ironique. GoPro a popularisé le concept même de caméra d’action, du casque du skieur au guidon du vélo.

La première GoPro Hero de 2004 – © Mliu92 CC BY-SA 3.0

Mais voilà l’entreprise prise en étau entre une concurrence chinoise agressive, un marché grand public atone et un choc sur le coût des composants qu’elle ne maîtrise pas, au moment précis où elle sort l’une de ses gammes les plus abouties. Les prochains mois diront si la Mission 1 et la recherche d’un repreneur suffisent à inverser la trajectoire, ou si l’entreprise synonyme d’action cam devra passer la main.