Après un financement participatif réussi, le premier numéro de la revue photo EPIC est disponible. L’occasion de revenir ensemble sur ce projet mêlant photographie, reportage et édition papier dont Phototrend est ravi d’être partenaire.

La philosophie derrière Epic

La philosophie de revue EPIC est simple : proposer chaque trimestre des récits photographiques sur des sujets de fond. Ce projet, né d’un financement participatif fin 2020, vise à offrir une alternative aux médias actuels, où une actualité en chasse une autre et où bien souvent les grands projets photographiques ont une place assez limitée. Un véritable défi à une époque où le scroll sur Instagram est la nouvelle habitude, même chez certains photographes pourtant amateurs de beaux livres photo.

Revue EPIC : la photo documentaire qui s’affranchit de l’actu

Chaque trimestre, Revue Epic donne la parole à quatre photographes. Leurs récits photographiques, très souvent le fruit de longues années de travail documentaire, doivent pouvoir s’exprimer sur papier et dans un format adapté. Ces « passeurs » peuvent ainsi présenter leurs images en grand, mais aussi le récit et les détails qui se cachent derrière le sujet qu’ils ont décidé de traiter.

Derrière revue Epic, on retrouve Jean-Matthieu Gautier et Ambroise Touvet. Le premier a déjà fondé et édité la revue Epic Stories pendant 4 ans en plus de son activité de photojournaliste, et le second est fondateur de l’agence de photographes Oblique, tout en étant éditeur de beaux livres aux éditions Larousse, Hachette et La Martinière. Pour Epic, ces derniers se sont entourés d’un comité éditorial de qualité, afin de dénicher et présenter des portfolios et sujets originaux.

Le premier numéro, lancé début 2021, est arrivé par courrier ces dernières semaines aux contributeurs de la campagne KissKissBankBank. C’est l’occasion de découvrir ce nouveau support au service de la photographie, qui nous propose de reprendre notre souffle à une époque où l’image est omniprésente sur les réseaux, mais pas vraiment appréciée à sa juste valeur.

Revue Epic : impression en France chez Escourbiac

Difficile de ne pas penser à l’aventure Epic Stories en découvrant le premier numéro de revue Epic. La revue trimestrielle de photojournalisme revient, mais cette fois dans un format plus large, avec un papier plus épais et une maquette beaucoup plus aérée : 184 pages en format 19 x 27 cm pour 669 grammes au total.

Voici une petite photo comparative entre revue Epic et feu Epic Stories :

Revue Epic est imprimée en France, chez l’imprimeur Escourbiac bien connu ici, puisque spécialisé dans la création et l’autoédition de beaux livres photographiques. Un choix cohérent avec l’approche 100% tourné vers les photographes.

La première chose marquante en découvrant cette revue, c’est son dos. Au lieu d’une reliure « classique », on trouve ici une reliure à dos cousu avec couture apparente, proche de la reliure suisse, qui peut étonner au premier abord. « Mais, la reliure n’est pas finie ? Il manque le dos ! » Non, c’est bien l’objet final, et cette reliure offre un avantage de taille : une ouverture parfaitement à plat.

Ouverture à plat grâce au dos cousu

Il est ainsi possible de consulter Epic « sans les mains », en le posant sur une table, et surtout de pouvoir apprécier les photos en double page sans la fameuse cassure liée à la pliure. On s’y fait très facilement et cette reliure nous paraît solide, même si nous n’avons pas maltraité ce numéro comme on pourrait le faire avec un vulgaire magazine. Par contre, si vous vous abonnez à Epic et que vous réunissez plusieurs numéros dans votre bibliothèque – c’est un fait, cette revue n’est pas jetable – ce dos sans nom risque de vous donner du fil à retordre pour retrouver un numéro précis.

En ouvrant Epic, on découvre en deuxième de couverture une carte du monde sur fond rouge avec 4 points bleus qui localisent les reportages présentés dans le numéro. Quelques poèmes ou extraits d’oeuvres divers, comme ici l’usage du monde de Nicolas Bouvier, s’intercalent entre les pages avec de belles typos.

Le papier utilisé est du Condat Mat 135 grammes, un papier blanc semi-mat fabriqué dans le Périgord. Ce papier épais offre un support idéal pour présenter les photos, avec un rendu mat qui limite les reflets.

On salue l’effort sur la maquette, avec des styles et typographies différents selon les reportages et sections de la revue. Le jeu des couleurs s’adapte aux tons des photos, avec des polices modernes agréables.

4 reportages photo, un tour du monde

Avant d’aborder les 4 grands récits photographiques, Epic met à l’honneur une sélection de photos issues d’Instagram dans sa rubrique Canevas. Le réseau social, source de frustrations pour de nombreux amateurs de photos en raison de nos petits écrans, se transforme ici en puits d’inspiration sans fin, avec des photos glanées ici et là avec le hashtag #revueepic. A côté de chaque image, une courte légende. L’occasion de revenir sur des sujets d’actualité ou faire découvrir des travaux photographiques partagés sur la plateforme. On aime, on s’abonne et revue Epic partage régulièrement ses sélections sur Facebook et Instagram, pour garder le lien entre deux numéros.

Les 4 premiers reportages photo publiés dans revue Epic offrent une belle diversité, tout en mettant en avant l’humain.

La photographe Tamara Eckhardt, encore étudiante, présente Children of Carrowbrowne, un projet documentaire qui nous plonge au coeur de la jeunesse. Cette série a reçu plusieurs prix et a été exposée à Circulation(s) l’an dernier. Elle revient sur les enfants des Travellers (« le peuple marchant »), une minorité ethnique et nomade en Irlande. A travers son objectif, elle offre un regard sur ces enfants « entre innocence et gravité ». L’âge adulte n’est pas encore là, mais ils font pourtant preuve d’une grande maturité.

Le second récit photo est celui de Matthieu Paley, photographe polyglotte qui sillonne le globe pour documenter les cultures en péril. Ici, il est parti à la rencontre des Wakhis, un peuple nomade à l’extrême nord du Pakistan. Dans ses photos, on découvre les traditions ainsi que les changements apportés par la modernité, comme le smartphone ou le nouveau tourisme local.

De son côté, Sylvain Biard nous offre une pause graphique avec Man Made, un travail photographique atypique, qui montre à voir des moments futiles du quotidien, arrêts sur image de notre société, où l’on ne sait pas vraiment ce qu’il faut voir ou retenir. Une sorte de contemplation sur les petits riens qui ponctuent notre quotidien, avec ces moments suspendus.

Enfin, le photographe franco-polonais Tim Franco est allé au-delà du cercle arctique sur les îles Lofoten pour documenter le quotidien de Roger et Joana, un couple de pêcheurs de morue. Un sujet pas du tout prévu pour le photographe venu pour photographier les surfeurs qui n’ont pas froid aux yeux et bravent l’eau à 5°C. Dans ces pages, Epic nous montre le quotidien de la pêche à la morue vu par Tim Franco, qui a même appris la pêche durant son reportage.

Chaque reportage est composé d’une série de photos complétée par une interview ou un texte du photographe, permettant de connaître les coulisses, son histoire, la raison de son travail. Une double page explicative donne également des pistes de compréhension sur le sujet présenté dans le récit photographique, une façon d’aller plus loin.

Zoom photographe, l’oeil et la plume et Dysturb

Après avoir découvert ces 4 reportages photo, revue Epic consacre 3 rubriques à la photographie sous différents angles.

Le Zoom, en partenariat avec Phototrend, permet de découvrir un artiste photographe et son œuvre. Vous les connaissez, on en publie régulièrement sur Phototrend. Pour ce premier numéro, Phototrend et revue Epic vous permettent de découvrir Shōmei Tōmatsu, le père de la photographie japonaise contemporaine. Dans chaque numéro de revue Epic, nous partagerons un portrait d’une personne qui a marqué la photographie.

Dans la rubrique L’Oeil et la Plume, revue Epic est parti à la rencontre de Sandrine Roudeix. Cette écrivaine, qui a récemment publié le roman Ce qu’il faut d’air pour voler est également photographe et raconte sa relation instinctive à la photographie, sa manière « d’écrire avec ses images ». Des extraits choisis de son livre Diane dans le miroir dans lequel elle se glisse dans la peau de Diane Arbus, célèbre photographe américaine.

Enfin, la parole est donnée dans les dernières pages à l’association Dysturb, média dédié à l’information et à l’éducation. Ce dernier souhaite sensibiliser sur l’importance du photojournalisme comme « langage universel qui a le pouvoir de détruire les stéréotypes, de déclencher des discussions et de sensibiliser les consciences ».

Dans ce premier numéro, Dysturb revient sur une photo d’actualité, en l’occurrence un rassemblement en hommage au professeur d’histoire-géo Samuel Paty, assassiné en octobre dernier par un terroriste. L’image est décortiquée et sert de base à un décryptage éducatif sur les grands thèmes soulevés par l’image et son contexte.

Pour terminer, on peut découvrir une sélection musicale des quatre photographes dont le travail est présenté dans ce numéro, avec QR Code pour accéder à la playlist directement sur Deezer ou Spotify.

Revue Epic, média indépendant

Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas de publicité dans revue Epic. Le média est indépendant et soutenu à 100 % par ses lecteurs avec un système d’abonnement. Comptez 70 € pour un abonnement d’un an (4 numéros) ou 19 € au numéro.

C’est le prix à payer pour une revue photo de qualité, sans publicité ni mécène. A une époque où la publicité envahit la plupart des magazines dont les pages sont de plus en plus fines, le format de revue Epic milite, avec un papier premium, une reliure et une mise en page qui met l’image au centre.

Revue Epic n’est disponible pour le moment que depuis la boutique en ligne sur revueepic.com. Les prochains numéros seront cependant disponibles dans certains lieux physiques où la photo et l’édition tiennent une place importante.

Notre premier avis sur revue Epic

Après avoir suivi la campagne de financement d’Epic, nous sommes ravis de découvrir ce premier numéro. Revue Epic offre un très bel écrin pour découvrir des reportages photo intéressants et variés, avec un format qui laisse une grande parole au photographe pour nous narrer son histoire et les coulisses de son travail.

Pensé comme une revue photo et non un magazine, revue Epic est dans la continuité des revues qui ont compris qu’il fallait créer un objet durable et désirable pour se battre face au numérique, son instantanéité et la boulimie qui en découle. Nous avons pris plaisir à parcourir les pages de ce premier numéro, notamment grâce à son dos à coutures apparentes qui permet une ouverture à plat.

Si vous souhaitez soutenir ce projet de revue photo, rendez-vous sur revueepic.com et abonnez-vous à la revue (ou au moins à leur newsletter) et suivez Revue Epic sur Facebook et Instagram.