Créatrice d’un récit unique sur le Mexique depuis les année 70, elle fait partie des plus grands et des plus prolifiques photographes latino-américains. Le témoignage visuel que livre Graciela Iturbide, est célébré pour avoir contribué à la définition de l’identité visuelle du Mexique. Focus sur une photographe qui explore la complexité et les contradictions de son pays, révélant des cheminements entre réel et spirituel.

Graciela Iturbide

Graciela Iturbide, Alheli, Oaxaca, 1995. © Graciela Iturbide, Mexico, 2021 Sony World Photography Awards

Perceptions quotidiennes du Mexique et de ses rituels

Les inégalités, les tensions entre urbain et rural, moderne et indigène, au Mexique, Graciela Iturbide les explore avec son regard de native. Et aussi, selon le principe mexicain du « hay tiempo ». Sur ses photographies, des époques et des cultures se rencontrent, tandis qu’un chemin se forme entre ancien et moderne.

Graciela Iturbide

Graciela Iturbide, Nuestra Senora de las Iguanas, Juchitan, Mexico, 1979. © Graciela Iturbide, Mexico, 2021 Sony World Photography Awards

Une femme, majestueuse, issue de la civilisation zapotèque est coiffée d’iguanes se détachant d’un fond en déclinaisons de gris. Cette photographie emblématique, Graciela Iturbide la capture à Juchitàn, dans l’État de Oaxaca, au Sud du Mexique. Il y a plus de 2500 ans, la civilisation précolombienne s’y établi, et se déploie au coeur de la vallée.

Prise dans les années 1970, la photographie fait partie de son travail au sein de la tribu Seri. Il s’agit d’une commande du INI (L’Institut National Indigène) qui ouvre l’une des périodes les plus significatives de sa carrière. Longtemps négligée et marginalisée, cette population indigène de Mexico évolue dans l’ombre de la vie citadine de la capitale — elle-même érigée sur les gravats d’une ancienne cité aztèque. Sur les portraits d’Iturbide, la culture profonde, et l’histoire spirituelle des peuples indigènes existent aux côtés de l’influence d’une mondialisation qui empiète sur les territoires.

C’est à l’occasion de cette commande qu’elle réalise également, Mujer Angel (la femme Ange), l’une de ses photographies les plus renommées. Sur cette vue figée, une femme appartenant à la tribu Seri, surgit du désert Sonoran, au nord du Mexique. Telle une apparition, en décalage avec la temporalité présente, elle porte une jupe drapée flottante et tient un poste radio dans sa main. Elle renvoie l’impression d’une figure fugitive, atemporelle. Cette image, c’est aussi la préférée de Graciela Iturbide, car elle ne se rappelle pas l’avoir capturée. Depuis, elle la considère comme un cadeau du désert.

Graciela Iturbide, Mujer Angel, Desierto de Sonora, Mexico, 1979 © Graciela Iturbide, Mexico, 2021 Sony World Photography Awards

Graciela Iturbide, une approche de la photographie influencée par le « hay tiempo »

Née en 1942 à Mexico City, Graciela Iturbide ne se destine pas, au départ, à une carrière photographique. Issue d’une famille catholique traditionnelle, elle a été sensibilisée à l’imaginaire catholique, et familiarisée avec les rituels de son pays depuis l’enfance. Si, dès son plus jeune âge, elle porte une attention particulière à la photographie, ce n’est que bien plus tard qu’elle se tournera vers le médium.

Car, à 20 ans, Graciela Iturbide se marie et devient rapidement mère de trois enfants. Ce n’est qu’en 1969, à l’âge de 27 ans, qu’elle décide de poursuivre ses passions artistiques, en intègrant le Film Center de l’Université indépendante nationale de México. À cette période, elle rencontre Àlvarez Bravo, le « père de la photographie mexicaine ». Il l’encourage considérablement dans sa pratique. Et puis, progressivement, le langage des images devient un exutoire, quand, en 1970, elle perd sa fille âgée de 6 ans, Claudia. De telle manière, qu’elle quitte bientôt une vie domestique pour poursuivre sa passion.

Dans la foulée, Àlvarez Bravo lui propose de devenir son assistante. Ainsi débutent ses pérégrinations photographiques à travers le Mexique. D’ailleurs, la photographie d’Iturbide est très influencée par l’intérêt d’Àlvarez Bravo pour les différentes communautés et par sa philosophie du « hay tiempo ». Basée sur le tempo Mexicain, le « hay tiempo » traverse les arts, la littérature et la vie mexicaine. Il se fonde sur le principe de l’observation patiente. En d’autres termes, la patience permettrait au moment de se résoudre par lui-même, de se révéler — en écho à la notion du tempo mexicain.

Graciela Iturbide, Mexico City, 1969. © Graciela Iturbide, Mexico, 2021 Sony World Photography Awards

Désignée contributrice exceptionnelle pour l’exposition des Sony World Photography Awards 2021

De nombreux photographes du XXème siècle ont documenté Mexico, à travers le prisme d’un regard extérieur. Mais, là où les photographes étrangers mettent en lumière la pauvreté et traitent l’aspect politique du Mexique, Iturbide va au-delà de l’action de documentation. À l’instar de son mentor, c’est l’essence poétique enracinée en chaque moment qu’elle recherche. De surcroit, ses observations, précises, évoquent un certain lyrisme.

Bien qu’elle soit principalement réputée pour l’oeuvre immense qu’elle a réalisé au Mexique, Iturbide a également livré des photographies venues des quatre coins du monde : des États-Unis à l’Inde, en passant par l’Italie.

Graciela Iturbide, Perros Perdidos, India, 1998. © Graciela Iturbide, Mexico, 2021 Sony World Photography Awards

Cette année, elle est la Contributrice exceptionnelle des Sony World Photography Awards 2021 (SWPA). L’opportunité de (re)découvrir son travail établit sur un temps long, dans le cadre de l’exposition virtuelle que lui consacre la Compétition Internationale. Celle-ci s’ouvrira le 15 avril 2021 sur le site des SWPA.

La sélection, opérée par l’artiste elle-même, se concentre sur son travail réalisé auprès des populations indigènes, et met l’accent sur son travail dédié à la nature (en Italie, aux États-Unis et en Inde). Elle met d’ailleurs en perspective toute une culture du symbolisme et de la spiritualité qui fascinent l’artiste.

Pour découvrir l’intégralité des séries de Graciela Iturbide, rendez-vous sur son site.

Pour plus d’information sur son exposition virtuelle organisée par les Sony World Photography Awards, rendez-vous sur le site de la compétition internationale.

Vous pouvez également admirer les clichés des finalistes des compétitions Youth, Student et Professional des SWPA. Les grands gagnants seront annoncés le 15 avril 2021, lors de l’ouverture de l’exposition virtuelle de la photographe.