Éric Bouvet et Yan Morvan ont parcouru l’hexagone durant 2 ans munis d’une chambre photographique, à la rencontre des Français. Alors que le projet est soutenu par le Ministère de la Culture, Franck Riester est venu saluer le projet et dialoguer avec les Français que l’on découvre au fil des photographies lors de l’inauguration de l’exposition sur le parvis de la Gare de Lyon à Paris. Leurs portraits s’inscrivent dans une mosaïque où se succèdent « leurs engagements, leurs colères, leurs tourments, et leurs fiertés ».

Le ministre de la Culture Franck Riester et le photographe Yan Morvan entourent la femme photographiée pour ce projet

La France contemporaine au travers de multiples regards

Suite à l’annulation du Festival photo d’Arles de cet été, l’exposition Hexagone — qui devait y figurer — a finalement trouvé sa place sur le parvis de la Gare de Lyon à Paris, et de la Gare TGV d’Avignon, en entrée libre.

80 portraits, 300 jours, 60 000 km parcourus sonnent la finalisation de ce vaste projet autour des Français de l’hexagone et des évolutions du pays. De ces visages et de leur environnement se dégage une fresque de la France contemporaine. À cet égard, Éric Bouvet et Yan Morvan ont interrogé les Français de 2018 à 2020, sur l’essence de leur appartenance au pays, avec une question précise : « Qu’est-ce qu’être Français ? ».

Le projet est organisé par le Festival les Rencontres d’Arles et SNCF Gares & Connexions. Il a pu voir le jour grâce au soutien du Ministère de la Culture, de BNP Paribas, BMW France et de l’Agence nationale de la cohésion des territoires.

En débutant leurs pérégrinations à travers la France continentale, Éric Bouvet et Yan Morvan étaient loin de se douter de tous les bouleversements que le pays allait connaître. De l’élection présidentielle de 2017, jusqu’à la pandémie du Covid-19, ils sont allés à la rencontre des Français pour leur donner la parole et le temps de se présenter.

Alexis, Paul, Thierry © Éric Bouvet

Jerem © Yan Morvan

Liseby © Yan Morvan

Dès l’origine du projet, Hexagone prévoit de capter les phénomènes qui transforment les territoires ainsi que les évolutions en France. Accolés aux portraits, on découvre les commentaires dans lesquels les Français se racontent, dévoilent leurs ressentis, leurs espoirs, leur histoire et leurs impressions.

Par le biais du portrait à la chambre photographique et des histoires individuelles, les deux photographes dressent la représentation des changements en France que l’on constate depuis des années déjà. À première vue, ils notent l’exode rural, alors que les villes prennent de plus en plus d’ampleur au détriment de la nature, et s’agrandissent en avalant les périphéries. Il y a également la métropolisation et de l’appauvrissement de plus en plus prononcé des centres urbains tout comme la mutation de l’agriculture et de l’industrie.

Portrait des Français à la chambre photographique

Ces photos ont été réalisées durant 80 séances photographiques, à la chambre 20 x 25 (une Deardorff 8×10) et s’affichent sur les larges panneaux de l’exposition. La chambre photographique est un appareil assez encombrant, mais dont le rendu, le piqué, et la restitution des couleurs sont d’une qualité exceptionnelle. La chambre laisse également le temps au photographe et au modèle d’établir un lien, d’instaurer un échange, de prendre le temps d’écouter.

Liseby est femme de ménage, André a le grade de sergent, Juline est infirmière, Charline est fleuriste. Derrière ces visages se révèlent diverses histoires, professions, paroles et représentations qui forment une fresque de la France de ces deux dernières années. Au sein de ces histoires personnelles se dessinent également les bouleversements que le pays a vécus ces deux dernières années, avec la crise des Gilets jaunes, et surtout le Covid-19.

Cette fracture avec l’instantanéité de notre époque (entre selfie et numérisation) accordée par le long procédé de la chambre photographique — avec ce modèle des années 50 choisi par Éric Bouvet et Yan Morvan — a été le fil conducteur du projet. Le but étant de redonner du sens aux choses, de leur accorder du temps. Alors que Romain, en tenue de boucher, se dévoile sur la photographie prise dans sa chambre froide par Yan Morvan, on se sent plongé dans son histoire. Il aura fallu à peu près 3 heures pour obtenir ce cliché, après que le photographe soit venu se présenter dans sa boucherie pour lui proposer de participer au projet.

Éric Bouvet et Yan Morvan : deux carrières brillantes et différentes

Né en 1961, Éric Bouvet devient photojournaliste en 1981 et intègre l’agence Gamma. Il a suivi des études dans les arts et industries graphiques à l’École d’Estienne. Dès ses 8 ans, la passion pour la photographie s’empare de lui alors qu’il découvre en direct les images de la mission Apollo 11 qui atterrit sur la Lune. C’est le déclic qui lui fait réaliser l’importance des moments historiques, qui seront le leitmotiv de sa carrière.

Le photographe a couvert les grands conflits et évènements mondiaux, en Afghanistan, en Tchétchénie, au Rwanda, au Proche-Orient, en Somalie, en Irak, en Libye à Tian’anmen ou encore la Chute du mur de Berlin et les commandos russes. Ainsi, son travail lui a valu 2 Visas d’Or et 5 World Press Photo. Il a aussi reçu le Prix du Correspondant de Guerre en 2000 et le Frontline Club Award en 2014.

Quant à Yan Morvan, né en 1954, il publie en 1974 sa première photographie dans le journal Libération, après avoir suivi des études de mathématiques et de cinéma. De 1980 à 1988, il couvre les principaux conflits mondiaux pour l’agence Sipa. D’ailleurs, il reçoit le Prix Robert Cappa en 1983 pour son travail au Liban, puis deux prix World Press Photo.

Racontant des histoires individuelles, Yan Morvan effectue des reportages sur les Hells Angels. S’en suivra un travail de 20 ans sur les gangs. On retient ses projets comme ses errances thaïlandaises avec « BKK » où il dépeint la réalité de la vie thaïlandaise ou encore son livre « Les années de fer » sur l’essor des sous-cultures britanniques entre 1979 et 1981. Yan Morvan réalisera des reportages pour Paris-Match et du Figaro Magazine. On le connaît aussi pour sa photo du mariage de Lady Di en 1981 qui a fait le tour du monde.

Entre l’univers « rebelle » et poétique de Yan Morvan, et l’inspiration plus contemporaine que prend désormais la photographie d’Éric Bouvet, les deux photojournalistes combinent des styles différents. Mais en commun, ils ont une carrière remarquable dans le photojournalisme, une grande passion pour l’humain, tout comme une maîtrise grandiose du médium. Ils s’appliquent à documenter le monde en explorant tous ses recoins et en plaçant l’humain en première ligne. Ainsi leur implication dans les évènements historiques du monde depuis les années 1980 a fait d’eux des témoins privilégiés pour mener à bien le projet « Hexagone ».

À découvrir sans plus tarder, l’exposition Hexagone est présentée en extérieur et en intérieur, sur les immenses panneaux de la gare Paris Gare de Lyon et à la gare TGV d’Avignon du 25 juin au 1er septembre 2020.

Informations pratiques :
Exposition Hexagone, la campagne photographique
Éric Bouvet et Yan Morvan
du 25 juin au 1er septembre 2020
Paris Gare de Lyon
Gare TGV-Avignon
Entrée libre