Mauvaise nouvelle pour Huawei. Google vient de retirer au constructeur chinois sa licence Android. Celle-ci permet aux smartphones Huawei et Honor de bénéficier des mises à jour de sécurité, des services Google et de l’accès au marché d’applications Google Play. Quelles sont les raisons de cet acte et quelles en seront les répercussions ?

La rivalité commerciale entre les États-Unis et la Chine

Cette décision intervient dans un contexte particulièrement tendu entre Washington et Pékin, marqué par une guerre commerciale entre les deux superpuissances. La semaine dernière, Donald Trump avait signé un décret interdisant aux entreprises américaines de commercer directement avec les sociétés étrangères considérées comme « à risque ».

Ainsi, l’administration américaine a interdit à Huawei d’implanter ses technologies réseau sur le territoire américain, et notamment celles concernant le déploiement de la 5G. Au cours des derniers mois, Huawei avait fait l’objet de forts soupçons de la part des services de renseignement américains.

Le groupe chinois, fondé par un ancien cadre de l’armée, entretiendrait des relations étroites avec le gouvernement de Pékin ; à ce titre, il est soupçonné de vols massifs de données d’entreprises américaines (mais également hollandaises), et d’avoir intégré des portes dérobées (ou backdoors) dans les équipements conçus pour les opérateurs Internet et téléphone.

Quel impact pour les smartphones de Huawei et Honor ?

De fait, le géant américain Google a décidé de se conformer à ce décret en retirant à Huawei sa licence Android. Toutefois, seuls les terminaux à venir sont concernés par cette mesure : les modèles déjà commercialisés (comme les récent P30 Pro ou Honor View 20) par Huawei et Honor pourront continuer à bénéficier des services Google.

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Un tweet publié sur le compte officiel d’Android vient le confirmer : « nous nous conformons aux décisions prises par le gouvernement américain ; cependant, les services comme le Google Play et les solutions de sécurité telles le Google Play Protect continueront de fonctionner sur vos appareils Huawei existants ».

Toutefois, l’avenir de ces terminaux s’avère incertain : ils ne pourront pas bénéficier des futures mises à jour majeures d’Android, à l’instar d’Android 10 Q, qui doit être lancée dans quelques mois.

Android étant un système d’exploitation Open Source, Huawei pourra toujours continuer à se baser sur cette version « nue », baptisée AOSP. Néanmoins, la firme chinoise ne pourra plus bénéficier de l’aide de Google pour implémenter l’OS sur ses téléphones, ni de la panoplie des services Google qui sont habituellement préinstallés sur les smartphones. Ainsi, ceux-ci ne bénéficieront plus du magasin d’applications Google Play, et les applications telles que Google Search, Gmail, Maps, Chrome, Youtube, etc.

Cependant, la firme chinoise avait déjà indiqué développer une solution de secours à travers son système d’exploitation maison, nommé Kirin OS. Reprenant les bases de la surcouche EMUI, Kirin OS intègrerait toutes ses fonctionnalités (notamment sur la partie photo) sans reposer sur les bases techniques d’Android.

Huawei fragilisé ?

Cette situation s’avère particulièrement préjudiciable pour Huawei, qui s’est récemment emparé de la 2e place du classement des constructeurs de smartphones (en détrônant Apple mais en demeurant derrière le coréen Samsung). Parallèlement à la décision de Google, Intel, Qualcomm et Broadcomm ont également annoncé leur intention de couper les ponts avec le groupe Huawei.

La firme de Shenzhen n’est d’ailleurs pas la seule à être dans le collimateur des services de renseignement américains : le FBI, la CIA et la NSA émettent des soupçons à l’égard d’une autre entreprise chinoise, ZTE. Le 4 avril 2019, le MIT (Massachussetts Institute of Technology) avait ainsi annoncé sa décision de rompre toutes ses relations avec Huawei et ZTE.

Une telle situation fragilise grandement Huawei : si les smartphones de la marque étaient déjà bannis à la vente sur le territoire américain, la firme chinoise se voit écartée du marché de la 5G, sur lequel elle possède une forte avance sur ses concurrents Nokia et Ericsson. En Europe, toutefois, les craintes de l’administration américaine semblent nettement moins partagées, la France et l’Allemagne ayant récemment déclaré être favorables au déploiement des technologies de Huawei en vue de l’arrivée de la 5G.

Pour le moment, Huawei n’a encore fait aucun commentaire sur la décision prise par Google ni sur les démarches qu’elle va entreprendre pour continuer à se développer sur le marché des smartphones.