Les français Nicolas Gaspardel & Pauline Baert ont remporté le 1er prix de la catégorie Still Life des Sony World Photography Awards (le 18 avril 2019) avec leur série photo Beurk. Nous avons voulu en savoir plus sur eux, et sur leur univers de photographie culinaire détournée qui explore le dégoutant avec de la nourriture industrielle — le tout mis à contribution pour servir des métaphores ou des mises en scène sur la vie quotidienne. Il en ressort des photographies aussi poétiques que dérangeantes… c’est ce qui a séduit le jury du SWPA.

Pauline Baert et Nicolas Gaspardel devant leurs photos primées à la Somerset House de Londres pour le concours SWPA 2019 – © Damien Roué

Photographes plasticiens basés à Paris où ils travaillent en freelance depuis 2 ans, le duo vient de la publicité. Nicolas Gaspardel est également concepteur rédacteur et Pauline Baert directrice artistique. « Notre rapport à la photographie est en fait très particulier, nous voyons la photographie comme un medium pour transmettre nos idées, notre vision du monde, nos messages… Ce qui compte davantage que la photographie, c’est l’objet que nous créons ! Evidemment ensuite la couleur, la mise en scène et la prise de vue font partie de notre signature. »

SUCK MY BALLS © Pauline Baert et Nicolas Gaspardel

PIÈCES MONTÉES © Pauline Baert et Nicolas Gaspardel

Nicolas Gaspardel & Pauline Baert jouent sur le contraste des couleurs saturées des aliments et le fond de couleur vive, en faisant l’analogie entre la forme ou l’aspect des aliments et des objets de la vie quotidienne — des croquettes pour chien Cheerios à la dynamite, en passant par le service de table à la raquette de ping-pong — il n’y a pas de limites à la concrétisation de leur imagination.

Parfois ironiques et évocatrices, d’autres fois provocantes et dérangeantes, les photographies de la série « Beurk » sont accompagnées d’une légende pleine d’à-propos, et apportent un vent de fraicheur dans la photographie conceptuelle.

« Le concept c’était de prendre du laid en photo et d’en faire du beau. »

À la question pourquoi l’idée de faire du food-porn sur fond pop, ils répondent avec dérision : « Parce qu’on nous a toujours interdit de jouer avec la nourriture !« . Mais la naissance de leur concept vient d’Instagram et des photographies virales de nourriture qui ont envahi le réseau social depuis quelques années. « On a finalement pris le contre-pied. Le concept c’était de prendre du laid en photo et d’en faire du beau, » expliquent Nicolas et Pauline. « Et puis on a commencé à raconter des histoires sur chaque photo, notre éducation publicitaire a fait des siennes, » ajoutent-ils.

L’inspiration, ils la trouvent en se promenant dans les supermarchés, boucheries ou primeurs. Parfois recherchant l’aliment qui saura le mieux traduire l’idée de mise en scène qu’ils ont en tête, d’autres fois en se laissant entrainer par la couleur ou l’aspect d’un aliment qui font germer de nouvelles idées.

RÉGIME YOYO ©Pauline Baert et Nicolas Gaspardel

PAS DE BOL ©Pauline Baert et Nicolas Gaspardel

DYNAMEAT ©Pauline Baert et Nicolas Gaspardel

Travailler avec de la nourriture chimique et industrielle, en recherchant à faire du beau avec de l’écoeurant, a des répercussions sur le shooting, différent de la photographie culinaire classique qui cherche à séduire. C’est ce qu’évoquent Pauline et Nicolas en revenant sur leur pire souvenir de shooting. « Je pense que la pire photo qu’on ait faite, et qu’on a jamais montré d’ailleurs c’est « Very bad Trip ». L’idée c’était de faire un masque de voyage en tripes de mouton. Une horreur ! L’odeur était abominable, même rincé, même nettoyé, on a mis des heures à approcher l’aliment et avec des masques en plus. »

PENSE-BÊTE ©Pauline Baert et Nicolas Gaspardel

INSERT COIN ©Pauline Baert et Nicolas Gaspardel

SERVICE DE TABLE ©Pauline Baert et Nicolas Gaspardel

Gagnant du 1er prix de la catégorie Still Life des Sony World Photography Awards, véritable tremplin pour leur carrière, le duo français compte bien poursuivre de nouveaux projets. « On est évidemment très fiers de cette récompense. C’est une véritable reconnaissance pour nous qui ne sommes pas photographes au départ. On espère que c’est un début et que cela nous permettra de continuer, et de diffuser cette série, mais aussi d’en produire d’autres !« .

La suite, ils la prévoient déjà, avec une nouvelle série sur papier — cette fois ce n’est plus de la photographie culinaire — qu’ils disent « bien plus conséquente » et ont toujours l’idée de créer un magazine, peut-être sous forme de livre alors que l’on peut déjà consulter « Beurk magazine » en ligne.

Pour découvrir les autres photographies de la série, rendez-vous surle site de Nicolas Gaspardel & Pauline Baert.

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