En photographie, il existe un mythe du trépied photo. Sans lui, pas de photo nette mais plutôt un résultat flou et raté. Certes, un trépied permet de stabiliser son appareil photo, mais il existe également diverses solutions et « hacks » pour se passer de cet accessoire souvent encombrant, lourd et pas franchement pratique.

Voici nos alternatives pour stabiliser votre appareil photo sans trépied.

La règle de la réciproque vitesse-focale

La première façon de stabiliser son appareil photo sans trépied est d’utiliser une vitesse suffisamment rapide pour ne pas avoir besoin d’un trépied. C’est simple mais efficace.

Pour cela, vous devez avant tout disposer d’un appareil photo avec la possibilité de choisir les réglages basiques comme la vitesse d’obturation, l’ouverture et la sensibilité ISO. Le but est ici de choisir une vitesse d’obturation suffisamment rapide pour que la prise de vue à main levée n’entraîne pas de flou de bougé.

Jusqu’à quelle vitesse est-il possible de descendre ? Cela va dépendre de la taille du capteur de votre appareil photo et de la focale utilisée.

Il existe une règle plus ou moins établie qui s’appelle la règle de la réciproque vitesse-focale. Cette règle, qui date de la photographie argentique, s’applique encore aujourd’hui. Elle consiste à ne pas descendre à une vitesse inférieure au ratio 1/focale.

Par exemple, si j’utilise un objectif 50mm, je peux facilement réaliser des photos sans trépied en conservant une vitesse d’obturation supérieure ou égale à 1/50s.

Photo prise au lever du soleil en haut d'une montagne en Indonésie. Pour être sur d'avoir une vitesse suffisamment rapide (1/60s et j'étais à 12mm sur un capteur Micro 4/3) j'ai augmenté les ISO à 1000.

Photo prise au lever du soleil en haut d’une montagne en Indonésie. Pour être sur d’avoir une vitesse suffisamment rapide (1/60s et j’étais à 12mm sur un capteur Micro 4/3) j’ai augmenté les ISO à 1000.

Attention, cette règle, datant de l’argentique, s’entend pour un capteur 24x36mm ou plein format. Pour les appareils photo dont le capteur est plus petit (APS-C, Micro 4/3, 1 pouce, etc.) il faut l’adapter un minimum en prenant en compte le coefficient multiplicateur.

Par exemple, pour un reflex APS-C Nikon comme le Nikon D500, le coefficient multiplicateur de focale est de 1.5x. Un objectif 50mm sur le D500 aura donc une focale équivalente à un 75mm (50*1,5) en 24×36. En appliquant cela à la règle de la réciproque vitesse-focale, on obtient donc une vitesse basse de 1/75s.

Dernier élément à prendre en compte : la stabilisation optique ou du capteur. Si l’appareil photo dispose d’une stabilisation, cette dernière va permettre de descendre plus ou moins sous la vitesse limite imposée par la règle de la réciproque vitesse-focale car la stabilisation rend l’image plus stable.

Difficile de trouver un calcul général car la stabilisation est différente sur le matériel, à vous de faire des tests, qui dépendront également beaucoup de votre capacité à garder l’appareil stable durant la prise de vue. Certains photographes tremblent, d’autres gardent une main de fer lors du déclenchement.

De manière générale, lorsque vous avez peur de réaliser une photo floue en raison de l’absence de trépied, utilisez le mode priorité vitesse de votre appareil photo – vous réglez la vitesse d’obturation – et laissez l’appareil jongler avec les autres réglages, tout en gardant un œil dessus, notamment sur la sensibilité ISO pour éviter que cette dernière, en réglage ISO Auto, ne grimpe au plafond, avec le bruit que cela entraîne.

N’oubliez pas également de prendre en compte les mouvements de votre sujet dans le choix de la vitesse d’obturation.

Connaître les réglages de votre appareil

De manière générale, et pour compléter le point précédent, il est important de connaître les réglages de votre appareil, et l’impact d’un réglage sur les autres éléments et la bonne exposition de votre photo. L’ouverture et la sensibilité ISO peuvent ainsi permettre de disposer d’une vitesse plus rapide qui supprimera tout flou de bougé.

Plus vous utilisez une grande ouverture (nombre f/ bas, comme f/1.8), plus vous ferez entrer de la lumière sur votre capteur et pourrez utiliser une vitesse d’obturation rapide. Attention, plus l’ouverture est grande, plus la profondeur de champ est réduite.

Plus vous utilisez une sensibilité ISO élevée, plus votre capteur sera sensible et plus vous pourrez utiliser une vitesse d’obturation rapide, tout en exposant correctement votre scène. Attention, plus la sensibilité ISO est élevée, plus le bruit numérique est important.

Si ces notions ne sont pas claires pour vous, je vous invite à découvrir notre petit livret sur les réglages manuels, utile pour comprendre les incidences des réglages sur votre photo.

Utiliser un objectif grand angle plutôt qu’un téléobjectif

Si vous comptez utiliser un téléobjectif de 200mm dans des conditions de lumière très difficiles, il sera très difficile de se passer d’un trépied.

C’est moins vrai pour un objectif grand angle. En effet, plus la focale de votre objectif est longue, plus les tremblements et petites vibrations sont amplifiées, ce qui signifie que vous devez compenser par une vitesse bien plus rapide.

Avec un téléobjectif, vous risquez donc d’être obligé d’utiliser une sensibilité ISO élevée pour exposer votre photo correctement, ce qui risque de réduire la qualité de l’image finale.

Trouver votre trépied naturel

L’objectif premier d’un trépied est de stabiliser l’appareil photo. Et si vous trouviez un autre élément capable de la même prouesse. En ville, s’appuyer contre un muret, un poteau ou tout autre mobilier urbain peut aider le photographe à stabiliser son appareil et à utiliser une vitesse plus lente.

La prochaine fois que vous sortez sans trépied, regardez autour de vous et étudiez tout ce qui pourrait vous servir à stabiliser l’appareil photo : un arbre, un mur, un rocher, un poteau, etc.

Combien de fois ais-je également posé mon appareil photo sur une surface relativement plate pour m’en servir de trépied : un muret, un capot de voiture, une pile de livres, etc. Ici, il est important de trouver une surface solide et stable, pour éviter que votre appareil ne tombe.

La difficulté sera ensuite de trouver le bon angle (et de le conserver) pour votre photo.

Photo réalisée avec un Lumix GX8 à Singapour cet été. N'ayant pas de trépied, j'ai posé l'appareil photo sur une rembarde (un peu bancale...) et j'ai stabilisé l'appareil pour réaliser cette pose longue de 25 secondes. Le résultat est net.

Photo réalisée avec un Lumix GX8 à Singapour cet été. N’ayant pas de trépied, j’ai posé l’appareil photo sur une rembarde (un peu bancale…) et j’ai stabilisé l’appareil pour réaliser cette pose longue de 25 secondes. Le résultat est net.

Pour éviter d’abimer votre appareil photo, notamment sur un rebord rugueux comme un muret en pierre, une petite serviette en microfibre est toujours utile. Mieux, un sac en tissu composé de lentilles peut bien caler l’appareil photo :

Crédit photo : TechRadar

Crédit photo : TechRadar

Bien tenir votre appareil photo

De la même manière qu’un poteau permet de vous stabiliser, le corps joue également un rôle important pour stabiliser votre appareil. Ecartez les jambes pour avoir les pieds alignés avec les épaules, gardez vos coudes proches du corps et placez une main sous l’objectif permet de réduire les vibrations et les mouvements.

Enfin, n’utilisez pas le viseur LCD mais privilégiez le viseur optique de votre appareil pour le tenir plus prêt de votre visage, vous en serez d’autant plus stable.

Ce qu'il ne faut pas faire...

Ce qu’il ne faut pas faire…

Dans certains cas, si vous devez vous baisser, placez vos coudes sur vos jambes. Ou mieux : allongez-vous ! Et placez vos coudes au sol. Vous serez aussi stable qu’un sniper.

Respirer, déclencher

Et si votre respiration pouvait avoir un impact sur la netteté de vos photos ? De la même manière que la respiration est très importante pour les archers ou tireurs, respirer correctement en photo permet de mieux réussir ses photos.

Le conseil : ne retenez pas votre respiration avant de prendre une photo, mais respirez naturellement et de manière régulière. Au moment de l’expiration, vous êtes le plus relaxé et stable et c’est à ce moment-là qu’il faut déclencher.

Utiliser un GorillaPod

Oui, techniquement le GorillaPod est un trépied. Mais il n’entre pas dans la catégorie de ces objets lourds et encombrants, sauf peut-être pour la version Focus qui permet de soutenir un appareil photo pro ou une caméra.

Le Gorilla Pod est un trépied flexible qui peut se ranger facilement à l’intérieur d’un sac. Avec ses pieds flexibles, il peut s’accrocher facilement à des branches, des barrières et servir dans bien d’autres situations.

Il existe différents formats pour différents types et gabarits d’appareils photo.

Utiliser une corde en guise de monopode

Cette méthode est réservée aux bricoleurs. Il est possible d’utiliser une corde en guise de monopode. La technique est simple : vous accrochez une corde à votre appareil photo et vous la bloquez au sol avec votre pied. La tension entre le sol et l’appareil photo permettra de le stabiliser.

Cette technique demande un peu de pratique mais peut vous sauver la mise.

Conclusion

Ces multiples conseils vous permettrons de stabiliser correctement votre appareil sans avoir recours à un trépied. Si ce n’est pas suffisant, il est bien entendu nécessaire d’utiliser un trépied, mais on vous aura déjà éviter pas mal de kilos supplémentaires à transporter.

Si jamais vous avez une astuce qui n’a pas été abordée, où que vous avez inventé, n’hésitez pas à la partager en commentaire de cet article.