Antoine d’Agata est un photographe français né en 1961, membre de l’agence Magnum Photos et reconnu notamment pour ses travaux sur l’intime.

Originaire de Marseille, Antoine fréquente dès l’âge de 17 ans l’univers punk, anarchiste et le monde de la nuit : prostitution et drogue sont au rendez-vous. Il passera ses 15 prochaines années dans cet univers, parfois sans domicile fixe, avec une forte dépendance à la drogue. En 1990, il part de France et étudie la photographie à New York où il suit les cours de Larry Clark et de Nan Goldin. Il travaille ensuite comme reporter ainsi qu’au département éditorial de Magnum Photos.

FRANCE.

© Antoine d’Agata

C’est à 37 ans qu’il devient photographe et publie ses premiers ouvrages De Mala Muerte et Mala Noche, décrivant le monde de la nuit et de la prostitution, puis remporte le prix Niépce pour « Hometown » en 2001. Durant les prochaines années, il continue à publier régulièrement : Vortex et Insomnia, Stigma puis Manifeste sur les thèmes de la nuit, l’errance, la prostitution, le sexe, les corps et les expériences alternatives.

Profondément nomade, il anime des ateliers, donne des cours de photographie et participe à des colloques un peu partout dans le monde. Depuis 2004, il fait partie de Magnum Photos.

Qui y a t’il de si intéressant dans ses images ?

De tous les photographes travaillant sur le thème de l’intime, Antoine d’Agata fait parti de ceux qui vont le plus loin, repoussant les limites de son être. Que l’on soit sensible ou pas à son travail, il faut reconnaître qu’il va au bout de sa démarche, nous dévoilant son corps, ses peurs, ainsi que son inconscient. Il ne définit presque jamais à l’avance ce qu’il va photographier et se laisse errer dans le monde nocturne, guidé par son inconscient et ses obsessions.

PORTUGAL. Graga. 2002.

© Antoine d’Agata

Il utilise tous les moyens pour perdre le maximum de conscience afin d’être le plus instinctif possible. Antoine n’est pas spectateur de ses images, il prend part à ses images et en est acteur.

« Je ne peux photographier si je ne suis pas acteur à part entière des situations dans lesquelles je m’immisce ou que je provoque. Épicentre d’un champ de filtres, de prismes et de zones d’ombres, je photographie ce que je fais, je fais ce que je photographie. »

CANARIES. LAS PALMAS.

© Antoine d’Agata

A l’origine, le rendu du flou vient du fait qu’il ne photographiait qu’en état d’ébriété, puis il s’est rendu compte que le flou faisait naitre quelque chose de différent de la réalité. Il a appris à contrôler ce flou pour en faire ressortir de nouveaux éléments. Ce qui est intéressant c’est le paradoxe autour de ce flou : il adouci à la fois la brutalité et la crudité des images, et fait naitre en même temps de nouvelles formes, qui rendent parfois les personnages monstrueux. Le résultat est surprenant et envoute quiconque regardant ces images.

Etonnante image dont le flou accentuant la folie du photographe, alors sous l’effet d’une drogue.

Etonnante image dont le flou accentue la folie du photographe, alors sous l’effet d’une drogue. © Antoine d’Agata

Le spectateur est contraint de prendre du recul avec ce qu’il voit, afin d’identifier les formes et la scène dans ses images floues, ce qui implique le spectateur dans cette expérience photographique.

« Mes états seconds produisent toutes sortes d’inadvertances quand je photographie et cela m’a sans doute conduit à me rapprocher de cette vision. Mais le flou est un outil dangereux qui entraîne irrémédiablement la photographie vers la poésie et l’abstraction. Je suis à la recherche d’un état intermédiaire de la représentation photographique, moins graphique, plus charnel, plus imbriqué dans la matière même du corps. »

Pour réaliser ses images, Antoine utilise aussi bien le numérique que l’argentique, en particulier un appareil de type Leica en petit format, afin de simplifier la prise de vue. Mais également un Polaroid ou encore des appareils jetables.

Canary Islands. Playa des Ingles. 2005.

© Antoine d’Agata

« L’expérience que j’ai de ce type d’immersion prolongée me permet aujourd’hui de me défaire de tout romantisme. Je vais à l’essentiel. Je n’ai plus besoin de prétexte, ni de justification. J’ai entrevu peu à peu l’obscénité même d’une construction intellectuelle et poétique qui servirait d’alibi à ma faim insatiable de chair et de substances anesthésiantes. »

MEXICO, TIJUANA, 2000.

© Antoine d’Agata

Antoine d’Agata choque par son esthétique brutale, mais son travail est avant tout une cohérence, il avance dans une démarche bien définie, il prend des risques, photographie ce qui lui fait peur ou le repousse et va au bout de sa quête personnelle, tout en permettant aux spectateurs de constater cette tranche de vérité qu’il dénonce.

Ces surprenantes images sont un support pour se rendre compte de certaines réalités autant qu’elles sont atypiques dans le rendu esthétique.

GERMANY. Hamburg. 2002.

© Antoine d’Agata

EL SALVADOR. San Salvador. 1998.

© Antoine d’Agata

LITHUANIA. Vilnius.

© Antoine d’Agata

GUATEMALA city.

© Antoine d’Agata

MALI. Bamako. 1999.

© Antoine d’Agata

Pour aller plus loin, voici un court interview vidéo :

Une grande partie de ses images sont visibles sur le site de l’agence Magnum.