Pour ce Mercredi Pratique, nous allons aujourd’hui nous pencher sur une caractéristique plutôt technique de la photo, et en particulier de la mise au point : l’hyperfocale (ou distance hyperfocale). Si cette technique n’est pas évidente à comprendre de prime abord, vous verrez qu’une fois maîtrisée elle peut s’avérer bien pratique. Mais pour ceux qui ne veulent pas toucher aux chiffres, il vous faudra faire un effort cette semaine !!

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Qu’est-ce que l’hyperfocale et comment la calculer

L’hyperfocale est la « distance minimum à partir de laquelle le sujet est net, si on fait la mise au point sur l’infini. » (cf Wikipedia, je ne vois pas comment faire plus clair 🙂 ). En d’autres termes : quand votre mise au point est réglée à l’infini, tout l’arrière plan de la photo sera naturellement net. En revanche, les sujets qui seront trop proches de l’objectif seront flous. L’hyperfocale correspond donc à cette distance minimale à partir de laquelle les sujets seront nets.

D’ailleurs, une seconde définition, encore plus claire, dit que « la mise au point faite sur l’hyperfocale, permet d’obtenir la plus grande plage de netteté qui s’étend alors de la moitié de cette distance à l’infini ».

Pour calculer cette distance, ce sera difficile à faire de tête. Mais une fois que vous aurez calculé certaines valeurs, vous pourrez les réutiliser sans avoir à faire à nouveau de calcul. Dans tous les cas, nous allons limiter au maximum la théorie et se limiter à un seul calcul. La formule la plus simple (quoique légèrement approximative) est la suivante :

Hyperfocale = (focale)² / (ouverture x cercle de confusion)

Ici, la focale est en mm (la valeur de votre « zoom »), l’ouverture vous est donnée au moment de la prise ou est réglée manuellement, et la valeur du cercle de confusion est définie pour chaque appareil (par exemple, elle est de 0.02 chez Nikon ou Pentax et de 0.019 chez Canon – la liste complète chez DOFMaster). Le résultat est exprimé en mm, il faudra donc diviser par mille pour l’avoir en mètre, plus exploitable.

Prenons maintenant un exemple : j’ai un Nikon D80 (0.02 pour la valeur du cercle de confusion), avec un objectif standard 18-70 réglé sur 18mm, et je règle mon ouverture sur f/8. Le calcul de l’hyperfocale devient :

Hyperfocale = (18)² / (8 x 0.02) = 324 / 0,16 = 2025 mm

Avec ces réglages, en effectuant une mise au point sur un sujet à 2,02m, tout sujet entre 2m et l’infini sera net. Simple non ? D’ailleurs, il est également bon de savoir que la zone nette de votre image, si la mise au point est faite à la distance hyperfocale, commence dès la moitié de l’hyperfocale. Dans notre exemple, la zone nette s’étend donc d’environ 1m à l’infini.

Breakdance on the Trocadero

Bien se servir de l’hyperfocale

La mesure de l’hyperfocale et son utilisation peuvent vous servir dans différents contextes, je vais ici me limiter aux deux plus importants à mes yeux.

  • Le cas le plus classique est la photo de paysage pour laquelle on veut avoir un sujet au premier plan qui soit net. Celui-ci ne pourra l’être que s’il est au-delà de la moitié de la distance hyperfocale.
  • Dès que la mise au point est difficile, tant automatiquement (l’appareil n’y arrive pas seul, en cas de faible lumière par exemple) que manuellement (lorsque vous ou les sujets bougent beaucoup, quand vous ne pouvez pas voir dans le viseur si l’image est nette – comme en soirée ou boîte de nuit). Ainsi, il est parfois préférable de ne pas avoir à faire la mise au point et de faire un réglage manuel fixe (cela peut être comme dans mon exemple précédent 18mm, f/8, 1/15s, 800iso): en choisissant une mise au point à 2m, vous pourrez faire des photos – relativement – nettes de 1.1m à l’infini. Il ne vous reste donc plus qu’à calculer votre éloignement par rapport au sujet et à déclencher sans avoir à réfléchir à vos réglages.
  • Le cas du fisheye : les fisheyes utilisent par défaut le principe de l’hyperfocale (les distances repérées sur l’objectif sont grosso modo 0.5m, 2m, 10m, infini) et la mise au point ne peut pas être faite sur une zone précise de la photo au détriment du reste.
  • Enfin, cela peut être plus pratique si vous avez un téléobjectif dont la mise au point automatique est un peu lente et qu’il est difficile de mettre au point au viseur.

Faites attention cependant à une limite liée à la profondeur de champ. En utilisant l’hyperfocale pour une photo de paysage avec un premier plan relativement proche et un arrière plan très profond, ce dernier risque de ne pas être parfaitement net. On rejoint ici l’idée du cercle de confusion (peut être un autre MP ?) et pour être sûr d’avoir tout l’arrière plan le plus net possible, le choix de l’hyperfocale n’est pas toujours le meilleur.

Pour ceux qui l’utilisent déjà, n’hésitez pas à partager votre expérience dans les commentaires. Et pour aller plus loin dans les calculs ou approfondir la théorie, je vous invite à jeter un oeil aux pages française et anglaise de Wikipedia.

Crédit photo couverture : Flickr