Rétro-test Canon EOS 5D Mark II : presque 20 ans plus tard, que vaut l’icône d’une époque ?

En 2008, ce boîtier a révolutionné le monde de l’image. Premier reflex plein format capable de filmer en Full HD… Le Canon EOS 5D Mark II a notamment permis à des cinéastes indépendants de rivaliser avec des productions à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Mais 17 ans plus tard, alors qu’on parle de 8K, d’autofocus dopé à l’IA et de capteurs de 60 mégapixels… est-ce que ce dinosaure a encore sa place dans votre sac photo ? C’est ce que nous vous proposons de découvrir dans ce rétro-test du Canon EOS 5D Mark II.

Test Canon EOS 5D Mark II : 17 ans plus tard, toujours au TOP ?!?

Merci à MPB de nous avoir permis de tester ce boîtier reflex. Le Canon EOS 5D Mark II ainsi que de nombreux autres boîtiers, objectifs et accessoires sont disponibles d’occasion sur le site MPB.com.

Présentation du Canon EOS 5D Mark II

Alors que les hybrides dominent plus que jamais le monde de la photographie avec leurs capteurs ultra-définis, des autofocus boostés à l’IA et autres mode vidéos 8K, Open Gate, etc., nous avons voulu ralentir un peu le rythme et nous sommes demandés comment si un boîtier plus ancien pouvait encore valoir le coup en ce début 2026.

Notre choix s’est porté sur un reflex emblématique, le Canon EOS 5D Mark II. Ce boîtier, lancé en novembre 2008, au capteur de 21 Mpx a marqué toute une génération en étant le premier appareil plein format capable de filmer en Full HD et jusqu’à 30 fps !

Une prouesse à l’époque qui permit au 5D II d’être aussi le premier reflex à être prisé autant des photographes que des cinéastes. C’est aussi pour cela qu’il nous faisait de l’œil. Nous étions alors intrigués de voir si, 17 ans plus tard, il tenait encore la route que ce soit en photo ou vidéo, un domaine qui peut-être bien plus évolué que le reste.

Retro test Canon EOS 5D Mark II

Lancé à 2 900 €, soit près de 3 800 € actuels en tenant compte de l’inflation, le Canon EOS 5D Mark II se retrouverait en concurrence avec un appareil comme le Panasonic Lumix S1R II. En oubliant l’inflation, le 5D Mark II se retrouve exactement au même prix que l’EOS R6 Mark III. Mais, la comparaison directe n’aurait alors guère de sens tant les technologies ont pu progresser. L’appareil étant affiché entre 150 et 300 € d’occasion à présent.

Nous nous attacherons donc, autant que possible, d’évaluer le 5D Mark II sur ses qualités propres, plutôt qu’en le comparant aux boîtiers plus modernes. Cela dit, il est difficile d’ignorer le parallèle avec son lointain « descendant », le Canon EOS R5 Mark II, qui, par un curieux hasard de calendrier, partage une nomenclature presque identique. En dehors de la diagonale du capteur, toutefois, les deux appareils n’ont plus grand-chose en commun.

Retro test Canon EOS 5D Mark II

Pour rappeler les bases, le boîtier se distingue notamment par son capteur plein format de 21 Mpx, une nette évolution face aux 12 Mpx du premier 5D, et par son mode vidéo alors jugé « révolutionnaire ». Il propose également une rafale proche de 4 i/s, un écran LCD de 3 pouces non tactile et un autofocus à 9 collimateurs.

Voici la liste des caractéristiques techniques du Canon EOS 5D Mark II :

  • capteur : CMOS plein format 21 Mpx
  • filtre passe-bas : oui
  • processeur : Digic 4
  • visée : optique, 98 % de couverture, grossissement 0,71x, dégagement oculaire 21 mm
  • écran : LCD, 3 pouces, 0,92 Mpts (640 x 480 px), fixe, non-tactile
  • autofocus : détection de phase (visée reflex) + contraste (liveview)
  • nombre de collimateurs sélectionnables : 9
  • couverture AF : N.C.
  • détection automatique : visages (en liveview)
  • plage de détection AF : -0,5 – 18
  • sensibilité : 100 à 6400 ISO (extensible de 50 – 25 600 ISO)
  • rafale (obturateur mécanique ou électronique) : 3,9 i/s avec suivi AE/AF
  • obturation : 30 s – 1/8 000s (mécanique) / 1 s – 1/4 000s (électronique)
  • vidéo : Full HD 30 fps ; Full HD 24 fps ; 640p 30 fps
  • profils colorimétriques vidéo : N.A.
  • stockage : 1 x Compact Flash
  • connectivité sans fil : N.A.
  • monture : Canon EF
  • batterie : Canon LP-E6, 2000 mAh
  • recharge par port USB : non
  • résistance : 0-40°C
  • dimensions : 152 x 113 x 75 mm
  • poids : 897 g (avec batterie et carte mémoire)
  • prix au lancement (nu) : 2900 €

Prise en main : le plus lourd n’est pas celui que vous croyez

Dès le déballage du Canon EOS 5D Mark II, on constante que, fondamentalement, les boitiers Canon n’ont pas radicalement changé, même depuis le passage à l’hybride. Certes, avec ses 152 x 113 x 75 mm pour 897 g, il se montre plus imposant que le R5 Mark II (138,5 × 101,2 × 93,5 mm pour 746 g), mais la prise en main reste assez familière.

Surtout, pour votre serviteur, qui a débuté la photo avec des reflex Canon argentiques (EOS 700), puis des APS-C numériques (EOS 700D), le dépaysement reste limité. De nombreux boutons, à commencer par le déclencheur, ont la même forme,  et, comme les touches de rappel du point ou de sélection des collimateurs, sont toujours placés aux mêmes emplacement.

Après, si la forme générale conserve une base similaire, beaucoup de choses ont bien évolué en 17 ans. Si on apprécie une prise en main toujours très correcte, il faut convenir que, malgré un volume plus important, la poignée est moins creusée sur le reflex. Ce qui avec des optiques volumineuses (et il y a en eu), l’utilisation prolongée peut donc s’avérer moins confortable.

À titre d’exemple, la focale fixe EF 85 mm f/1,2 L II USM, bien que relativement compacte, se révèle très dense. Avec ses 966 g, elle dépasse le poids du boîtier. L’usage à une seule main devient alors plus délicat. Nous enfonçons toutefois des portes ouvertes, tant la différenciation entre reflex et hybrides s’est d’abord jouée sur la réduction du poids et de la taille des équipements.

Certains pourront relever qu’un Nikon Z8 est encore plus lourd que ce vieux 5D Mark II ou encore qu’une association entre un Nikon Z8 ou un Canon EOS R5 Mark II et leur 85 mm f/1,2 respectif pèse plus lourd que le 5D et son 85 mm équivalent ! Avec des optiques hybrides parfois plus massives, le porte-à-faux est encore plus marqué.

Du côté des commandes, le 5D Mark II dispose d’un joystick, qui pratique pour naviguer dans les menus ou ajuster les réglages presque à la volée. Presque, car le système manque un peu de fluidité par rapport aux standards actuels.

Par exemple, pour accéder aux paramètres de prises de vue, il faut cliquer sur le joystick (symbolisé par un logo Q sur l’écran), mais le clic n’est pas toujours très aisé et il faut parfois s’y reprendre à deux fois. De même, après avoir basculé en mode Liveview (via la petite touche située à gauche du viseur), l’appareil vous dit que pour commencer à filmer, il faut appuyer sur le bouton « DISP », or, aucune touche ne porte la mention « DISP » sur le boîtier. Il s’agit en fait de la touche au milieu de la roue crantée et floquée… « SET ».

Vous l’aurez compris, les incongruités peuvent être assez courantes, et faute d’explications de texte dans les menus de l’appareil, il ne faudra pas hésiter à aller consulter le manuel. Une étape qui demeure encore indispensable pour un utilisateur de 2008.

L’écran, non tactile et fixe (deux caractéristiques tout à fait courantes à l’époque), impose de passer exclusivement par les boutons. Malgré cela, et par pur reflex, nous nous sommes parfois surpris à tenter de zoomer en pinçant ou à essayer de déplacer les collimateurs du bout des doigts.

L’écran de contrôle supérieur est assez grand et affiche toutes les informations d’exposition, les images et la batterie restante. Via une touche on peut activer un rétroéclairage orange. Sur l’épaule gauche, on retrouve une molette classique P-Tv-Av-M. Enfin, à l’avant, sous la monture, on dispose d’un bouton de rappel de l’ouverture.

Retro test Canon EOS 5D Mark II

Reflex oblige, la visée s’opère principalement via un viseur optique à pentaprisme. Offrant une couverture de 98 % du champ pour un grossissement de 0,71x, il est objectivement assez grand et précis pour un viseur de 2008. Évidemment, à l’heure de la visée électronique très définie, il reste assez étroit et n’offre pas de retour en temps réel de l’exposition. Et quand la lumière vient à manquer, on n’y voit plus grand chose.

En revanche, la visée optique conserve un avantage certain : l’absence totale de latence et de bruit en basse lumière. Pour ceux qui privilégient une approche plus « moderne », le Live View reste disponible, mais on se heurte alors aux limites évoquées précédemment, et à des contraintes encore plus marquées.

En effet, en visée numérique, l’autofocus perd la détection de phase et se repose sur une détection des contrastes bien plus hésitante. De même, on observe alors une belle latence au déclenchement et l’appareil, accusant bien son âge, ne dispose pas des aides modernes à la visée (loupe, focus peaking, etc.). On a donc vite fait d’oublier le liveview, sauf pour la vidéo. Et, même là, son absence de rotation rend compliquée le cadrage, un écran externe est ainsi bienvenu.

Au final, que retenir de la prise en main du Canon EOS 5D Mark II ? Indéniablement, l’appareil inspire confiance. Même sans mention explicite de résistance aux intempéries, aux températures extrêmes ou aux chocs, il peut être emporté un peu partout sans trop de crainte. Aussi, on retrouve facilement ses petits et passée une courte phase d’adaptation liée à l’ergonomie et au placement des commandes, l’expérience reste globalement satisfaisante. Les seules frustrations concernent logiquement les fonctions propres aux hybrides, abstentes de ce reflex.

Aussi, malgré des optiques lumineuses moins lourdes du côté de la monture EF, ou encore un repose-pouce plus grand chez le 5D, nous continuons de préférer la préhension d’un R5 Mark II, qui bénéficie de presque deux décennies de développement supplémentaires.

Performances et qualité d’image du Canon EOS 5D Mark II

Le Canon EOS 5D Mark II embarque un capteur 24×36 de 21 Mpx, soit une hausse d’environ 75 % par rapport aux 12 Mpx du 5D premier nom, une évolution notable entre deux générations. Si les boîtiers haut de gamme modernes proposent des définitions bien supérieures (à l’image des 45 Mpx du R5 Mark II), dépasser les 20 Mpx reste parfaitement pertinent et exploitable en 2026.

Retro test Canon EOS 5D Mark II

Ce n’est pas si éloigné des 24 Mpx du Canon EOS R6 Mark III, un boîtier peut-être plus raccord encore avec le 5D II. Notez que ce capteur n’est ni rétroéclairé, ni empilé et équipé d’un filtre passe-bas pour limiter l’effet de moiré. Les fichiers JPEG font environ 10 Mo, quand les RAW font approximativement 25 à 30 Mo.

Durant notre test, nous avons capturé des clichés avec deux objectifs en monture EF : le zoom EF 24-70 mm f/2,8 L II USM et la focale fixe lumineuse EF 85 mm f/1,2 L II USM.

N’hésitez pas à cliquer sur les photos présentes dans ce test pour les afficher en qualité supérieure.

Canon EOS 5D Mark II – EF 24-70 mm f/2,8L II USM – 24 mm – 1/800 s – ƒ / 5,6 – ISO 100
Canon EOS 5D Mark II – EF 24-70 mm f/2,8L II USM – 24 mm – 1/200 s – ƒ / 4,0 – ISO 100
Canon EOS 5D Mark II – EF 85 mm f/1,2L II USM – 85 mm – 1/8000 s – ƒ / 1,2 – ISO 100
Canon EOS 5D Mark II – EF 85 mm f/1,2L II USM – 85 mm – 1/125 s – ƒ / 2,8 – ISO 400

Les images sont plutôt de très bonnes factures et nous sommes notamment surpris par la gestion des couleurs. Les photos issues du 5D Mark II ne proposent pas cette teinte magenta que l’on retrouve d’ordinaire sur les clichés de la marque depuis de nombreuses années maintenant.

Canon EOS 5D Mark II – EF 85 mm f/1,2L II USM – 85 mm – 1/1600 s – ƒ / 3,5 – ISO 100

Exception faite de certaines images réalisées à la pleine ouverture au 85 mm f/1,2 et où l’on retrouve une aberration chromatique si marquée que le cliché peut sembler virer au rose, les photos sont plutôt très justes en termes de colorimétrie.

Canon EOS 5D Mark II – EF 85 mm f/1,2L II USM – 85 mm – 1/8000 s – ƒ / 1,2 – ISO 100

Lorsque la mise au point est correctement effectuée, le niveau de détail se montre tout à fait satisfaisant. Avec ses 21 Mpx, le capteur ne permet pas de faire de folie en termes de recadrage, mais sur des sujets relativement proches, il reste possible de zoomer dans l’image tout en conservant un rendu détaillé et exploitable.

Aussi, il faut bien se rendre compte que des optiques reflex avaient parfois du mal à donner leur plein potentiel à la pleine ouverture. Et, il pouvait en résulter un piqué moins clinique qu’espérer aujourd’hui.

Canon EOS 5D Mark II – EF 85 mm f/1,2L II USM – 85 mm – 1/8000 s – ƒ / 1,2 – ISO 100

Parmi les points à surveiller, la mesure de l’exposition mérite une attention particulière. La cellule du boîtier n’est pas des plus précise et on peut se retrouver avec des clichés parfois bien sur-exposés ou sous-exposés sans raison.

Canon EOS 5D Mark II – EF 24-70 mm f/2,8L II USM – 70 mm – 1/1600 s – ƒ / 2,8 – ISO 100

Pour « personnaliser » à minima ses images, le 5D II intègre 6 « styles d’image » différents : standard, portrait, paysage, neutre, fidèle et monochrome. Il s’agit d’autant de variations qui jouent, un peu, sur la saturation des couleurs et l’intensité des contrastes.

Montée ISO

La sensibilité du capteur est comprise entre 100 et 6400 ISO, mais elle peut être étendue de 50 à 25 600 ISO.

Entre 100 et 800 ISO, on bénéficie d’une excellente qualité d’image avec un très bon niveau de détails. Un palier apparaît autour de 1600 ISO, mais les photos demeurent tout à fait utilisables.

Jusqu’à 6400 ISO, le bruit se manifeste assez, mais les dérives chromatiques restent encore bien maîtrisées. Au-delà, les valeurs ISO les plus élevées montrent davantage leurs limites : les dérives colorimétriques deviennent plus présentes.

Sauf besoins extrêmes, on se limitera ici à la valeur native maximale qui offre un rendu plus près de ce qu’on peut obtenir aujourd’hui à 25 600 IS0 avec un R6 III par exemple.

25 600 ISO
Canon EOS 5D Mark II – EF 24-70 mm f/2,8L II USM – 70 mm – 1/160 s – ƒ / 2,8 – ISO 25 600
Canon EOS 5D Mark II – EF 85 mm f/1,2L II USM – 85 mm – 1/80 s – ƒ / 1,2 – ISO 800

Dynamique

En ce qui concerne la dynamique, on peut observer une belle évolution entre un appareil de 2008 et un boîtier moderne. Si la récupération de données dans les ombres est chose possible, on évitera de trop pousser les potards.

Et, pour la compensation dans les hautes lumières, on dira simplement que, encore plus hier qu’aujourd’hui, il s’agit d’une tâche très ardue pour les appareils photo.

Un mot sur la capture via l’obturation électronique sous des lumières artificielles. La vitesse de lecture du capteur est assez lente et du banding pourra apparaître sur vos images.

Observez attentivement les lignes noires qui parcourent l’image

Un autofocus hérité du 5D numéro Uno

Si le Canon EOS 5D Mark II fut une révolution vidéo en son temps, il fut bien moins loué pour la vivacité de son autofocus. En effet, alors que la concurrence de son temps pouvait se montrer plus ambitieuse, le 5D II reconduisait le système autofocus du 1er 5D, lancé en 2005.

On dispose ainsi d’un autofocus de phase (en visée optique) se reposant sur 9 collimateurs sélectionnables et 6 collimateurs d’assistance, soit 15 au total. À titre de comparaison, son grand rival de 2008, le Nikon D700 se reposait sur… 51 collimateurs. Et oui, cela faisait une grosse différence à l’époque. Il en résulte un autofocus bien capricieux en fonction des situations.

Les 9 collimateurs sélectionnables et les modes AF en liveview du Canon EOS 5D Mark II.

En plein jour, sur des sujets statiques et avec une optique modérément lumineuse, on peut compter sur un déclenchement très rapide et une mise au point réussie.

Canon EOS 5D Mark II – EF 85 mm f/1,2L II USM – 85 mm – 1/1250 s – ƒ / 1,2 – ISO 100

Par contre (et malgré un autofocus en continu), dès que le sujet se met à bouger un tant soi peu, ou derrière une surface vitrée, le 5D II est vite pris à défaut.

Canon EOS 5D Mark II – EF 24-70 mm f/2,8L II USM – 70 mm – 1/1000 s – ƒ / 4,0 – ISO 100

De même, si on bascule sur une optique très ouverte comme un 85 mm f/1,2, la mise au point devient très hasardeuse. Les lourdes lentilles mettent un temps certain à se déplacer et il ne faut pas espérer faire de l’appareil un allié du street-photographer.

Canon EOS 5D Mark II – EF 85 mm f/1,2L II USM – 85 mm – 1/8000 s – ƒ / 1,2 – ISO 100

Pour être plus sûr du point, on restera en autofocus ponctuel (One-Shot) et, sauf volonté artistique, il faudra éviter d’utiliser trop souvent les optiques très lumineuses à la pleine ouverture.

Canon EOS 5D Mark II – EF 85 mm f/1,2L II USM – 85 mm – 1/5000 s – ƒ / 1,2 – ISO 100

Dans une logique un peu similaire, que dire alors de la mise au point en visée écran ? Une fois en liveview, charme des anciens boîtiers, on perd alors la corrélation de phase et on se repose sur un AF à détection de contrastes ô combien capricieux, pour ne pas dire inexistant. On aura vite fait de basculer en MaP manuelle pour espérer avoir le point.

Canon EOS 5D Mark II – EF 85 mm f/1,2L II USM – 85 mm – 1/80 s – ƒ / 1,2 – ISO 1600

Le mode rafale culmine à 3,9 i/s avec une mémoire tampon limitée à huit images en RAW. Autant dire que le 5D Mark II n’est clairement pas conçu pour la photographie d’action. Le suivi AF souffre des mêmes limites : malgré les moteurs USM efficaces de nos deux optiques de test, l’appareil peine à suivre un sujet, même sur un court moment.

Retrouvez ci-dessous une sélection de photos capturées avec le Canon EOS 5D Mark II :

Vidéo Full HD et 30 fps : du jamais vu dans un reflex

Si le Canon EOS 5D Mark II a marqué toute une génération de créateurs, documentaristes et autres cinéastes, c’est grâce à sa capacité à filmer en Full HD (1920 x 1080 px), jusqu’à 30 fps et avec un capteur plein format. Une révolution à une époque où de telles performances étaient réservées à des caméras de cinéma affichées à plusieurs milliers – voire dizaines de milliers d’euros, quand notre 5D II était commercialisé sous la barre des 3000 € !

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Très vite, le boîtier a été repéré par les studios de production, les chaines de TV et autres documentaristes. Si bien que le 5D II a été utilisé lors du tournage de séries (notamment pour le dernier épisode de la saison 6 de Dr House), en crash cam « pas chère » lors des cascades des films ou en reportage. Par contre, si l’accès au Full HD était innovant, par défaut l’appareil vient avec pas mal de contraintes. On peut par exemple mentionner un autofocus quasi-inexistant en vidéo.

Test Canon EOS 5D Mark II - vidéo 1080p 30 fps

Il s’actionne un peu quand il veut, quand on presse le déclencheur, rien ne s’opère et il faut passer par la touche AF-ON pour l’activer. Ou du moins, pour constater qu’il pompe à merveille sans jamais vraiment trouver le point. Par défaut, lorsque l’on souhaite cadrer à l’écran, on se retrouve souvent à faire le point manuellement et avec un niveau de précision toute relative.

Vous pourrez me répondre que la visée écran n’a jamais été la vocation des reflex, si ce n’est pour le dernier d’entre eux, le Canon EOS-1D X Mark III. Et donc, il faut prioriser en tout temps la visée reflex. C’est vrai, mais, avec un boîtier destiné à la vidéo, il devient compliqué de se passer de l’écran et du fonctionnement baroque de l’AF.

Aussi, la qualité des fichiers vidéo n’est pas la plus optimale possible, à l’époque et encore plus aujourd’hui. Le 5D II filme en .MOV et H264 (4:2:0, 44 Mb/s) et pis c’est tout, sans compter sur la limite d’enregistrement à 29 minutes consécutives. Néanmoins, il existe une solution pour lui ajouter des fonctions bien plus évoluées et de nouveaux formats : Magic Lantern. Ce firmware alternatif, gratuit, peut littéralement transformer les capacités de ce boîtier.

L’interface de Magic Lantern, ici sur un Canon EOS 5D Mark III.

Au menu avec Magic Lantern : enregistrement 3K RAW, focus peaking, zebras, histogramme, etc. Des fonctions qui n’existaient même pas sur les caméras Canon de l’époque ! La différence est spectaculaire. Le RAW offre une latitude de correction en post-production incomparable au H.264. On peut rattraper des erreurs d’exposition, pousser l’étalonnage, comme aujourd’hui.

Par contre, la gestion des données est plus complexe. Comptez environ 5 Mo par frame, soit près de 7 Go par minute de vidéo RAW ! Les cartes CF se remplissent en quelques dizaines de secondes.

Attention quand même : c’est un firmware non-officiel. Canon ne le supporte pas, cela peut annuler votre garantie. Mais, sur un boîtier de 17 ans, ce n’est plus vraiment pertinent. Il y a aussi toujours un risque de bloquer votre appareil en cas de défaillance. Mais pour ceux qui veulent vraiment exploiter le potentiel vidéo du 5D II, Magic Lantern reste un incontournable. C’est ce qui a permis à ce boîtier de rester pertinent bien au-delà de ce que Canon avait prévu.

Connectique et autonomie

S’il y a un autre point qui a énormément évolué depuis 17 ans c’est bien la connectique, notamment le port USB. Ici, bien évidemment, point d’USB-C, mais un antique port mini-USB qui permet tout de même de transférer ses fichiers sur un ordinateur (pas très vite) depuis le boîtier. La recharge via USB n’est évidemment pas possible.

On dispose aussi de deux ports jack 3,5 mm (casque et micro), une large prise 3 broches pour télécommande filaire ou encore une prise synchro-flash. Plus original pour 2008 et bien pratique pour la vidéo, on trouve une prise mini-HDMI, qui autorise la connexion à un écran externe par exemple, et même un enregistreur du flux vidéo via Magic Lantern.

La gestion des fichiers se repose sur un unique slot de carte CF (non Express bien entendu). Elles sont moins courantes aujourd’hui et il nous a même fallu racheter un lecteur dédié. Pour les plus audacieux, il est aussi possible d’utiliser des MicroDrive. Des minis disques durs au format carte CF. Mais ils sont bien plus lents et rarissimes de nos jours.

L’autonomie constitue sans doute l’un des plus grands atouts des reflex. Grâce à une électronique plus simple et surtout à une visée qui se repose principalement sur le pentaprisme, le 5D Mark II affiche une endurance à la norme CIPA de 850 clichés. C’est presque le triple d’un Canon EOS R5 Mark II par exemple.

Et comme souvent, sur le terrain, on peut grimper bien plus haut. C’est bien simple, nous n’avons jamais vidé une batterie lors de nos sessions, et l’autonomie dépasse allègrement les 1500 images. Il est plus simple de remplir intégralement notre carte mémoire avant d’épuiser la batterie !

Canon EOS 5D Mark II, un dinosaure… mais pas un fossile

Dix-sept ans après sa sortie, le Canon EOS 5D Mark II continue de surprendre. Bien sûr, le poids des années se fait sentir sur de nombreux aspects : autofocus hésitant, ergonomie parfois déroutante, écran fixe, rafale symbolique et vidéo au fonctionnement préhistorique sans Magic Lantern. Ajoutez à cela une dynamique en retrait et une gestion des ISO qui, passée 6400, montre clairement les limites technologiques de 2008.

Pourtant, une fois que l’on replace ce boîtier dans son contexte – 150 à 300 € d’occasion – difficile de ne pas reconnaître l’incroyable rapport qualité/prix qu’il représente aujourd’hui. À ce tarif, l’EOS 5D Mark II n’a tout simplement pas de véritable concurrent en plein format. Son capteur de 21 Mpx délivre encore une très bonne qualité d’image, avec une belle colorimétrie, un rendu organique apprécié, une profondeur de champ typique du plein format, et un look d’image capable de séduire tous ceux qui trouvent les productions modernes trop “cliniques”.

Même la vidéo, pourtant peu exploitable aujourd’hui dans son état natif, peut encore produire des images étonnamment qualitatives, notamment, une fois boostée par Magic Lantern. Quant à la construction, elle inspire toujours une réelle robustesse, et son autonomie hors norme rappelle à quel point les reflex étaient endurants.

Le Canon EOS 5D Mark II n’est évidemment pas un boîtier pour tout le monde en 2026. Il n’est pas taillé pour l’action, ni pour le reportage dynamique, ni pour la création vidéo moderne. En revanche, pour un photographe débutant souhaitant découvrir le plein format, pour un passionné de portrait, pour du paysage posé, ou simplement pour le plaisir de photographier avec un outil simple, fiable et au rendu encore très plaisant, il reste étonnament pertinent, d’autant plus en prenant en compte le parc optique de la monture EF, très large et abordable d’occasion.

En somme, loin d’être une relique, le Canon EOS 5D Mark II reste un boîtier qui fait des images magnifiques tant qu’on respecte ses limites. Et à un prix dérisoire, difficile de ne pas lui trouver une petite place dans son sac… ou dans son cœur.

Le Canon EOS 5D Mark II est disponible, d’occasion, entre 179 et 339 €, boîtier nu sur MPB.

Compte tenu de l’âge de l’appareil, de ses caractéristiques et de ses performances, il aurait été peu honnête de noter le Canon EOS 5D Mark II à l’aune des boîtiers contemporains que nous testons habituellement.