Comment sont mesurées les performances des batteries de nos appareils photo ? Par qui sont effectuées ces mesures ? Et dans quelles conditions ? Sur les fiches produit, vous avez peut-être entendu parler de la norme CIPA (CIPA Standard), accolé au nombre estimé de photos que la batterie d’un appareil permettra de capturer (ex : 250 photos norme CIPA). Nous avons donc voulu décrypter ce qui se cache derrière cet acronyme et vous révèle comment est réellement calculée l’autonomie – présumée – de nos batteries avec la norme CIPA.

CIPA : kesako ?

Avant d’être le nom d’une norme, CIPA est le nom de la Camera & Imaging Product Association, qui est une organisation regroupant les fabricants japonais d’appareils photo (Canon, Nikon, Sony, Panasonic, Fujifilm, Sigma, Hoya, Olympus et Ricoh). Successeur de la JCIA (Japan Camera Industry Association, fondée en 1954), la CIPA a été fondée en 2002. Elle se donne pour but de « contribuer à la réussite commerciale de ses membres par le biais de diverses activités visant à assurer un environnement commercial équitable ». Dans ses statuts, la CIPA indique œuvrer à « élaborer et promouvoir des normes techniques pour la compatibilité/interconnexion des dispositifs d’imagerie ».

Parmi les normes techniques développées par la CIPA, mentionnons entre autres PictBridge (2003), qui permet aux utilisateurs d’imprimer facilement leurs images depuis leur appareil photo sans devoir avoir recours à un ordinateur. En 2010, l’organisation avait également mis à jour les normes relatives à la mesure de la taille des appareils photo : ces dernières s’effectuent « hors-tout » et englobent tous les éléments dépassant de l’appareil (et ne pouvant être repliés, à l’image d’un flash pop-up).

Logo CIPA

La norme CIPA et les performances des batteries des appareils photo numériques

Les performances des batteries de nos appareils sont quantifiées via « la mesure du nombre d’images qu’un appareil photo numérique peut prendre avec une seule charge de batterie. « La procédure visant à déterminer ce nombre provient de la Camera & Imaging Products Association », d’après la définition édictée par la CIPA en… 2003.

Elle conclut : « le fabricant de la caméra est responsable de l’équité des résultats rapportés ». En d’autres termes, les tests sont menés par les constructeurs eux-mêmes, et non par un organisme indépendant (la CIPA, par exemple).

 

Quel protocole de test ?

Les batteries des appareils photo doivent être testées suivant un protocole clairement défini par la CIPA, ce dernier visant à garantir une mesure claire et objective de la durée de vie des accumulateurs.

D’après les règles édictées par la CIPA, les appareils doivent être testés avec les paramètres par défaut et toutes les fonctionnalités photo doivent être utilisées. En revanche, les fonctionnalités audio et vidéo n’entrent pas dans le cadre du protocole de test.

Ce dernier prévoit que l’appareil doit prendre une photo toutes les 30 secondes. Le flash devra être utilisé lors d’un cliché sur deux. Par ailleurs, l’écran doit être allumé en continu et doit être utilisé comme viseur principal de l’appareil.

En outre, l’objectif de l’appareil doit être zoomé/dézoomé à fond de course avant chaque déclenchement. Toutes les 10 photos, l’appareil doit être mis hors tension et ne doit pas être utilisé pendant une période laissée à la libre appréciation du constructeur. Après cela, le test continue jusqu’à épuisement de la batterie.

Changer la batterie Canon EOS RP

Sur le papier l’EOS RP est censé pouvoir capturer jusqu’à 270 clichés (norme CIPA) avant de rendre les armes : un chiffre quelque peu optimiste !

Comme indiqué plus haut, la plupart des marques réalisent leurs propres tests et affirment que ces derniers sont conduits en accord avec les règles édictées par la CIPA. Cette dernière indique par ailleurs que cette procédure a été définie de cette manière car elle est censée représenter la manière dont un utilisateur « lambda » va utiliser son appareil photo.

Enfin, notons que la CIPA laisse aux constructeurs la possibilité d’ignorer totalement un ou plusieurs aspects du protocole si l’appareil n’intègre pas l’une des fonctionnalités prévues dans le test (un flash intégré, par exemple).

La mesure des batteries est-elle vraiment représentative ?

Disons-le d’emblée : il est assez peu probable que la plupart des photographes utilisent leur appareil photo tel que défini par le protocole de la CIPA. Le décalage complet entre la manière dont sont testés les appareils photo et la réalité du terrain provient sans doute de l’époque où le protocole de test a été rédigé : en 2003, point de batteries au lithium : le protocole fait encore mention d’accumulateurs nickel-hydrogène (les premières batteries rechargeables) ou de batteries alcalines, c’est à dire de nos bonnes vieilles piles AA.

De même, les appareils photo numériques étaient encore relativement peu répandus et leurs caractéristiques n’ont plus grand-chose en commun avec les appareils récents. Il est donc (très) peu probable que la CIPA aient pris en considération les boîtiers de type reflex à optique interchangeable – et encore moins les hybrides.

Les règles édictées par la CIPA semblent très précises, mais un grand nombre d’aspects semblent laissés de côté par ce protocole de test.

Pour commencer, aucune indication n’est donnée par le protocole quant à la température à laquelle le test doit être réalisé. Pourtant, l’impact du froid sur l’autonomie des batteries est un fait connu par les photographes depuis de nombreuses années…

D’autre part, la plupart des zooms des objectifs pour reflex et hybrides sont actionnés manuellement par le photographe et non par le boîtier. La partie relative au zoom n’est donc absolument plus pertinente.

Le guide de la CIPA ne fait pas non plus mention de l’autofocus (et encore moins des fonctionnalités avancées de suivi du sujet, assez gourmandes en énergie). De même, le protocole n’indique aucunement le type d’optique devant être utilisé, laissant la porte grande ouverte aux constructeurs.

La plus grande imprécision de ce guide (qui, rappelons-le, a été rédigé en 2003 et n’a jamais été réactualisé depuis) se situe sans doute au niveau de l’écran de l’appareil. Ce dernier est censé rester allumé en continu. Toutefois, la fonction « Live View » des boîtiers récents se montre beaucoup plus énergivore que l’utilisation du viseur optique : c’est pour cette raison que les constructeurs annoncent souvent deux chiffres pour leurs boîtiers, le premier en visée « classique », le deuxième en visée par l’écran… mais cette mesure est laissée à la libre appréciation du constructeur, qui peut donc réaliser les tests selon sa propre méthodologie.

Cette question se montre encore plus prégnante avec les appareils hybrides, dont le viseur électronique, mieux défini, est souvent plus gourmand en énergie que l’écran dorsal. De même, les fabricants incorporent souvent un mode « économie » permettant de diminuer la fréquence de rafraîchissement de l’écran du viseur électronique. La norme CIPA ne statuant en aucun cas sur ces différents points, les fabricants sont donc libres de procéder à leurs propres mesures.

Enfin, la question du flash reste assez peu claire : de nombreux boîtiers ne sont pas équipés d’un flash intégré. Comme évoqué plus haut, les constructeurs ont donc la possibilité, une fois encore, d’ignorer totalement cet aspect ou de conduire les tests de la manière qui leur semble la plus représentative.

De l’écart plus ou moins important entre les chiffres constructeurs… et la réalité du terrain

De par l’ancienneté des critères de test de la CIPA (2003) et la marge de manœuvre laissée aux constructeurs, les chiffres d’autonomie avancés par les constructeurs peuvent donc être assez différents de la réalité.

Malgré son âge avancé, le protocole de test de la CIPA a toutefois l’avantage de proposer un cadre commun à tous les constructeurs d’appareils photo (japonais), permettant au consommateur d’avoir un ordre de grandeur sur l’autonomie présumée de leur appareil photo.

On pourra néanmoins regretter que la norme CIPA sur l’autonomie des batteries des appareils photo n’a pas (encore) fait l’objet d’une réactualisation. Si tel était le cas, on pourrait imaginer une meilleure adaptation au paradigme des boîtiers reflex et hybrides, de même qu’une intégration des paramètres liés à la visée par l’écran ou au viseur électronique.

Des critères relatifs à l’autofocus et au suivi des sujets pourraient également faire partie de ce protocole de test réinventé. Enfin, dans le contexte actuel, il pourrait être pertinent d’élargir le cadre des tests d’autonomie au(x) mode(s) vidéo des boîtiers photo, ces derniers devenant de plus en plus complets dans ce domaine (on pense notamment au récent Panasonic S1H, capable de filmer en 6K).

Cela étant, même le meilleur des protocoles de test ne pourra reproduire fidèlement la manière dont les photographes vont utiliser leur boîtier. Ainsi, les résultats des tests obtenus sur le terrain demeurent un indicateur précieux pour déterminer l’autonomie réelle d’un boîtier photo et pour juger si cette dernière pourra convenir à la majorité des photographes.

Dans tous les cas, le plus sûr dans cette histoire, c’est d’emporter toujours une batterie supplémentaire chargée avec soi.