Après un mois en mer, des pêcheurs philippins déchargent leurs prises de thon albacore, de thon obèse et de marlin bleu au port de pêche de la ville de General Santos, aux Philippines. 21 mai 2025. © Nicole Tung pour la Fondation Carmignac

Le Prix Carmignac du photojournalisme tire sa révérence après 15 ans

La Fondation Carmignac met en veille son prestigieux prix de photojournalisme pour concentrer ses moyens sur la Villa Carmignac à Porquerolles. Une décision qui laisse un vide dans le soutien au reportage photographique au long cours.

Fin de partie pour le Prix Carmignac. Après quinze éditions consacrées aux violations des droits humains et aux enjeux environnementaux, ce rendez-vous majeur du photojournalisme mondial ne sera plus décerné. Charles Carmignac, directeur général de la Fondation, assume un « choix stratégique » lors d’une interview donnée au magazine Polka : « Nous avons choisi de suspendre le Prix afin de soutenir le déploiement de la Villa Carmignac et ses actions en faveur de la création contemporaine, de l’écologie ou de la santé mentale. »

Cap sur Porquerolles, donc. L’espace culturel inauguré en 2018 sur l’île varoise, qui attire 60 000 visiteurs annuels, devient la priorité avec des projets d’ouverture à l’année et de nouveaux espaces d’exposition.

7 millions d’euros en 15 ans pour le prix photo

Le Prix Carmignac faisait figure d’exception dans le paysage des projets liés à la photographie. Dotation de 50 000 euros, exposition prestigieuse, itinérance internationale, monographie, cellule de fact-checking : le dispositif complet représentait un budget annuel d’environ 500 000 euros. Sur quinze ans, la Fondation aura investi 7 millions d’euros pour documenter des terrains souvent inaccessibles aux médias traditionnels.

De la bande de Gaza (Kai Wiedenhöfer, 2009) à la crise Covid au Congo (Finbarr O’Reilly, 2020), de l’Amazonie (Tommaso Protti, 2019) à l’Afghanistan des Talibans (Kiana Hayeri et Mélissa Cornet, 2024), le Prix a construit une cartographie des zones grises de l’information mondiale.

Nicole Tung clôt le chapitre

La dernière lauréate, annoncée à Visa pour l’Image en septembre 2025, est la photojournaliste hongkongaise Nicole Tung. Pendant neuf mois, elle a enquêté sur les ravages de la surpêche industrielle en Asie du Sud-Est : esclavage en mer en Thaïlande, tensions avec les forces maritimes chinoises aux Philippines, abus dans l’industrie du thon en Indonésie.

Après un mois en mer, des pêcheurs philippins déchargent leurs prises de thon albacore, de thon obèse et de marlin bleu au port de pêche de la ville de General Santos, aux Philippines. 21 mai 2025. © Nicole Tung pour la Fondation Carmignac

Le projet de Nicole Tung sera exposé à New York au Bronx Documentary Center, du 20 mars au 26 avril 2026.

Une plateforme en ligne gratuite ble l’ensemble des photographies, textes et documents d’archives des reportages soutenus depuis 2009.

Les tirages de la collection restent également disponibles pour des prêts à d’autres institutions. « Nous serions ravis de prêter nos tirages ! Ils sont autant de regards forts et pertinents sur notre monde contemporain », indiquait Charles Carmignac.

Suspension ou arrêt définitif ?

Le vocabulaire employé par la Fondation (”mise en veille” et “suspension”) laisse théoriquement la porte ouverte à une éventuelle reprise. Mais dans un contexte où les soutiens institutionnels au photojournalisme se raréfient, la disparition d’un dispositif aussi complet laisse un vide difficile à combler.

Le Prix Carmignac rejoignait une poignée de bourses capables de financer des enquêtes visuelles au long cours, avec un accompagnement éditorial rigoureux. Son arrêt pose une nouvelle fois la question du modèle économique du photojournalisme d’investigation, à l’heure où les rédactions réduisent leurs budgets et où le temps long devient un luxe.