« Les rochers fauves » de Clément Chapillon : au cœur de la solitude d’une île grecque

La Polka Factory présente jusqu’au 25 juin la nouvelle série de Clément Chapillon, « Les rochers fauves », qui témoigne du quotidien et du vécu des habitants d’une petite île en mer Égée pour questionner la notion d’isolement géographique. Un livre photo éponyme publié par les éditions Dunes est actuellement en précommande et sortira très prochainement.  

Village de Chora, Amorgos, octobre 2020
© Clément Chapillon / Courtesy Polka Factory

Pendant deux ans, Clément Chapillon a arpenté l’île grecque d’Amorgos, une terre pauvre, très peu peuplée (2000 habitants) et éloignée de son pays. Cet isolement a favorisé la conservation de traditions souvent perdues dans des territoires davantage confrontés à l’altérité et à l’arrivée de nouvelles populations. Le terme d’isolement n’a jamais pris autant son sens que dans le travail de Clément Chapillon, un sens premier — le mot isolé signifie littéralement « prendre la forme d’une île ». Ici l’identité est préservée, entourée par toute cette eau, loin de ce qui pourrait la contrefaire.

Église du prophète Elie, novembre 2019
© Clément Chapillon / Courtesy Polka Factory.
Village de Tholaria, Amorgos, novembre 2019
© Clément Chapillon / Courtesy Polka Factory.

À travers le regard presque documentaire voire photojournalistique de Clément Chapillon s’esquisse une nouvelle mythologie : l’intimité des îliens au plus près, leurs manières de vivre et leur rapport à la tradition, à l’héritage et au sacré, et enfin, la topographie caractéristique des îles grecques… si particulière qu’il faut adapter l’habitat à la géographie naturelle du lieu sur lequel on s’installe, roche immuable, inaltérable et sereine, impossible à contraindre. Les roches fauves parce que sauvages, indomptables, et revêtues de ce lichen qui prend une couleur ocre en fin de journée.

Vue depuis l’église du prophète Elie, novembre 2019
©Clément Chapillon / Courtesy Polka Factory

Le photographe dépasse le simple témoignage d’un isolement spatial pour une lecture plus sensible et complexe : la retranscription du sentiment d’îléité. Cette île, du fait de sa taille, devient un fragment, une terre sur laquelle on s’exile, parfois volontairement, comme pour échapper à quelque chose, à quelqu’un, s’échapper du monde, ou d’une société.

« Les rochers fauves » de Clément Chapillon : au cœur de la solitude d’une île grecque

Pas de hasard : cette île abritait au siècle dernier un ancien bagne pour les opposants à la dictature des Colonels. Pas de plus hautes barrières que celles, originelles, de la mer. Et Clément Chapillon continue de se rendre sur son île absolue, obstinément, jusqu’à en épuiser toute sa substance. « Elle me rassure et m’inquiète. Elle est le centre de ma pensée, un espace pour s’oublier, se révéler. »


Infos pratiques :
Les Rochers fauves, de Clément Chapillon
Polka Factory
Du 25 mai au 25 juin 2022
14, rue Saint-Gilles, 75003, Paris
Du mardi au samedi de 11h à 19h
Entrée libre

Les Rochers fauves de Clément Chapillon, éditions Dunes, 152 p., 65 €.

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