Clément Chapillon est un photographe français qui témoigne de la relation entre l’Homme et la terre lors de ses voyages. Son parcours prouve que le monde de la photographie est ouvert à toute personne passionnée et déterminée par l’envie de réussir.

Après des années d’efforts, il est repéré par l’éditeur allemand Kehrer Verlag pour son travail sur sa série Promise me a Land. À la suite d’un voyage de deux ans entre Israël et Palestine, ce livre témoigne de la beauté de la Terre sainte malgré la guerre de territoire incessante qui sévit sur les deux États.

Promise me a Land : voyage en Terre Sainte avec Clément Chapillon

À l’arrêt depuis la crise du coronavirus, il a désormais hâte de repartir en voyage – véritable moteur de la nouvelle vie de ce photographe talentueux. Clément a bien voulu discuter avec nous de son parcours, de ses expériences passées et de ses futurs travaux. Voici son témoignage.

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Clément Chapillon, j’ai 38 ans. Je suis photographe documentaire. Je suis basé sur Paris, mais je voyage énormément en dehors du territoire français pour mes travaux. Je travaille sur le lien entre les hommes et la terre ainsi que sur les différentes représentations du territoire. J’aime travailler sur des lieux, des espaces et créer des histoires autour de ces derniers. Ce sont souvent des lieux intimes qui m’ont déjà plu auparavant. Au-delà de la photographie, j’aime m’imprégner de l’endroit : faire des recherches, des interviews, inclure des poésies ou des citations à mes clichés.

© Clément Chapillon

Qu’est-ce qui t’a amené vers la photographie ?

J’ai presque toujours eu un attrait pour la photographie. Ça a commencé vers 12/13 ans. À cet âge, mon père m’avait offert un appareil photo argentique. Plus tard, j’ai commencé à faire de la photographie autour de mes voyages, mais en loisir. J’ai fait des études d’économie et de communication.

J’ai travaillé pendant 10 ans dans différentes entreprises et puis progressivement, j’ai ressenti la nécessité de faire de la photographie. Par la suite j’ai fait un voyage d’un an en 2011. Et j’ai su que je n’arriverais plus à faire autre chose. J’ai tout arrêté en 2016. J’ai fait une formation de 4 mois aux Gobelins pour me professionnaliser. Et depuis je ne cesse de découvrir, de voyager, de me construire un portfolio, et de présenter mon travail partout où je peux.

© Clément Chapillon

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Mes inspirations sont assez variées. Mais elles évoluent en permanence ! En photographie, j’essaye de comprendre comment les grands photographes se sont forgés une réputation, quelles étaient leurs démarches, comment ils ont réussi à créer de belles œuvres. Ensuite je suis inspiré par la littérature et la poésie. Je me documente beaucoup sur les lieux que je visite. C’est important d’étudier comment les gens ressentent les lieux en question pour savoir déchiffrer ce qu’on observe.

© Clément Chapillon

Comment définirais-tu ton style de photographie ?

Je me qualifie comme photographe documentaire. Car je traite avec le réel. Il y a un aspect pictural dans mes clichés grâce aux couleurs parfois en échos avec la peinture romantique. Je recherche une certaine forme de beauté. « Nostalgie » serait bien pour décrire mes clichés, car je raconte un peu profondément notre rapport à la terre. Je cherche à créer des images mentales, qui nous imprègnent : qu’on ne peut pas comprendre du premier coup d’œil. Je cherche à faire réfléchir, à créer un questionnement et un mystère chez ceux qui regardent mes clichés.

© Clément Chapillon

Que cherches-tu à transmettre avec cette preuve de la relation Humain/terre dans tes photographies ?

Par cette relation, je cherche à créer de la poésie avec des images. Notre environnement, nos paysages influencent notre identité. J’ai toujours eu ce besoin d’être envahi par ce qui m’entoure. L’écrivain Lawrence Durrell a dit une phrase que je trouve superbe : « Nous sommes tous les enfants de notre paysage ». On est tous à la fois un peu pareils, car nous avons des valeurs communes.

En creusant ce lien, je montre aussi nos différences, nos spécificités, nos réalités et nos environnements différents. Toute cette base qui fait que notre rapport au monde est différent. Dans Promise Me a Land, j’ai essayé de montrer les similitudes et les espaces communs entre Israël et Palestine, car ils vivent sur la même terre.

© Clément Chapillon

Quel voyage a été le plus enrichissant pour toi ?

Le plus beau des voyages était sans hésiter celui en Israël et en Palestine. C’était une véritable révélation qui m’a fait prendre conscience que j’aimais par-dessus tout la photographie. Une des choses qui m’a réellement marqué au début du projet, c’était la traversée du désert du Néguev. C’est là que j’ai confirmé mon envie de vivre de cette passion. J’étais seul dans ce désert à photographier les canyons. J’ai appris à vivre avec moi-même dans une solitude presque jouissive qui m’accompagne encore aujourd’hui.

© Clément Chapillon

Qu’utilises-tu comme matériel photo lors de tes voyages ?

Aujourd’hui j’utilise un moyen format argentique : un Plaubel makina. Très rare et difficile à trouver, que j’achète uniquement au Japon. J’en utilise deux au cas où l’un tombe en panne. Ça m’arrive d’utiliser un reflex numérique Nikon D810, mais je préfère largement l’argentique. En voyage j’utilise aussi un trépied et un déclencheur souple à distance.

Qu’est-ce qui t’anime au-delà de la photographie ?

Ce qui m’anime au quotidien, c’est découvrir comment on doit vivre avec le monde qui nous entoure, trouver quelle est notre place. L’expérience du voyage et le chemin à parcourir est aussi important que le but, c’est à dire les photographies elle-même. Ce qui compte, c’est ce qu’on a à vivre et à raconter intérieurement avec ce médium : la photographie.

© Clément Chapillon

Tu as sorti un livre en 2018 sur Israël. Pourquoi créer un livre photo et pourquoi sur ce sujet ?

Après mon voyage de deux ans, j’ai présenté mon « reportage » à beaucoup de festivals, notamment celui d’Arles. J’ai eu la chance de présenter Promise me a Land à l’éditeur allemand Kehrer Verlag. Je pensais qu’il allait me rire au nez, il a en fait été très admiratif et ils m’ont suivi dans mon projet !

Le format était pour moi une nécessité, car le livre me permet d’ajouter un aspect narratif. On oublie trop souvent l’aspect physique de la photographie. Ensuite j’ai choisi ce sujet, car j’ai des amis qui sont partis vivre en Israël. Quand je suis allé les voir, j’ai découvert cet endroit et ça m’a marqué. En plus de cela, j’avais un angle et un encrage différents de ce qui avait déjà été fait.

As-tu des conseils à donner à ceux qui aimeraient se lancer dans la photographie ?

Mon premier conseil serait d’y croire. Il faut être persuadé d’avoir quelque chose à raconter. Il y a plein de raison d’arrêter d’y croire : économique, concurrence… Pour en vivre ou travailler chez un galeriste ou éditeur, c’est des années de travail. Mais il faut y croire.

La deuxième chose, c’est la persévérance. On prend des risques financiers, on met du temps avant d’avoir de la reconnaissance, mais garder espoir et sa détermination c’est la clé. Il faut garder une forme d’humilité pour savoir qui sont les photographes autour de nous pour être accompagné.

Allez aux festivals ! Il faut comprendre ce monde, et l’aimer pour pouvoir continuer.

© Clément Chapillon

Tu travailles sur quoi en ce moment ?

Je travaille depuis plusieurs mois sur une série qui s’appellera « Les rochers Fauves ». Elle a pour but de révéler l’identité méditerranéenne. Cela fait 20 ans que je vais sur une île en Grèce qui s’appelle Amorgos, dans les Cyclades. J’ai décidé d’y retourner pour ce projet. Encore une fois, je choisis une destination qui me tient à cœur et parce que j’ai une relation particulière avec ce lieu. Malheureusement je devais faire un séjour d’un mois sur l’île, mais je ne sais pas quand je pourrais y retourner avec la crise du Covid-19.

© Clément Chapillon

Un dernier mot ?

Même s’il n’y a aucune raison d’y croire, car le monde de la photographie est en crise avec cette crise sanitaire, il faut s’accrocher. Si tu as quelque-chose d’important et d’unique à raconter, alors il faut y aller. Le chemin est difficile et semé d’embûches, mais ça fait aussi parti de l’expérience à vivre et du plaisir quand on réussit.

© Clément Chapillon

Merci Clément pour tes réponses.

Pour voir l’intégralité des séries du photographe, rendez-vous sur son site Internet. Le livre Promise me a Land est toujours en vente sur son site.