Après Opera Mundi, sorti en 2015, Le Turk récidive en nous proposant La Garenne du Prince, un nouveau livre photo en financement participatif, fidèle à l’esprit du photographe fantasque. L’occasion de présenter à nouveau son univers burlesque peuplé de personnages hauts en couleur et d’échanger quelques mots avec ce photographe démiurge.

Oups © Le Turk

L’Invention d’un monde

Actuellement en campagne de financement sur la plateforme Ulule, La Garenne du Prince a d’ores et déjà rassemblé la somme nécessaire à sa publication. Ce soutien du public et des fans de Le Turk n’a rien de surprenant tant son travail est unique. Le photographe d’art réalise lui-même des décors géniaux qui métamorphosent le bois et le polystyrène en forêts enchantées, fêtes foraines et scènes dignes des plus audacieux tournages de cinéma. Avec fantaisie, Le Turk met en scène ses modèles désabusés qu’il transforme au gré de son imagination en sirènes, mimes ou créatures mi-humaines mi-automates au regard mélancolique.

Les Automates © Le Turk

Avec Opera Mundi, Le Turk se faisait Monsieur Loyal, puis conteur de la chute des Empires sans oublier de nous proposer quelques images interrogeant la notion de femme fatale et de sensualité.

Revue de livre : Opera Mundi, par Le Turk

On retrouve dans La Garenne du Prince cet univers délirant qui nous fait passer d’une page à l’autre d’un manoir abandonné à une fête foraine fantôme ou à un mystérieux sous-marin. Créés de toutes pièces pour ses images, ces décors de cartons-pâtes, qui sonnent volontairement faux, permettent à Le Turk d’interroger le réel.

Le photographe le revendique : « la photo, pour moi, c’est de toute façon interroger le réel. Le distordre. (…) C’est ça ce que je viens expérimenter : jusqu’où peut-on mimer le vrai ? » Toute composition même celle d’un photojournaliste est par essence une distorsion, Le Turk va seulement plus loin, bien plus loin !

Nautilus © Le Turk

Lorsque le faux sonne plus vrai que la vie

Le Turk maltraite ses personnages fictifs et ne leur épargne aucun scénario : « perdre mes personnages dans un décor de cinéma qui n’a rien de réaliste, c’est parler de la condition humaine, de l’enfance, où l’on projette sur l’extérieur notre monde intérieur, pour l’incarner, le déformer ». En mimant la vie plutôt qu’en la reproduisant de manière scrupuleusement réaliste, les photos de Le Turk permettent d’en parler, de la commenter et de prendre du recul.

Haloween © Le Turk

Définissant la photographie comme un « art muet », Le Turk évoque plus qu’il ne nous conte ses récits burlesques. Le médium photographique lui permet d’inviter dans ses images l’interprétation du spectateur, et donc le mystère, car il parait bien impossible de ne pas se laisser absorber par ces photos. Immédiatement, le spectateur s’interroge, devine ou imagine un scénario à la hauteur des images.

Interview avec Le Turk : la mise en scène au service d’une histoire

Photographe depuis près de 10 ans, Le Turk a rassemblé dans ce nouveau livre photo les clichés patiemment réalisés ces 6 dernières années. Comics US, peintures, films fantastiques constituent les références omniprésentes du photographe qui les considèrent parfois plus aptes à nous parler du réel que des films dits réalistes. Le déclencheur principal de ces photos dans l’esprit de Le Turk reste toutefois l’enfance : « il y a des « bulles » qui remontent à la surface et il faut qu’elles prennent forme ».

Alexandre © Le Turk

L’artiste n’en renie pas moins la force du cinéma. Si Le Turk rêve, avec l’humour qui le caractérise, d’un grandiloquent « Turk Cinématique Universe » il nous réserve quelques surprises qui lui permettront, nous l’espérons, de créer une galerie de personnages, une mythologie burlesque qui devrait ne rien avoir à envier aux superhéros et personnages de franchises.

Nautilus © Le Turk

Avec La Garenne du Prince, Le Turk continue de saisir en 3D puis en photo la grande comédie humaine, un dessein ambitieusement mis à bien, mais qui est essentiellement pour lui « le tragi-comique de la vie racontée simplement ».

La Garenne du Prince © Le Turk

La publication de La Garenne du Prince (148 pages, 30 x 33,5cm) peut encore être soutenue jusqu’au 15 novembre prochain sur cette page. Chaque contribution donne lieu à des contreparties allant d’un tirage en édition spéciale de l’ouvrage, à des portraits personnalisés ou une master class aux côtés du photographe. Le livre est proposé à 55 € est sera imprimé en France en partenariat avec les imprimeries Chirat.

Vous pouvez retrouvez le travail photographique de Le Turk sur son site et sur Instagram.