Mathieu Asselin, photographe franco-vénézuélien a exploré les dessous de la multinationale américano-allemande Monsanto. Entre scandales sanitaires et malversations, « Monsanto : une enquête photographique » dresse un constat sociologique et artistique sans concession, à l’affût des irrégularités juridiques et humaines.

Cette exposition propose un éveil autour de ces questions. Elle se déroule au Centre photographique Le Bleu du Ciel du 21 mai au 9 octobre 2021. L’association créée en 1999 par Gilles et Marie-Jeanne Verneret avec le soutien de la ville de Lyon, du Conseil Régional et du ministère de la Culture, expose une photographie contemporaine, avec une forte vision documentaire.

© Mathieu Asselin

Mathieu Asselin, une photographie documentaire sans concessions

Né en 1973, Mathieu Asselin est basé à Arles, dans les Bouches-du-Rhône. C’est aussi ici que se déroule le fameux Festival d’Arles dédié à la photographie. Le projet « Monsanto : une enquête photographique » y a été présenté en 2017. Rien de tel qu’une nouvelle exposition en France pour poursuivre la diffusion de ce projet photographique explosif — à mi-chemin entre photographie d’art et reportage d’investigation.

Il débute sa carrière dans la production de films, à Caracas, au Venezuela. Mais c’est surtout aux États-Unis qu’il développe sa carrière photographique.

Du documentaire photographique sur le VIH à « Capital Culture » – dans lequel il explore les contradictions entre le message délivré par la photographie documentaire (et l’art en général) et les valeurs de ses financeurs – Mathieu Asselin livre au public des portfolios documentaires explorant des sujets chocs explorés sur de longues périodes. Véritable explorateur, investigateur il est également doté de la sensibilité de l’artiste. Ces qualités et son travail artistique conduisent à une mise en perspective acérée des contradictions, des injustices, et des dessous des sujets d’actualité.

Monsanto par Mathieu Asselin : de l’enquête photographique au livre récompensé

Monsanto, L’enquête photographique : Dénoncer les ravages et l’impunité d’un système

Monsanto, le géant de l’agroalimentaire qui a fusionné avec l’allemande Bayer en 2018, va de scandales en scandales. De la fabrication de l’agent orange déversé par les militaires américains sur les plaines du Vietnam de 1968 à 1971 aux controverses autour du glyphosate — principal composant du fameux Roundup, herbicide qu’il commercialise dès 1975, en passant par les désastres provoqués par son PCB, la firme est au cœur d’un grand nombre de problématiques sociétales et environnementales.

Sans oublier les nombreuses questions soulevées par les OGM, que Monsanto a développés à partir des années 1980 : modification des écosystèmes, effets à long terme de ces organismes modifiés sur la santé… Par ailleurs, l’importation de soja OGM conduit également à des désastres écologiques tels que la déforestation du Brésil et en l’Argentine. En effet, pour produire ce soja dont les élevages européens sont devenus friands, les forêts sont détruites de plus en plus rapidement, comme le dénonçait Greenpeace dans un rapport de 2019.

« Des dizaines de sites déclarés de Haute priorité en raison de leur haut niveau de contamination par l’Agence de Protection de l’Environnement des États-Unis ont été pollués par le géant Monsanto« 

Mathieu Asselin.

© Mathieu Asselin

La multinationale a conservé des liens étroits avec le gouvernement américain — et en particulier la FDA (l’Agence des produits alimentaires et médicamenteux). Elle a pour allié des acteurs politiques et économiques dans le monde entier. Cela participe à son impunité. Néanmoins, elle fait face à de nombreux procès qui lui sont intentés par des agriculteurs, populations victimes de maladies dues à ses produits, employés, associations, ou encore ONG.

Redoutable, elle se livre à des campagnes de désinformation, que Mathieu Asselin examine à la loupe et décortique, dans son enquête photographique. Ainsi, durant plusieurs années, il a exhumé et parcouru des centaines de documents liés au géant Monsanto et à son développement tentaculaire. Coupures de presse, jugements, archives films, ou encore témoignages ont fait naître son enquête photographique. Œuvre multifacettes, elle contient ces éléments nécessaires pour compléter le message porté par les photographies.

Une œuvre polymorphe vouée à l’éveil du public

Photographies, documents d’archives, portraits… « Monsanto : une oeuvre photographique » fait état des pratiques actuelles de Monsanto. Cela, dans le but de comprendre l’impact de ses activités sur les hommes et sur leur environnement. Alors, des photographies de paysages se glissent sur les cimaises de l’exposition. Il s’agit des environnements directement affectés par les productions de Monsanto.

On pourra également y découvrir un volet consacré au drame de la petite ville d’Anniston, en Alabama. En 1970, elle devient une véritable ville fantôme. En conséquence du relâchement dans l’air et dans l’eau de dérivés du toxique PCB produits par l’usine locale, les habitants ont dû fuir leur propre ville.

« Monsanto : Une enquête photographique, est destiné à rendre hommage aux centaines d’associations, aux centaines d’individus anonymes, et aux ONGs qui s’opposent avec ténacité et à leurs risques et périls au lobby Monsanto. »

Benoit Rivero, Actes Sud

Le photographe analyse également les techniques de communication et de propagande de Monsanto, au cœur d’une vaste entreprise de désinformation. Mathieu Asselin dénonce les contrats imposés à des milliers d’agriculteurs, qui les condamnent à un modèle économique déséquilibré et à des nuisances écologiques.

« Monsanto : une oeuvre photographique » est projet sur le long terme, qui va au-delà du documentaire photographique. Il en empreinte les traits et les procédés artistiques pour mieux creuser une problématique de taille, autour de laquelle l’investigation se construit sans concessions.

Pour plus d’informations sur l’exposition, rendez-vous sur le site de l’Association Le Bleu du Ciel.
Redécouvrez également notre article sur le livre « Monsanto : Une enquête photographique », de Mathieu Asselin.

Informations pratiques :

« Monsanto : une enquête photographique », Mathieu Asselin
du 21 mai au 9 octobre 2021

Centre photographique Le Bleu du Ciel
12 Rue des Fantasques,
69001 Lyon

Ouvert du mercredi au samedi de 14h30 à 19h
sur rendez-vous pour les groupes

Accès
Métro ligne C, arrêt Croix-Paquet
Parking Hôtel de ville et Terreaux