Le photographe et grand reporter français Alain Ernoult signe La Sixième Extinction, Le règne animal en péril, un ouvrage paru en septembre dernier aux éditions E/P/A. Retour sur le parcours de ce photographe engagé sur tous les terrains – et plus particulièrement en faveur de la défense de l’environnement.

La Sixième Extinction Alain Ernoult

La Sixième Extinction © Alain Ernoult, Éditions E/P/A

Un aventurier de l’image

Habitué de la presse internationale et référence mondiale dans la photo de grand reportage, Alain Ernoult a fait des pages de GEONational Geographic, de Paris Match et du New York Times son territoire.

En reportage en Afghanistan © Alain Ernoult

Plongeur intrépide allant au plus profond des abysse, premier civil autorisé à s’envoler aux côtés de la patrouille de France, amateur de sensations fortes, Alain Ernoult repousse les limites accueillant les situations les plus complexes comme un défi photographique. Son surnom «No Limit», Alain Ernoult ne l’a pas volé. Correspondant de guerre pour la presse internationale, Alain Ernoult a capturé au fil des années des images ramenées au péril de sa vie de la guerre du Golfe, de l’Afghanistan ou de Bosnie.

Au fil de ses reportages, il vit au premier rang l’évolution profonde du métier et la modification de l’image de presse, travaillant en argentique à une époque « où la photographie doit être définitive au moment du shooting ». Alain Ernoult assiste à l’arrivée du numérique dans les rédactions puis aujourd’hui à l’omniprésence de la photographie qui créé grâce aux smartphones « des milliards de reporters à travers le monde ».

En parcourant le monde année après année, Alain Ernoult en a surtout saisi la dangerosité, mais aussi la beauté éphémère. Un paradoxe que l’artiste photographe aime aujourd’hui à immortaliser au plus près de la faune sauvage.

Agir sur tous les terrains

Lauréat en 1986 du premier prix du World Press Photo, Alain Ernoult a depuis remporté de nombreuses récompenses et pris part à des campagnes publicitaires devenues iconiques telle celle de l’Airbus A380.

Homme d’images, Alain Ernoult est également un photographe fier de sa profession qui célèbre le sens du partage en de multiples occasions. Le grand reporter a ainsi fondé une agence de presse (depuis passée sous le giron de Kodak US) rassemblant plus de 400 reporters et photojournalistes. Ses tirages d’art sont régulièrement proposés aux enchères afin de soutenir des associations caritatives en faveur de la protection de l’environnement ou de l’enfance.

Alain Ernoult

En patrouille avec les rafales de l’armée de l’air française © Alain Ernoult

Alain Ernoult a déjà publié 25 livres, la plupart dédiés à l’aviation. Sa mission de sensibilisation sur la préservation de l’environnement Alain Ernoult la mène auprès du grand public, mais aussi des chefs d’État. Il a ainsi pris part en 2015 à la rédaction du livre blanc Ma Terre en Photos remis lors de la COP21.

La Sixième Extinction ne fait pas exception aux habitudes du photographe qui n’a pas attendu la parution du livre en septembre 2020 pour exposer ses images à travers le monde. Le livre traite d’un sujet inquiétant mais conserve l’esprit positif et la vision emplie d’espoir propre au photographe. Alain Ernoult déclare ainsi « j’ai toujours trouvé du positif partout et je n’ai jamais voulu photographier ni la misère ni la mort, même en zone de guerre ».

Chevalier national de l’Ordre de mérite depuis 2004, Alain Ernoult a en 2020 été élevé au rang d’Officier national de l’ordre du mérite. Cette promotion rend hommage à la photographie environnementaliste puisque Yann Arthus Bertrand est devenu Commandeur de la Légion d’honneur en janvier dernier. Les deux hommes partagent cette détermination à révéler la beauté fragile de notre biodiversité, une motivation qui trouve sa source dans leur admiration et leur empathie pour le monde sauvage.

Le photographe Yann Arthus-Bertrand devient commandeur de la Légion d’honneur

Du reportage de guerre au combat en faveur de la biodiversité

Mélange de douceur et de puissance, c’est l’éléphant qui remporte la préférence d’Alain Ernoult. Un animal qu’il a admiré bien avant de le rencontrer au point de débarquer adolescent en plein désert du Mali apprenant que ses chauffeurs étaient également braconniers. Il y rencontrera les Dogons qui deviendront les sujets de son tout premier photoreportage ; le premier d’une longue série.

Alain Ernoult

© Alain Ernoult

Alain Ernoult se consacre dorénavant à la photographie animalière. Y retrouve-t-il le sens du danger des conflits du passé ? Certainement, car comme il aime à le dire, « les sensations sont fortes et servent de catalyseur à mon expression artistique ». Il est ici encore un témoin privilégié de notre temps et participe une fois de plus, grâce à ce bestiaire non exhaustif, à éveiller les consciences, cette fois face à la menace qui pèse sur notre biodiversité. 5 années passées à sillonner le globe auront été nécessaires pour donner corps à La Sixième Extinction.

« Les sensations sont fortes et servent de catalyseur à mon expression artistique »

Autostop en Afrique © Alain Ernoult

Ce combat, s’il ne fait pas quotidiennement la Une de nos actualités, est pourtant parmi les plus sanglants de notre siècle. Jour après jour la liste des espèces définitivement éteintes s’allonge. Ce constat alarmant et cet appel en image à nous reconnecter au monde vivant, est également partagé un autre ouvrage, Nature Humaine.

Revue de livre : Nature Humaine, notre planète en alerte vue par 12 photographes de National Geographic

Ses photographies animalières tirent leur force de cette complicité, cette proximité qu’Alain Ernoult recherche dans sa photographie. Ses images tiennent plus du portrait que du documentaire. Qu’il photographie un panda, un lion, une tortue ou un reptile, Alain Ernoult capture avant tout le regard d’un individu et immortalise leur rencontre.

Alain Ernoult

© Alain Ernoult

Pour lui, « Une bonne photo animalière doit être la symbiose des yeux, de la tête et du cœur, une méditation avec l’animal ». Ces 200 portraits animaliers sont donc autant une galerie de caractères qu’un éphémère inventaire naturaliste.  Le gout de risque ne serait cependant rien sans patience, car « c’est l’animal qui décide ou non de se laisser approcher ».

«  Une bonne photo animalière doit être la symbiose des yeux, de la tête et du cœur, une méditation avec l’animal  ».

Images et mots au service de la richesse du monde sauvage

La Sixième Extinction est un livre épuré, qui va à l’essentiel et ce choix participe grandement à la force de cet ouvrage. C’est un livre idéal pour sensibiliser un public nouveau comme les plus jeunes à la préservation du monde animal. Facile à aborder, La Sixième Extinction propose au fil de 7 chapitres (Géants, Prédateurs, Primates, Herbivores, Ailés, Reptiles et Nageurs) de partir à la rencontre de ces espèces qui nous fascinent mais également d’animaux moins connus. Le photographe nous emmène avec lui au plus près des gorilles des montagnes, mais aussi d’espèces plus discrètes dans nos reportages animaliers comme le semnopithèque noir de Java et nous apprend à distinguer un zèbre de Grant d’un zèbre de Grévy.

La Sixième Extinction © Alain Ernoult, Éditions E/P/A

Pour le photographe, le choix du noir et blanc s’est fait tout naturellement afin d’aller à l’essentiel et de laisser la place centrale à l’animal. Chaque détail du livre, des photographies, aux textes en passant par le choix d’une reliure pour l’ouvrir à plat, participe à l’admiration de ces espèces fascinantes.

Ces paroles concises permettent à Alain Ernoult de partager avec son lecteur quelques éléments de compréhension du comportement animal et la richesse de notre monde vivant. Le photographe ne renie pas la portée narrative de ses photos, bien au contraire : « j’ai toujours été un essayiste en image, ça a été ma motivation et un fil conducteur de ma vie de photographe ».

Chaque photographie en noir et blanc s’accompagne d’un court texte présentant l’espèce, ses caractéristiques, mais aussi la menace qui pèse sur cette dernière. L’occasion d’apprendre que le pelage si typique de la girafe est propre à chaque individu, comme une empreinte digitale, mais lui sert également de régulateur thermique.

« J’ai toujours été un essayiste en image, ça a été ma motivation et un fil conducteur de ma vie de photographe ».

La Sixième Extinction © Alain Ernoult, Éditions E/P/A

Au fil des pages, Alain Ernoult dresse de façon pédagogique un inventaire des richesses et du patrimoine vivant de notre planète et alerte sur les conséquences de notre activité et du réchauffement climatique. « Espèce menacée », « En danger critique d’extinction », « Espèce vulnérable » chaque passage se termine sur l’un de ces termes. De même, la couverture de l’ouvrage, où le regard de l’animal est barré, rappelle l’imminence de la menace qui plane sur ces espèces. Une façon de conclure par un constat sans appel dont la froide objectivité et la menace tranche avec l’émotion transmise par le regard de l’animal saisi par l’objectif d’Alain Ernoult.

Le riche portfolio d’Alain Ernoult est à découvrir sur son site internet. La Sixième Extinction (343 x 230 mm, 256 pages) est disponible sur le site des éditons E/P/A et auprès d’une sélection de libraires au prix de 39,95 euros.