Petite révolution chez Canon. Le constructeur japonais vend désormais ses capteurs à d’autres constructeurs. La firme emboîte ainsi le pas à d’autres marques comme Sony ou Samsung. Cependant, Canon ne vise pas (pour l’instant) le marché des smartphones ou des appareils photo, mais les destine à des usages industriels.

L’ouverture des capteurs Canon à des entreprises tierces : une première pour le constructeur japonais

Canon produit des capteurs photo numériques depuis l’an 2000. Pendant 2 décennies, la marque japonaise était le seul bénéficiaire de ses propres capteurs. Toutefois, cette situation devrait évoluer rapidement. En effet, le constructeur japonais propose maintenant une large variété de capteurs CMOS, qui peuvent être acquis par des sociétés tierces.

« Canon produit des capteurs CMOS depuis 2000 pour un usage exclusif au sein des produits Canon. S’appuyant sur cette expertise, Canon a décidé de lancer des ventes externes, afin de collaborer avec diverses industries« , indique Canon Asia. « Les capteurs CMOS de Canon présentent des conceptions uniques en leur genre, afin de répondre aux besoins les plus spécifiques ».

Les capteurs CMOS : un marché lucratif et hautement concurrentiel

Le but de Canon : s’offrir une place de choix sur le marché très lucratif de la fourniture de capteurs CMOS, qui représentait en effet quelques 15,5 milliards de dollars en 2018, et 19,3 milliards en 2019. Mais ce marché est aussi hautement concurrentiel. Son grand rival, Sony, dispose en effet d’une part de marché de 42 % (!), suivi par Samsung (21 %), puis par Omnivision (10 %).

Parts de marché des capteurs CMOS en 2019. Source : Yole Development

Au-delà de la fourniture de capteurs pour smartphones – un domaine où la marque s’arroge plus de 50 % de parts de marché – Sony s’illustre en produisant des capteurs pour de nombreux boîtiers photo. Ainsi, on retrouve un capteur Sony IMX410CQX au sein des Nikon Z 6 et Z 7 (et de leurs successeurs), du Lumix S1 – et du Sony A7 III. De même, le capteur Micro 4/3 Sony IMX272 serait présent au sein de boîtiers comme les Panasonic GH5 ou GH9.

Leader du marché, Sony peine à honorer son carnet de commandes en capteurs photo

Enfin, Sony tire une manne substantielle grâce à ses capteurs destinés à l’industrie. L’entreprise est ainsi en pointe dans la conception de capteurs pour les véhicules autonomes, ou encore la robotique. C’est sur ce secteur que Canon a décidé de s’implanter. Un parti-pris qui semble judicieux.

En évitant sciemment de s’insérer sur le marché des capteurs pour smartphones, Canon évite d’entrer frontalement en concurrence avec Sony sur l’un de ses terrains de prédilection. Par ailleurs, le marché des smartphones est soumis à d’importantes fluctuations (liées au Covid-19, mais aussi à la mise au ban de Huawei) : Canon joue donc la prudence et fourbit ses armes sur un marché à la fois plus stable, mais aussi porteur d’opportunités économiques très importantes.

Le Panasonic Lumix S1, équipé d’un capteur plein format fourni par Sony

Des capteurs Canon à vocation industrielle

Pour l’heure, la marque rouge et noire propose un panel de 4 capteurs de 250 Mpx, 120 Mpx, 5 Mpx et 2 Mpx, dotés de caractéristiques de pointe et visant à répondre à des usages très spécifiques.

Des capteurs ultra-définis pour des usages très spécifiques

On retrouve ainsi le capteur Canon LI8020, comptant pas moins de 250 Mpx – dont nous vous parlions en novembre dernier. Capable de produire des images de 29 568 x 12 558 pixels, ce capteur APS-H dispose d’une fonctionnalité « region of interest », qui permet d’exploiter une petite portion du capteur pour générer une image riche en détails. Ainsi paré, ce capteur est destiné à la vidéosurveillance, à l’inspection industrielle, aux microscopes ou encore à la numérisation de documents.

Canon dévoile un capteur APS-H ultra-défini de… 250 Mpx

Un second capteur, doté cette fois de 120 Mpx, est également proposé par Canon pour ces mêmes domaines d’application. Disposant du même format APS-H, le Canon 120MXS bénéficie de la même fonction « region of interest ». Cependant, il est proposé en 3 variantes : couleur, monochrome et une troisième capable de capturer dans le spectre des infrarouges. De même, la vitesse de capture est plus rapide (9,4 i/s).

Deux capteurs plus petits mais d’une grande pertinence pour l’industrie

En parallèle, Canon propose 2 capteurs de taille plus réduite, mais aux caractéristiques très intéressantes.

Le premier, nommé Canon LI5010 / LI5020, se destine notamment à la robotique, aux véhicules autonomes, à l’agriculture ou encore au domaine médical. Comptant 5 Mpx, ce capteur de 2/3 pouce dispose de photosites de grande taille, mesurant 3,4 µm (contre 0,8 µm pour la plupart des capteurs de smartphones). Il est lui aussi proposé en 3 variantes : couleur, monochrome et infrarouge.

Par ailleurs, ce capteur est de type « global shutter » : tous les pixels du capteur sont lus en une seule fois, empêchant l’apparition du phénomène de « rolling shutter ». Enfin, on notera la grande rapidité de capteur, capable de capturer des images à 120 i/s, pour un ralenti vidéo x4.

Enfin, Canon propose un capteur de 2,1 Mpx de 1/1,8 pouce – dont les photosites mesurent pas moins de 4,1 µm. En dépit de sa faible résolution, le capteur LI7050 se distingue par sa plage dynamique très étendue. De fait, il permet de capturer des images (fixes ou animées) dans des environnement très lumineux ou très sombres. En outre, il permet de capturer des images à 60 i/s, permettant un ralenti vidéo x2. Aussi, ce petit capteur devrait être particulièrement utile pour la vidéosurveillance.

Avec ce portfolio de 4 capteurs, Canon montre clairement ses ambitions. En proposant ses capteurs à la vente, le constructeur japonais cherche à s’ouvrir de nouveaux débouchés, et à tirer davantage de revenus de son savoir-faire technologique. Une diversification des revenus qui paraît très judicieuse dans le contexte économique actuel.